Tel Aviv On Fire : critique du feu de dieu

Christophe Foltzer | 2 avril 2019
Christophe Foltzer | 2 avril 2019

Faire un film sur le conflit israëlo-palestinien est déjà un projet très compliqué sur lequel il est très facile de se casser les dents. Mais, en plus, décider d'en faire une comédie, que voilà une démarche suicidaire. Et pourtant voilà Tel Aviv On Fire.

SOAP OPERA

Tel Aviv On Fire n'est pas qu'un film, c'est aussi une série télé. Enfin, plutôt, un soap-opera dans la diégèse du métrage qui narre les aventures romantiques d'une espionne palestinienne tiraillée entre deux hommes, et donc deux camps, sur fond de guerre des Six Jours. Salam, Palestinien vivant à Jérusalemen, ne doit son emploi de stagiaire sur la série que parce qu'elle est produite par son oncle.

Mais le voilà rapidement promu au rang de scénariste pour les scènes en hébreu. Alors qu'une nouvelle vie pourrait s'offrir à lui, il se fait repérer par Assi, militaire responsable d'un checkpoint, qui compte bien l'utiliser pour transformer la série de l'intérieur et en faire un objet pro-sioniste. Evidemment, rien ne se passera comme prévu.

 

photo Tel Aviv On FireQu'importe le conflit, le selfie reste le plus important

 

Pour son second long-métrage, après Téléphone Arabe en 2010, Sameh Zoabi, n'a, certes, pas choisi la facilité en voulant traiter du conflit sur un mode comique. Et pourtant, le miracle se produit puisque le film est remarquable. Dans sa mise en scène déjà, qui joue habilement des codes du soap-opera, voire du film à suspense pour introduire ses personnages, n'hésitant pas à mélanger les genres lorsque le récit dévoile un peu plus son coeur au spectateur.

Son scénario aussi, magistral, réglé comme une horloge, visiblement inspirée des comédies sociales italiennes des années 60 et qui laisse la part belle à des êtres incomplets, dirigés par leurs désirs respectifs et qui se servent de la situation géopolitique locale pour se rassurer, conquérir la femme qu'ils aiment ou assouvir leurs pulsions.

 

photo Tel Aviv on FireQuand la réalité s'attaque à la fiction pour ses propres intérêts

 

INSPIRATIONS ET CIRCONSTANCES

La grande intelligence du film, c'est de ramener le conflit à une échelle humaine où chaque personnage représente un aspect de la problématique. Et c'est effectivement là que Tel Aviv On Fire excelle, dans cette peinture au vitriol du conflit, en évitant de prendre parti et en osant, avec une frondeur très divertissante, le pari de dénoncer chacun des deux camps à valeur égale. Et ce, en mettant en lumière l'illusion ancrée dans les générations les plus récentes d'une légitimité de leur combat.

Bien entendu tout ceci fait écho avec le soap-opera montré en parallèle qui, s'il joue le rôle de caricature au début du récit, ne tarde cependant pas à renvoyer aux personnages des vérités qu'ils ne voulaient pas forcément voir.

 

photo Tel Aviv on FireLes coulisses d'un soap bien kitsch mais d'une importance capitale

 

Lorsque l'intime, le personnel, s'entremêle à la fiction, forcément, la situation devient explosive et les vérités de chacun s'effondrent face à une réalité politique bien dichotomique où chaque camp se nourrit de la haine de l'autre pour exister et se donner une raison de vivre plutôt que de tenter une réelle conversation en vue d'une réconciliation. Sans compter que son traitement de la fiction est totalement justifié par cette volonté de montrer deux peuples incapables de s'entendre mais se réunissant de manière automatique devant le programme le plus niais qui soit pour vibrer ensemble sans même probablement s'en rendre compte.

On ressort du film avec l'impression d'avoir assisté à une grande répétition d'un possible dénouement positif du conflit qui n'oublie jamais la part d'ombre de chacun, servi en plus par d'excellents comédiens. Faussement léger mais extrêmement drôle, Tel Aviv On Fire est un petit bijou de comédie noire et acide comme on aimerait en voir plus souvent. On ne peut donc que s'enthousiasmer de le voir enfin sortir sur nos écrans après une belle carrière dans les festivals où il a été primé, notamment au FIF de Saint-Jean-De-Luz l'an passé.

 

Affiche officielle

Résumé

Sous ses airs de gaudriole en terrain miné, Tel Aviv on Fire est avant tout un grand film humaniste qui tente de nous reconnecter avec l'autre et avec nous-mêmes. Et le pire, c'est que ça fonctionne. A ne pas manquer.

commentaires

Matt
08/04/2019 à 23:16

j'ajouterais que le travail sur les relations inter-générationnelles notamment à travers le sujet "casse-gueule" de la guerre des 6 jours (abordé par l'oncle envers son neveu) est traité admirablement avec justesse. Sans verser dans le pathos.
Un film doté d'une intelligence rare d'écriture. Un film pourvu de comédiens magnifiques (dans tous les sens du terme). Un film qui rend optimiste et fait un bien fou.

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