Midway : critique touchée et coulée

Simon Riaux | 9 décembre 2021
Simon Riaux | 9 décembre 2021

Midway, ce soir à 21h05 sur France 3.

Depuis 10 ans, Roland Emmerich enchaîne revers et contre-performances. Independence Day : ResurgenceWhite House Down ou encore Stonewall ont laissé penser que le metteur en scène avait perdu le mojo old school qui présidait à ses films destructeurs et couillons. Avec Midway, il veut nous rappeler qu'il est capable, telle l'armée américaine, de se relever et de nous en mettre plein la margoulette.

PEARL HARBOR WITH A VENGEANCE

Ce n’est pas vraiment un scoop, Roland Emmerich aime les films qui font boum-boum, on ne s’étonnera donc pas de le voir se pencher sur une des plus grandes batailles (et victoires) de l’aéronavale américaine, à savoir celle de Midway, qui vit les Japonais recevoir une sévère déculottée. Si cet affrontement fut une conséquence directe de l’attaque de Pearl Harbor, le film d’Emmerich ne se place pas vraiment dans les pas de Michael Bay.

Ce dernier s’était essayé avec ses grosses patounes à la fresque guerrière saupoudrée de mélo, à l’occasion de ce qui restera comme un de ses plus spectaculaires ratages artistiques, doublé d’un aboutissement technique, presque 20 ans après sa sortie. L’équation de Midway est bien différente, et jamais Emmerich ne tente d’émuler le sens de l’épate de son prédécesseur.

En témoignent ses effets spéciaux, qui évoquent les glorieuses heures de Goldeneye 64 et d’Ace Combat sur PS2. Effets numériques mal finis, perspectives illisibles, incrustations grossières, le blockbuster est un précis des tares qui affectent aujourd’hui ces projets terminés dans l’urgence et en dépit du bon sens.

 

photo, Woody Harrelson"Quoi mes cheveux ? Qu'est-ce qu'ils ont mes cheveux ?"

 

Mais ce que Midway sacrifie sur l’autel de la crédibilité, il le gagne en vélocité. Roland Emmerich règle ses comptes avec tous les professeurs de physique qui lui ont jadis cassé les pieds et s’il jette toute forme de crédibilité aux cabinets, c’est pour mieux transformer les dogfights de Midway en resucée de Star Wars dopée à la Speed Racer (la créativité débridée en moins).

C’est là le plus grand point fort du métrage : se couper franchement de la réalité pour s’accepter comme fantasme enfantin. Débile, mais réjouissant, à condition d’apprécier l’imagerie vers laquelle tend le projet.

 

photo, Ed Skrein, Keean Johnson"Hum, il n'est pas en train de faire une superbe critique de notre film là..."

 

LE JOUR LE PLUS CON

Car au-delà de sa photo qui évoque un bug Instagram et de ses personnages plus rigides que l’humour d’une maîtresse de donjon SM un lundi matin, l’ensemble évoque directement l’époque révolue des pulps bellicistes et autres serial guerriers.

Image mordorée, couleurs passées comme les pages d’un vieux roman de gare, moumoutes improbables (Emmerich en veut clairement à Woody Harrelson, auquel il offre une nouvelle humiliation capillaire après 2012), tout nous renvoie aux cases et couvertures de ces publications décomplexées, qui traitaient avec un mélange de sauvagerie et de désinvolture des soldats US.

 

photo, Nick JonasLe colonel Moustache, dans le cockpit, avec le chandelier !

 

Jusque dans ses scènes d’action, où les pilotes se beuglent dessus de cockpit à cockpit, Midway évoque cette période bénie d’un divertissement inconséquent et fantasmatique. Toutefois, il faudra non seulement apprécier cette branche de la sous-culture anglo-saxonne pour apprécier un peu le film, mais surtout survivre à ses interminables dialogues compassés, et ses innombrables introductions, consécutives à de non moins maladroites ellipses. Ce ne sera pas une mince affaire, même pour les plus combatifs amateurs de batailles aéronavales.

