Hors Normes : critique qui a le sens de la fête

Simon Riaux | 24 octobre 2019 - MAJ : 24/10/2019 15:12
Simon Riaux | 24 octobre 2019 - MAJ : 24/10/2019 15:12

Olivier Nakache et Eric Toledano se sont taillé une place à part dans le paysage cinématographique français. Indéboulonnable duo venu de la comédie, ils comptent aujourd’hui parmi les rares auteurs à occuper une place médiane, capable d’attirer à eux des spectateurs en quête de pur divertissement, comme un public plus volontiers cinéphile. À ce titre, leur dernier né, Hors Normes, fait figure de synthèse.

LE SENS DE LA NORME

Nous y suivons Malik et Bruno encadrants d’un groupe de jeunes autistes. Ce n’est pas la première fois que le duo de metteurs en scène se penche sur un couple de cinéma (coucou Intouchables), mais pour la première fois, cette alliance semble directement évoquer leur collaboration. La justesse et l’équilibre des dialogues, même lorsqu’ils poussent leurs personnages dans l’excès, ont toujours constitué un des piliers de leur cinéma. La précision et la bienveillance avec laquelle ils construisent la relation entre leurs protagonistes donnent le sentiment, plutôt plaisant, d’assister à un commentaire, pas toujours conscient, du rapport que les deux cinéastes entretiennent l’un avec l’autre.

Et c’est cet aspect du film qui est probablement le plus intéressant. En effet, comme ils le faisaient dans Nos jours heureux, Toledano et Nakache préfèrent se concentrer sur ceux qui gèrent, encadrent, interagissent (hier avec des ados, ici des autistes), plus que sur ceux dont ils ont la responsabilité. Est-ce par pudeur ? Par prudence ? Peu importe, tant leur cinéma s’accorde avec cet angle. Plutôt que de tenter, un peu vainement, de percer une sensibilité ou rejouer un décalque de Rain ManHors Normes se penche sur le geste des aidants.

 

photo, Reda Kateb, Vincent Cassel"T'es sûr, pour cette initiation au kick-boxing ?"

 

Les réalisateurs s’adonnent à la tâche avec le mélange de simplicité et de discrète sophistication qui préside à leur cinéma depuis une quinzaine d’années. Jamais dans l’épate, ni dans le naturalisme de supermarché, ils appréhendent chaque situation via l’espace, la composition du cadre, et une pincée de symbolique. C’est ce qui fait de leur dernier un visionnage bien plus stimulant que la moyenne des drames ou comédies hexagonaux. Jusque dans les plus banals champs/contrechamps, leur découpage s’inquiète toujours de problématiques d’incarnation, de sens.

 

NOS NORMES HEUREUSES

Toledano et Nakache auront parfait leurs mécaniques comiques jusqu’à Intouchables, petite pépite de rythme et de construction, avant de tenter d’injecter un peu plus de gravité à leur cinéma. Dès Samba, et sans rejeter la bienveillance ou le goût du romanesque qui fondent leur rapport à la fiction, tous deux se sont efforcés d’inoculer une forte dose d’actualité, de conscience sociale, voire de militantisme dans leurs récits.

 

photo, Reda Kateb Reda Kateb

 

Et s’ils sont loin de s’y être cassé les dents, Hors Normes témoigne, comme Le Sens de la fête et Samba avant lui, que c’est peut-être dans le rire pur que les réalisateurs s’exprimaient le mieux. Qu’ils s’échinent à témoigner de la dureté de la situation des sans-papiers, veuillent rendre hommage à ces entrepreneurs à la papa ou s’émeuvent du combat quotidien de ceux qui accompagnent les autistes, l’esprit de sérieux qu’ils confèrent à leur récit l’étouffe parfois un peu et le pousse du côté de la moraline un chouia démago.

Au final, pour touchant et divertissant que soit Hors Normes, on en vient à se dire que Nos jours heureux, derrière son apparente légèreté, en disait peut-être déjà plus sur le rôle d’encadrant et l’engagement humain qu’il exige.

 

affiche finale

Résumé

La gravité et la volonté d'édifier le spectateur étouffent un peu Hors Normes, qui demeure un bel exercice de comédie dramatique.

commentaires

Merlin
15/11/2019 à 09:19

Ce film est juste une magnifique explication des autistes je trouve que se film peut être critique toute en restant correcte

Les vraies gens
01/11/2019 à 17:58

Désolés, mais ce film n'est pas une comédie (personne ne riait dans la salle). C'est un long documentaire, juste fait pour choquer, et qui n'apporte rien.

Euh
25/10/2019 à 00:10

Mtf

Raoul
24/10/2019 à 22:51

Le sens de la fête vous a fait rire? C'est un des films les plus navrants qu'il m'ait été donné de voir récemment...

Pat
24/10/2019 à 20:11

@ Jules Lol

Simon Riaux - Rédaction
24/10/2019 à 18:27

@Jules

Vu le positionnement idéologique de leur cinéma... et son audience massive... à priori, on est assez éloigné du public des bourgeois parisiens.

Jules
24/10/2019 à 18:23

Le film que les bobos iront voir pour se dire que « oh mon dieu quand même, les pauvres, tu vois c’est pour pour ça que je suis de gauche. Qu’est ce que c’était un beau film. Dur mais nécessaire »

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