Ça : Chapitre 2 - critique qui rage en bas

Simon Riaux | 6 septembre 2019 - MAJ : 12/09/2019 10:57
Simon Riaux | 6 septembre 2019 - MAJ : 12/09/2019 10:57

Ça a récolté les fruits plantés des années plus tôt par Stephen King, son roman au succès planétaire, puis par son adaptation en mini-série, Il est Revenu. La relecture d’Andrés Muschietti est devenue le plus grand succès horrifique du 7e Art. C’est donc précédé d’une énorme attente et promise à un succès non moins planétaire que débarque sa suite.

LE CLUB DÉRATÉ

Ça : Chapitre 2 avait un énorme défi à relever : totalement réinventer sa seconde moitié, devenue inadaptable. En effet, en séparant les deux temporalités imbriquées dans le roman de Stephen KingAndrés Muschietti rendait inutilisable l’axe « adulte » de l’intrigue, pensé dans le texte comme un champ/contrechamp, un dialogue perpétuel avec l’enfance. Éloigner les deux interdisant cet échange, il fallait offrir aux personnages vieillis de nouveaux enjeux.

Malheureusement, le film en est incapable, et préfère dérouler une redite du précédent opus, la surprise et le charme adolescent en moins. Le scénario se tord en tous sens pour justifier la séparation constante des personnages (n’espérez pas retrouver le Club des Losers), les échos épais lancés au premier métrage, ou le recyclage du – joli – bestiaire de ce dernier. La faiblesse de Ça tenait beaucoup à sa dimension très répétitive, elle est ici décuplée, et ce pendant près de trois heures.

 

photo, Bill Hader, James Ransone, Jessica Chastain, Isaiah Mustafa, James McAvoyLe Club de Losers a grandi

 

Non seulement cette durée excessive étouffe la plupart des effets, allant jusqu’à broyer ou rendre inoffensives les meilleures séquences, mais le film trouve encore le moyen de maltraiter ses personnages. Heureusement, Bill Hader (le seul à bénéficier d’un semblant d’écriture) déploie une fascinante palette d’émotions, c’est d’ailleurs sur lui seul que repose la force larmoyante des derniers instants du récit. Jessica Chastain fait preuve d’un charisme et d’un investissement qui transcendent la construction faiblarde de Beverly, tandis que James McAvoy, n’ayant rien à surjouer, préfère enlacer amoureusement la gueule de bois qui lui tient lieu de personnalité.

Le reste du Club est traité par le scénario avec une indifférence totale, la palme du néant revenant à Mike (Isaiah Mustafa), qui voit son intrigue et sa personnalité transférés une nouvelle fois à Ben, pour être totalement mis de côté par l’intrigue. Et si seulement ce désintérêt pour les Ratés autorisait Grippe-Sou à constituer une véritable menace en déglinguant nos héros... Mais la peur n’est pas au rendez-vous.

 

photo Bill Skarsgård

 

MONSTRES & CAMPARI

Plus encore que Ça premier du nom, ce Chapitre 2 souffre d’un agencement incompréhensible des séquences horrifiques. Tout y est charcuté par le montage, bien trop bref, jamais insistant, étouffé sous un mixage sonore tonitruant. Impossible de sentir le malaise, la dissonance, ou quoi que ce soit d’inquiétant, tant la mise en scène paraît redouter l’horreur, ou la concevoir comme l’orgasme d’un tambour de guerre.

On se réjouissait néanmoins de retrouver Bill Skarsgård, dont on pouvait espérer qu’il se lâche tout à fait dans le rôle de Grippe-Sou le Clown. Malheureusement, la production, peut-être pour tenter de démultiplier l’impact de sa performance, le recouvre en permanence de prothèse ou de maquillages numériques, le plus souvent finis au sébum d’ado syphilitique. Le résultat n’est jamais effrayant, curieusement aseptisé et techniquement risible. Et le film éviscère ainsi lui-même un de ses plus beaux atouts.

 

PhotoUn des nombreux et ridicules maquillages numériques

 

Mais Grippe-Sou n’est pas le seul à souffrir de ce traitement. Par extension, c’est tout le formidable bestiaire de Stephen King, et les ajouts de Muschietti, qui passent à une moulinette absurde. Comme s’il fallait transmuter ce cauchemar sidéral, cette angoisse cosmique où nous flottons tous en bas… en un succédané de Transformers.

Et même quand la caméra retrouve, le temps d’une séquence à la déchirante platitude, l’abominable lépreux du précédent film, Muschietti a bien du mal à renouveler ses effets, enregistre la performance horrifique comme on pointe à l’usine. Entre désenchantement et effets de manche industrieux, la désolation est totale.

 

photo, Jessica ChastainHeureusement il y a Jessica Chastain

 

NOUS RAGEONS TOUS EN BAS

Le plus rageant enfin, ce n’est pas tant le champ de ruines qui s’étend près de 3 heures durant. C’est plutôt le constat, amer, que Muschietti aime sincèrement son matériau de base, parvenant, par endroit, à tout à fait ressusciter la puissance mélancolique de Ça. Le film contient en effet une poignée de scènes à la force remarquable, qui enchanteront les fans absolus de l’œuvre de Stephen King.

