Burnt offerings : critique qui sent le Shining

Simon Riaux | 25 janvier 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 25 janvier 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Il est des œuvres qui ont la poisse bien comme il faut. La preuve avec Burnt offerings (parfois retitré Trauma), récit d’horreur atmosphérique presque tout à fait oublié aujourd’hui, quand il constitue une des plus terribles propositions d’un sous-genre qui ne manque pas d’ambassadeurs : la maison hantée.

UNE FAMILLE FORMIDABLE

Le formidable roman de Robert Marasco inspira Stephen King, qui ne manqua pas de lui rendre hommage, pour son grandiose Shining, lequel devait largement l’éclipser. Plus aboutie, plus en prise avec son époque, voire carrément visionnaire, la descente aux enfers de Jack Torrance peut être considérée à bien des égards comme un double surpuissant de l’excellent texte qui l’a précédé. L’œuvre de Marasco inspira elle-aussi le cinéma, et fut adapté par Dan Curtis.

Sans doute conscient de tenir entre les mains une création qui ne nécessitait pas grande trahison, le metteur en scène s’applique à respecter l’intrigue imaginée par l’auteur, suivant Ben et Marianne, dont la famille loue pour l’été une superbe demeure. Les occupants leur font un prix plus qu’abordable, à la condition qu’ils pourvoient quotidiennement aux besoins de leur mère impotente, retranchée dans sa chambre. Ils devront la nourrir par plateaux repas et ne jamais l’approcher.

 

photoUn sympathique chauffeur

 

L’arpenteur habitué aux différentes incarnations du fantastiques ainsi qu’aux demeures possédées par de sombres forces ne mettra pas longtemps à comprendre que tout cela est appelé à fort mal tourner… avant de se laisser charmer par ce récit, moins prévisible qu’il n’y paraît. En effet, Burnt offerings se fait fort de ne jamais véritablement lever le voile sur la nature du mal qui l’habite. Un mal insidieux, progressif, qui prendra tout son temps pour pervertir l'environnement, prenant le risque de décontenancer un spectateur habitué à des tempos plus intenses. Mais l'apparente quiétude qui préside au métrage lui confère également une atmosphère à part, plutôt marquante.

 

LA MAISON DU BONHEUR

« Notre vénérée chérie » existe-t-elle véritablement ? Est-ce quelque monstre malfaisant que la famille Rolf nourrit quotidiennement, ou bien la maison elle-même ? Tout ici se mélange, au fur et à mesure que la cruauté psychologique, au moins autant que le surnaturel, referme ses serres sur les protagonistes. Dan Curtis n’est sans doute pas un immense metteur en scène, mais il a compris la force du roman, et sait que pour rendre les divers éléments qui le composent proprement terrifiant, il doit assumer « sereinement » son décor.

 

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C’est donc paradoxalement de al lumière brûlante de l’été, de l’indolence de la saison, de décor fastueux mais désuet, et enfin de l’impassibilité de la caméra, qui paraît ne jamais paniquer, même quand l’horreur se fait de plus en plus pressante. Cette progression faussement lente, vraiment perverse, transforme le spectateur en cocotte-minute, jusque dans les ultimes secondes du film, qui s’ouvre sur une perspective démente et une série de plans à la violence ahurissante.

Tout le casting est excellent, et capable de porter idéalement ce récit qui se repose tout de même beaucoup sur eux. On retiendra tout particulièrement les performances de Karen Black et Oliver Reed, tentant tous deux de conserver leur santé mentale, au cœur d’un dispositif qui attendra les ultimes secondes du métrage pour dévoiler l’immensité de son abomination. Petit classique oublié, Burnt offerings mérite toute votre attention.

 

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Résumé

Insidieux, cruel et méthodique, Burnt offerings est un classique oublié, qui joua un rôel majeur dans la création de Shining. Si le chef d'oeuvre de Kubrick l'a éclipsé à raison, il n'en reste pas moins une inquiétante réussite.

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