Portrait de la jeune fille en feu : critique cramée

Simon Riaux | 19 septembre 2019 - MAJ : 19/09/2019 11:00
Simon Riaux | 19 septembre 2019 - MAJ : 19/09/2019 11:00

Depuis le très remarqué Naissance des pieuvres, le cinéma de Céline Sciamma n’a de cesse de grandir en ambition, en puissance dramaturgique et accomplissements plastiques. Avec Portrait de la jeune fille en feu, récompensé du prix du scénario à Cannes, elle fait office de sérieuse concurrente aux plus hautes distinctions et pourrait bien représenter la France aux prochains Oscars.

IRRIDESCENCE DES PIEUVRES

Une peintre est chargée de réaliser le portrait d’une jeune femme de bonne famille, fraîchement sortie du couvent et sur le point d’être mariée, en dépit de ses réticences. Entre les deux femmes croît bientôt une relation passionnée. Plus qu’un instantané de fièvre amoureuse, le récit de Céline Sciamma choisit un angle plus éminemment mental, en s’attachant à chroniquer le souvenir d’un amour, l’empreinte intellectuelle d’un lien indéfectible.

 

Photo Adèle HaenelAttention, ça brûle

 

C’est ce qui de prime abord, avant que l’oeuvre passionne et enivre, peut rebuter, ou à tout le moins questionner le spectateur. Construit autour de deux axes, soit la progressive montée du désir puis une volcanique communion, Portrait de la jeune fille en feu fait oeuvre de pensée, oeuvre d’écriture et d'une précision terrassante.

Fréquemment, les somptueux dialogues de  Sciamma évoquent la précision cristalline des haïkus, quand la géométrie harmonieuse du cadre rappelle la palette émotionnelle du cinéma d’Ozu. Des choix qui éloignent le métrage des attendus du mélo passionnel (une pente que n’emprunte jamais le film), préférant déployer un langage qui privilégie l’introspection, la politique et le dialogue avec le spectateur.

 

Photo Adèle Haenel Adèle Haenel

 

BIG BANG DE FILLES

À l’évidence, le sujet est pour la cinéaste l’occasion de se livrer à une profonde réflexion sur son rôle, la relation qui l’unit à Adèle Haenel et la mission esthétique qu’exige tout acte de mise en scène. D’une toile passée à l’eau d’un coeur symbolique dévoré par les flammes ou d’un échange puissant au sujet de la peinture des hommes, Sciamma multiplie les trouvailles et les accomplissements, transformant son récit progressivement en volcan politique sur le point d’exploser. Grâce à des personnages parfaitement interprétés, un découpage exigeant et chirurgical, la cinéaste réinvestit des schémas aussi classiques que les rapports de classe, l'attraction ambivalente entre Pygmalion et muse, pour enfin sonder avec une énergie nouvelle la puissance émancipatrice d'un amour interdit. 

Sans jamais céder au pensum politique, ou au commentaire opportuniste de l’actualité, Portrait de la jeune fille en feu explore les problématiques qui traversent actuellement le corps social, de la représentation des femmes, en passant par la domination qu’une société conçue contre elle leur inflige. Avec une exigence cinématographique qui ne se dément jamais et une pertinence sans cesse renouvelée, le métrage s’impose comme un des films les plus flamboyants de l'année 2019, jamais écrasé par sa folle ambition d'établir un renouveau du regard féminin par l'image.

 

Affiche française

Résumé

Avec une intelligence de chaque instant, Céline Sciamma interroge la nature de la passion amoureuse et la question du regard au cinéma. Elle livre une romance réflexive de prime abord, un geste de mise en scène et d'écriture formidablement abouti.

Autre avis Alexandre Janowiak
Avec Portrait de la jeune fille en feu, Sciamma dessine avec simplicité et préciosité une relation brûlante, vibrante et indélébile, magnifiée par son parfait duo d'actrices. L'émotion arrive peut-être tardivement mais explose dans un final ravageur et hiémal. Déchirant.

commentaires

Isa
23/09/2019 à 22:46

Enfin la voilà l’histoire d’amour absolue née par et contre les conventions sociales ! la main virtuose de la réalisatrice Céline Sciamma qui peint les jeux de regards , d’esquisse et d’esquive jusqu’à l’explosion du désir ! L’histoire de l’amour féminin impossible qui ne peut être vécu que dans le souvenir sublimé par la partition de Vivaldi dans un final déchirant !

Anne Sérac
22/09/2019 à 01:23

Un grand film parfaitement construit, qui ouvre avec précision et justesse une rare parenthèse dont les hommes sont absents, laissant se déployer l'expression d'un désir féminin, hors des carcans de nos identités contemporaines, hors du carcan des mots eux-mêmes. Un film qui renoue avec une tension érotique depuis longtemps disparue, aux antipodes des crudités habituelles pourtant privées d'intensité.

la vilaine
21/09/2019 à 23:39

Beau titre, yapas...mais entre le début où tu cherches en vain le piano échoué sur la plage en même temps que la visiteuse trempée et la dernière et interminable scène où la jeune fille qui a été modèle et ne l'est plus quoique... pleure pendant tout l’Orage des Quatre Saisons de Vivaldi ....on peut aimer mais c'est loooong.
On peut, on doit aimer certes, la galerie de tableaux vivants style peinture flamande qui se déroule lentement nos yeux, on peut suivre un récit linéaire fait de symboles et de réminiscences, trouver de la beauté à la mise en scène, etc
mais la Vilaine du fond près du radiateur a trouvé qu'il y avait un souci de casting entre les deux actrices , l'une Noémie Merlant au charme fluctuant colle parfaitement à la sévérité de la société que l'on devine mais Adèle Haenel absolument pas . Et je serais bien étonnée qu'il y ait eu des femmes aussi belles soient elles, avec ce physique là, à cette époque.
L'impression qu 'on fait le grand écart entre une image figée de la société du 18eme et la société actuelle, toute en révolte et revendications. Désolée Adèle, tu fus trop bonne ailleurs.
Bref il ne lui reste que sa jolie moue et pourtant le projet a eu autre envergure si j'en coirs les articles interviews. L'histoire du portrait qui flambe, qu'on efface ça peut plaire aussi question réminiscences.
Un film de genre , si j'ose dire.
un film de femmes

jacques
20/09/2019 à 23:31

magnifique. une émotion pure un délice de la pure sensualité

Ciseaux de jambes
20/09/2019 à 18:07

Le genre de film qui me broute (le gazon).

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