Flashback en forme de rapport de police terrifiant dans le roman, l’agression homophobe dont est victime Adrian Mellon au début du récit est une réussite déchirante. Avec une belle réserve et une vulnérabilité qui impressionne instantanément, Xavier Dolan joue l’une des victimes les plus touchantes de Grippe-Sou, accompagnée d’une cascade d’idées visuelles qui feront cruellement défaut au reste du film.

 

Photo Bill Hader Bill Hader, le seul à s'en tirer avec les honneurs

 

On retrouve cette surpuissance symbolique dans la séquence où Bev retourne chez elle, dont les trailers n’ont pas manqué de repiquer plusieurs excellents passages. À nouveau, le metteur en scène génère un malaise et un vertige emblématiques de l’œuvre originelle, nous donnant à ressentir toute la corruption, la grande putréfaction de Derry.

Mais c’est bien trop peu, bien trop tard. Même constat quand Richie (Bill Hader) laisse entrevoir un pan de sa personne qu’il a tout fait pour dissimuler. Muschietti se l’approprie pour donner un sens nouveau au climax. Ces réussites, éclatantes et rares, soulignent aussi l’inutilité et la décomposition d’un Chapitre 2 qui erre à la manière d’un canard sans tête.

 

Affiche française

Résumé

Handicapé par une durée ridicule, étouffé par un scénario incroyablement mécanique, Ça : Chapitre 2 éviscère son atmosphère à coups d'effets numériques grossiers. Restent la belle performance de Bill Hader et une poignée de scènes dignes du cauchemar de Stephen King.

Autre avis Geoffrey Crété
Comme le premier, Ça : Chapitre 2 souffre d'une narration bancale, manque cruellement d'un vrai sens de l'angoisse, et tombe dans une formule répétitive. Mais comme le premier, il emballe quelques scènes solides, et repose sur des personnages dont la belle mélancolie infuse le métrage.

commentaires

Stevuk
13/09/2019 à 16:17

Trois heures passées très vite .....

Galt
13/09/2019 à 10:16

La version originelle de 1990 m'avait terrifié (j'avais 11ans), mais c'est sûr qu'en le regardant maintenant, v'là le coup de vieux que ça a pris. Et là, avec ce chapitre 2 que je suis allé voir direct au cinoche, c'est l'inverse : trop moderne, trop numérique, et trop long surtout. Rien d'horrifique à signaler, c'est plus du fantastique/épouvante avec quelques scènes mémorables (Bev dans les chiottes par exemple). Je reste un peu sur ma faim, mais je regarderai quand même la version supercut, si elle sort un jour, et si j'ai 6heures à perdre, lol.

StarLord
13/09/2019 à 07:49

Également très déçu par ce chapitre 2... Un film d’horreur avec des qualités mais qui ne fait malheureusement absolument pas peur

Simon Riaux - Rédaction
12/09/2019 à 13:05

@Birdy

Merci pour lui.
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Birdy
12/09/2019 à 12:59

@ Simon : le vrai problème d'un film, c'est lorsque sa critique est plus divertissante.

Simon Riaux - Rédaction
12/09/2019 à 12:36

@pere colateur

Aucun second degré, je me conçois comme une émanation du divin partageant un peu de sa lumière avec les mortels.

Comme toutes les journalopes gaucho-maçonnique illuminati, cela va de soi.

pere colateur
12/09/2019 à 12:32

" vous éduquer les yeux" dixit le fan du chasseur et la reine des neiges , de jupiter ascending et de rampage ! MDR. ça vas les chevilles ? Mais bon c'est de l'humour second degrés ! ...J'espère !

Simon Riaux - Rédaction
12/09/2019 à 09:56

@Castiel

Vous visez juste en supposant que je ferais un bien meilleur boulot, d'ailleurs, ma maman partage votre opinion, ce qui souligne encore sa pertinence.

Par contre, vous faites erreur. Une vie de millionnaire, de pognal et de cocagne ne me ferait certainement pas passer l'envie de vous éduquer les yeux dans ces colonnes.

A la bonne vôtre.

pere colateur
12/09/2019 à 09:28

@ sascha. Totalement d'accord avec toi.
Trés déçu ( et pour le coup , c'est rare , totalement d'accord avec Simon Riaux) Je rajouterais a la critique de sascha , des punchlines débiles même en plein climax. qui désamorcent les trés rares moments d'angoisse. Quand a bill Hader , tant vanté , je lui aurais foutu des claques tout le film , avec ses blagues qui tombent comme un poil de derche dans la soupe. Un film complétement pour ados. Le 1er film n'était peut etre pas parfait , mais il fait office de chef d'oeuvre par rapport a celui ci.

Birdy
12/09/2019 à 08:30

En ce qui me concerne, c'est quand même une belle occasion de ratée. Ils avaient mis le paquet, un bon réal, un casting vraiment sympa, des images idéales... et plouf. Comme toujours, le plus important pour donner une âme à un film, reste l’inspiration de son réalisateur. On ne fait jamais le coller coller de la qualité artistique d'une oeuvre littéraire, il faut lui insuffler une vision personnelle.

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