J'ai perdu mon corps : critique avec les doigts

Simon Riaux | 7 novembre 2019
Simon Riaux | 7 novembre 2019

Primé à Cannes, à Cabourg et à Annecy, J'ai perdu mon corps de Jérémy Clapin sort sur les écrans, auréolé d'une fantastique réputation. Elle n'est pas usurpée, et vient démontrer une nouvelle fois la vivacité d'un cinéma français toujours à la pointe de l'expérimentation et de l'investissement émotionnel.

DOIGTS D’HONNEURS

Au commencement se trouve une main. Amputée, elle reprend soudain conscience et se lance, au cœur d’une ville hostile, à la recherche du corps qui lui fait défaut. Le spectateur embarque alors à sa suite, tout en découvrant, à la faveur d’un montage parallèle orchestré avec brio, la vie passée de ce corps. Deux lignes temporelles qui ne pourront jamais se rencontrer, mais dont la portée tragique est amenée à se révéler conjointement.

Ce concept faussement simple s’avère le cœur d’un dispositif de cinéma aussi clair que riche. Ce membre orphelin, qui progresse péniblement dans un décor sans cesse renouvelé, illustre à la perfection le parti pris narratif et plastique de J'ai perdu mon corps. Cinq doigts comme les cinq sens que le récit met alternativement en branle. Cinq doigts pour autant de partis pris techniques, qui de la 3D en passant par le crayonné jusqu’au noir et blanc, assurent au métrage une variété de style toujours en accord avec la tonalité des segments en question.

 

photoIl faut savoir passer la main

 

Mais cette matrice thématique n’en reste pas au concept malin d’étudiant en art, et demeure toujours rivée aux enjeux du récit, leur conférant en permanence intelligence et sophistication. Grâce à la mise en scène de Jérémy Clapin, toutes ces idées se meuvent avec aisance à l’image. Le cinéaste privilégie le mouvement, sans pour autant le sacrifier à la composition, aboutissant à des images stupéfiantes, où il mêle quantité de trouvailles, alliages de textures, jeu de perspectives, dont le montage acéré souligne encore la réussite.

 

MANO MIRACULA

J'ai perdu mon corps est un film d’animation maîtrisé de bout en bout dont la créativité comme la rigueur formelle en remontrent à toute la concurrence internationale. C’est aussi, et probablement avant tout, un grand accomplissement en tant que pur véhicule émotionnel. Car c’est bien cela qui paraît motiver Jérémy Clapin et justifier toutes les idées qu’il lance à l’écran.

 

photoUne rencontre qui risque de vous tirer quelques larmes

 

Tandis que Naoufel tombe amoureux de Gabrielle et que notre mystérieuse main explore une cité qui nous révèle des pans de son passé, nous assistons à une réunion terrible, bouleversante, où chaque séquence est l’occasion d’un tour de force sensitif. Que la caméra joue de l’impossibilité du contrechamp à la faveur d’une rencontre par interphone interposé, que notre segment digital affronte des rats affamés ou rejoue l’enfer des transports en commun, le film se fait mariage du spectacle et exhausteur de nos sens.

Alors que cette étrange main se familiarise avec un monde porteur de secrets et générateur de dangers (matériels, existentiels), c’est un cinéma premier, primaire dans le bon sens du terme, qui renaît. On assiste ainsi ébahi à un spectacle total, qui touche au cœur et fascine le regard, qui se pose avec ravissement sur une image nouvelle, miraculeuse.

 

affiche

 

Résumé

D'une richesse  et d'une intensité émotionnelle rares, J'ai perdu mon corps est une proposition d'animation techniquement accompli et tout simplement un des meilleurs films de l'année.

commentaires

Secret story
09/11/2019 à 13:33

C'est l'origine story de la main de la famille addams, mais chut c'est un secret.

flexdu33
08/11/2019 à 16:47

Au vu de la critique, ça mériterait presque un plus que 4 étoiles cette affaire.

Quoi qu'il en soit, superbe film. C'est si rare de voir un film qui fait naitre l’émotion du silence.
Musique sublime et film riche en interprétation et en degrés de lecture,

Sascha
08/11/2019 à 00:43

Vu mercredi. On était 3 dans la salle... Et que dire si ce n est que ce film est une véritable pépite... Magistrale, magnifique, poétique, angoissant... Dire que le producteur de ce film est le même que le dessin animé Oggy et les cafards... Un bijou à voir absolument

m@x
07/11/2019 à 14:46

dommage qu'un film du genre passe plus ou moins inaperçu au près du publique .
car certainement il mérite beaucoup plus que la distribution qu'il as .
il est malheruesement que le cinéma ( qui en est pas) actuelle soit du Marvel et remake Disney .

Kouak
07/11/2019 à 12:40

Bonjour,
encore un film que j'irai voir au ciné/théâtre pour 5euros d'ici quelques semaines...
Au même titre que "les hirondelles de Kaboul" et "Bacurau"...
Because faisant certainement parti des films à distribution limitée...
Si vous voyez ce que je veux dire.
Bref...J'irai !

Diez
07/11/2019 à 12:26

Exact ! Allez y en masse !

votre commentaire