 

Affiche française

Résumé

Caricatural et techniquement très limité, Midway n'est assurément pas un bon film. Mais la décomplexion franche et la nostalgie pour les pulps guerriers qui s'en dégagent font de lui une curiosité jamais franchement désagréable.

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Lecteurs

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commentaires
Simon Riaux - Rédaction
10/12/2021 à 14:39

@davmey

Jamais vu un critique digne de ce nom qui ait ce genre de prétention. Prétention qui est bien la vôtre, à lire votre précédent commentaire.

Vous semblez une nouvelle fois, aussi sûr de vous que bien renseigné.

Davmey
10/12/2021 à 14:37

@simon riaux.

Oh non, les leçons, les conseils et les recommandations en matière de cinéma c'est l'apanage des critiques cinéma. Moi je ne suis qu'un modeste spectateur et réalisateur de Z qui se delecte des critiques du site et des contradictions de ses rédacteurs.

Simon Riaux - Rédaction
10/12/2021 à 12:49

@Davmey

La belle ordonnance que voilà.
Et les jolies certitudes.

Belle journée à vous professeur !

Davmey
10/12/2021 à 12:41

Et ben si Simon Riaux est capable d'apprécier un film sans prétentions j'applaudis des deux mains.
Il vous faudrait une bonne cure de séries B et de cinéma bis allant des années 30 à 60 afin de parfaire vos connaissances et enrichir vos critiques. Ou l'inverse...
Mais je ne pense pas être si à côté de la plaque que cela. En général vos critiques manquent de nuances. Soit c'est nul, soit c'est génial soit c'est bof. Et quand c'est bof j'ai du mal à cerner vos propos.

Guadalcanal
10/12/2021 à 11:24

Bof avec Simon Riaux
La scenarisation des personnages est banale, le visuel est époustouflant et traduit pour la première fois exactement ce que cela été

Simon Riaux - Rédaction
10/12/2021 à 10:12

@davmey

Je vous laisse à vos fantasmes interprétatifs, mais ayant souvent assumé apprécier plusieurs films d'Emmerich, vous êtes encore une fois à côté de la plaque.

Non, Midway est un film pas foncièrement désagréable, mais très banal, quelconque. Comme écrit dans la critique.

davmey
10/12/2021 à 10:07

En gros la critique c'est "J'ai plutôt aimé mais je n'assume pas parce que je considère que c'est la honte d'apprécier un film d'Emmerich"

Ça te fait le masque d’or
10/12/2021 à 06:23

Pour rebondir sur les commentaires ci dessous, il y a notamment un moment clé raconte dans tous les livres traitant de cette bataille c’est l’attaque des bombardiers en piquée Dauntless sur les porte avions japonais et notamment sur le Kaga ou l’escadrille tombe à la verticale sur le porte avion et redresse au dernier moment après avoir largué leurs bombes au milieu des avions japonais près à décoller et bourrés d’essence et le munitions provoquant l’exploit du navire ! Ce moment mythique qui symbolise le retournement de fortune de la guerre du Pacifique et qui se joue en quelques minutes (3 porte avions sur 4 sont détruits) est fantastiquement retranscrit dans ce film ! De même que l’instant juste avant ou l’amiral Nagumo comprend qu’il a commis une erreur fatale lorsqu’il réalise qu’il a en face de lui des porte avions américains qu’il croyait ailleurs

Kyle Reese
09/12/2021 à 23:24

Ça se laisse plutôt bien regarder. On sent que c'est fait avec sincérité.
C'est un peu précipité tout de même, il y a bcq de batailles et ça part parfois dans tout les sens, en même temps on sent bien le chaos des attaques. Bien qu'on sent les CGI partout, il y a des moments impressionnant et j'ai surtout aimé comment les persos étaient traités des 2 cotés.
Le fait aussi que les pilotes et marins Japonais ne soient pas traité comme des méchants fou furieux, le film rend hommage au courage des 2 camps.

NoddyBell
09/12/2021 à 23:23

Pas fan de films de guerre nous avons vraiment apprécié celui ci. Et contrairement aux critiques avons trouvés le filmage excellent.

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