Golden Glove : critique qui sent fort

Simon Riaux | 6 avril 2019 - MAJ : 06/04/2019 18:35
Simon Riaux | 6 avril 2019 - MAJ : 06/04/2019 18:35

Fritz Honka massacra au moins quatre femmes à Hambourg, entre 1970 et 1975, dont il conserva les restes dans son petit appartement. Homme torturé et complexé, il traquait des femmes de petites taille et si possible édentées, afin de satisfaire son obsession pour la fellation tout en maîtrisant sa peur panique de voir son membre viril dééchiqueté par une canine trop aventurière. C'est l'histoire de ce sympathique personnage que narre Golden Glove de Fatih Akin.

PORTRAIT OF A SERIAL KILLER

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la carrière de Fatih Akin n’en finit pas de surprendre. Révélé par le phénoménal Head-on et intronisé joyau du nouveau cinéma allemand, le metteur en scène s’était depuis embourbé dans d’interminables redites, avant de se casser les dents sur sa grande fresque (The Cut) pour exploser en vol avec le douteux In the Fade. C’est donc peu dire qu’on ne s’attendait pas à le voir revenir avec un thriller gorasse et craspec consacré à un tueur en série dont la ganache évoque le résultat d'un peeling à l'acide.

 

photo Jonas Dassler

 

Dès l’ouverture, le ton est donné. Un homme voûté s’évertue entre deux rasades de schnaps à découper le cadavre déjà un peu fait d’une femme. Graphique, baignant dans une photographie organe soulignant les teintes jaunâtres et les carnations, la scène s’étale au gré des hauts le coeur de notre improbable héros, de ses valses hésitations, jusqu’à ce que son improbable trogne envahisse le cadre, sorte de Sinok des Goonies égaré dans un M le Maudit revu et corrigé par Max Pécas. Cette intro poisseuse en diable contient en elle les forces et faiblesses de Golden Glove.

Pour qui aura l’estomac suffisamment accroché pour accepter le projet du récit, à savoir narrer par le menu le quotidien d’un monstre impuissant calmant ses nerfs en équarrissant des femmes rencontrées dans des débits de boisson en comédie grinçante et sardonique. Le mélange est d’autant plus risqué que Akin fait montre de la joyeuse inconséquence qui ont présidé à ces derniers films, enchaînant avec une régularité métronimique les morceaux de bravoure en forme de vomissures cosmiques. On étrangle, on torture, on viole plus ou moins, on découpe, et surtout on entasse les restes dans la sous-pente. Programme chargé et nauséeux.

 

photoUne vraie gueule d'amour


MURDER VIXEN

Difficile de comprendre comment Pathé et Warner ont pu accepter de financer cette création quasi-inexploitable en salles, dont les outrances donnent parfois le sentiment que le film est proposé en odorama. Comédie de l’abjection qui ose toutes les horreurs, riant du festival de sévices éclaboussant l’écran, tout en proposant au spectateur de fraterniser avec leurs auteurs, ainsi que la galerie de de gueules cassées qui l’accompagnent. Ce mauvais goût en forme d’étendard confère à l’ensemble une bizarrerie, une drôlerie, qui rendent l’expérience tantôt hilarante, tantôt fascinante.

 

photoUn chasseur sachant chasser

 

A ce titre, découvrir Golden Glove en salles est une épreuve sensorielle curieuse, tant cet objet filmique n’en finit pas de se prolonger, de muter, en une arborescence monstrueuse qui menace toujours d’écraser le spectateur. Progressivement, c’est l’époque de la bisserie cradingue décomplexée qui nous revient en pleine figure tel un rot d’outre-tombe, quand Fatih Akin semble citer pêle-mêle le Maniac de Lustig, ou encore L'Eventreur de New-York de Lucio Fulci. Des créations folles, ne craignant jamais de prendre le spectateur à rebrousse-poil et interrogeant toujours ses motivations. Entre malaise, sidération et répulsion, on se réjouit de faire face à une oeuvre qui assume si frontalement de nous fairre toucher l'abominable du doigt.

 

photoJoies de l'apéritif

 

Néanmoins pour surréaliste et délicieusement éprouvante que soit cette chronique putrescente, elle menace souvent de faire sous elle, la faute à une durée excessive, qui sape une partie de la légèreté corrosive que vise le film. Et lorsque Fritz Honka (démentiel Jonas Dassler) manque de se déchirer le frein en abusant pour la énième fois d’une saucisse de Francfort (sic), la lassitude pointe plus que le bout de son bout. Progressivement, si l'amateur de cauchemar pelliculé sera évidemment rassasié, l'entreprise se révèle un peu vaine aux entournures, trop évidemment contente de son petit geste purulent pour ne pas avoir des airs de bravades un peu puérile.

 

Affiche officielle

Résumé

Fatih Akin prend un malin plaisir à plonger notre regard au coeur d'une invraisemblable comédie de l'abjection. Avec la finesse d'un Max Pécas et la brutalité d'un William Lustig, il nous sidère, malgré une durée excessive et un rythme inégal.

Lecteurs

(5.0)

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commentaires

Matt
27/06/2019 à 17:21

Pour ma part, un peu vain, quelque peu démonstratif voir même racoleur.


Mais il reste cependant des comédiens hallucinants aux trognes et physiques grotesques (et que dire de la figuration dans ce bar limite "Fassbinderien" !) une reconstitution de l'Allemagne d'après guerre extrêmement détaillée, une b.o. Deutsche Qualität et un scénario qui a au moins le mérite de nous envoyer sur des fausses pistes bienvenus (sans trop spoiler : la femme au début que le tueur prend chez lui, la discussion avec la femme de ménage à propos de sa soeur etc...).

Je vous rejoins, c'est bien mieux que son dernier "In The Fade".

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