D'après une Histoire de Stephen King : anthologique anthologie

Simon Riaux | 12 octobre 2019
Simon Riaux | 12 octobre 2019

Il a révolutionné l’écriture de l’horreur, fait rêver ou cauchemarder des millions de lecteurs, Stephen King compte logiquement parmi les principaux architectes de la pop culture contemporaine. Mais son influence ne tient pas qu’à la renommée internationale de ses nombreux textes. En effet, comics, séries, téléfilms, longs et courts-métrages se sont jetés sur ses créations, leur accordant un écho démultiplié. C’est sur cette question que se sont penchés François Cau et Matthieu Rostac, sous la bannière des éditions Hachette. Et ils ont visionné sans compter.

UN BOULOT DE KING

Les transpositions de Stephen King sont si nombreuses que chaque spectateur un peu gourmand peut en citer au moins deux douzaines. Plutôt que d’opérer une sélection, de se focaliser sur les plus célèbres, les meilleures ou les plus signifiantes, les deux auteurs ont fait le pari de toutes les aborder. De Shining et de ses adaptations, jusqu’aux Dollar Babies (adaptations en courts-métrages de nouvelles dont l’auteur cède les droits pour 1 dollar symbolique), rien n’a échappé à ces deux paires d’yeux scrutateurs.

Mais Cau et Rostac ne se contentent pas de recenser les 80 transpositions et des poussières émises par Hollywood. Pour chacune, ils reviennent également sur l’œuvre d’origine, décortiquant le contexte de sa rédaction, de sa publication, allant jusqu’à essayer de la mettre en perspective au sein de ce gigantesque corpus. 

 photoUn point sur le texte...

 

Ce travail de moine copiste s’accompagne de quantités d’informations factuelles précises, mais aussi d’anecdotes plaisantes, qui vont bien au-delà des plus célèbres et partagées concernant le King. Ainsi, même le lecteur chevronné sera en situation d’apprendre quantité de données, et sera en tout cas assuré de ne pas être pris pour une vache à lait. Les deux compères connaissent leur sujet et l’abordent avec une érudition communicative.

De même, s’ils n’ont pas la prétention de s’imposer comme exégètes littéraires, Cau et Rostac permettent souvent d’articuler une vision cohérente de la littérature de Stephen King. En effet, n’en déplaise aux fans, les écrits du romancier ont considérablement évolué. Leurs stéréotypes se sont affinés, certaines scories formelles ont disparu, quand d’autres apparaissaient. Sans provoc ni mauvais esprit, D'après une Histoire de Stephen King se propose de recenser ces transformations stylistiques et de voir comment elles influent sur les productions qui s’en inspirent.

 

CETTE FOIS C’EST PERSONNEL

L’autre réussite du texte consiste à son amour tendre pour l’artiste, qui ne vire jamais à la célébration aveugle. De même, si les deux auteurs sont incontestablement de grands amateurs du maître du Maine, ils n’ont rien de fans dévots, pas plus qu’ils n’entendent nous brosser dans le sens du poil. Au contraire, ils proposent le plus souvent des points de vue arrêtés, des considérations qui battent en brèche la nostalgie et les poncifs rebattus sur le sujet.


photo... toujours prolongé par l'analyse de l'adaptation

 

Ainsi croise-t-on souvent une opinion, une mise en perspective ou un jugement, qui révolte le lecteur hardcore, qui garde un souvenir ému de chaque ligne du moindre texte. Mais la plus belle preuve de respect que témoigne D'après une Histoire de Stephen King envers son lectorat, c’est son désir permanent de lui proposer un véritable positionnement. Parcourir cette anthologie exhaustive, c’est affronter un autre regard, bienveillant mais exigeant, qui oblige in fine à se refaire l’œil. Parce qu’on voudra vérifier si tel acteur était bien nul, telle suite bien réelle ou tel monstre franchement loupé.

Loin d’être un énième best of compilatoire, pensé pour ratiboiser vos porte-monnaie à Noël (même si c’est bien tout le mal qu’on souhaite à ses auteurs), D'après une Histoire de Stephen King appelle à considérer cet artiste fondamental comme une pure matrice à pop-culture, nécessitant sans cesse de s’affuter à nouveau l’œil, de repenser la matière mutante qui défile sous nos yeux. Que vous aduliez Shining, redoutiez Ça ou ayez oublié Le Fléau, vous trouverez votre bonheur dans ce faramineux bouquin.

 

photoRéadapté pour chaque oeuvre

 

PLEIN LES YEUX

On l’a dit, l’ouvrage propose une quantité d’information et de points de vue démente. Sa maquette et sa mise en page sont donc fondamentales. Et il s’agit également d’une belle réussite. On note tout d’abord que l’ensemble est structuré de manière évidente, qui autorise à retrouver la piste de telle ou telle adaptation sans toujours en référer à un index ou à une table des matières. La circulation est fluide, le fan s’y retrouve immédiatement, tandis que le nouveau venu saisit rapidement comment s’y retrouver.

Mieux encore, au-delà des illustrations, jouant habilement de l’imagerie de films dont on se doute bien que Hachette n’a pu rassembler tous les droits, D'après une Histoire de Stephen King sait organiser visuellement ses encarts ou rubriques pour faciliter notre navigation à travers ce dictionnaire mental. Des icônes symbolisant les identités remarquables du King, en passant par la répartition entre textes et images, tout est fait pour stimuler le connaisseur et lui assurer un plaisir de lecture immédiat.

Amoncellement de travaux qualitatifs et exhaustifs, D'après une Histoire de Stephen King se révèle un écrin parfait pour qui aime à se perdre dans cet univers de monstres affamés et voitures possédées, qui offre un confort de lecture remarquable.

 

photo

Résumé

Riche, ludique et forte d'un vrai point de vue, cette anthologie est indispensable à tous les amateurs de cinéma fantastique comme aux lecteurs de Stephen King.

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire