Films

Paris est à nous : critique germano-faquine

Par Simon Riaux
25 février 2019
MAJ : 14 mars 2019
1 commentaire

La diffusion d’un matériel technique performant et accessible, les potentialités de l’image numérique et l’essor de plateformes participatives ont démultiplié la capacité des débutants, passionnés ou francs-tireurs à produire des gestes de cinéma. En témoigne l’avènement de Paris est à nous d’Elisabeth Vogler, métrage un temps annoncé sur grand écran, mais finalement (et logiquement) promis à Netflix avec la jeune Noémie Schmidt.

photo, Noémie Schmidt

FRAGRANCE MALICK

Le long-métrage d’Elisabeth Vogler se penche sur les affects d’une jeune femme, bouleversée après que l’avion qu’elle était supposée prendre pour retrouver son compagnon à Barcelone se soit crashé. Entre souvenirs, angoisses et vertiges introspectifs, elle erre dans le Paris tourmenté de la fin des années 2010, de manifestations en attentat, de cicatrices en plaies béantes.

Initialement, cette version franco-existentialo-démerdarde de Destination Finale enthousiasme avec une grâce presque électrique. Paris est à nous est mû par un désir de se réapproprier un espace commun qui a progressivement déserté le cinéma national : une ville capitale. Renvoyée à des intérieurs bourgeois génériques, quelques plans iconiques, Paris a été progressivement abandonnée par les caméras, et ce constat paraît d’autant plus évident à la découverte du film de Vogler.

Elle refait du peuple une force vitale, arpentant les veines de ce grand corps à la renverse, à la manière d’un flux sanguin, dont l’objet du film serait de prendre le pouls.

 

 

Le long des grandes artères, dans les concerts, le métro, au sommet d’une tour, partout où la lumière se glisse, l’objectif se meut. Usant des convulsions de la Cité comme une matière première, la cinéaste tente de la transformer en matière narrative, autant qu’elle se laisse porter par elle.

Paris est à nous donne le sentiment euphorisant de redéployer un espace vu mille fois, mais d’ordinaire tristement désincarné. Il est ici question de pulsion de vie et de mort, de réappropriation du monde, autant d’ambitions qui nourrissent cette expérience de la même lumière azuréenne que la caméra s’efforce d’encapsuler.

 

photo, Noémie SchmidtNoémie Schmidt

 

GNOME À LA CAMÉRA

Malheureusement, cette énergie vivifiante se heurte aux œillades épaisses que fait l’œuvre à celle de Terrence Malick (dont Song to Song et À la merveille hantent littéralement Paris est à nous). On ne pourra pas reprocher aux jeunes cinéastes de vouloir digérer sa grammaire, mais on leur recommandera de passer le tout au mixeur, sous peine de s’étouffer avec les morceaux.

La volonté de retrouver l’énergie de la photo d’un Emmanuel Lubezki est ici si évidente, le choix d’éclater la narration pour mieux en faire ressortir les lignes de force émotionnelles si lourdement souligné, que les innombrables faiblesses de ce premier long en sont démultipliées.

 

photo, Noémie Schmidt Noémie Schmidt

 

On reste souvent interdit devant les dialogues, qu’on jurerait écrits par un lycéen après son premier lavement au Malibu, tant ils enfilent les stéréotypes d’une dissertation ampoulée et trop sûre d’elle-même. Or, la voix intérieure des personnages est pensée comme l’ancrage poétique et symbolique du spectateur, mais elle l’embarrasse plus qu’autre chose. Ainsi l’ambition du projet se fracasse totalement sur la naïveté avec laquelle il cite anarchiquement Cuaron, Malick et Noé, sans jamais saisir que chez eux, le geste, le mouvement, ne sont pas des instruments de pose.

Impossible dès lors de s’attacher au film, malgré ses nombreuses et jolies tentatives de repenser l’espace parisien. On scrute durant d’interminables minutes le visage de Noémie Schmidt, qui parait avoir un peu de mal à digérer un cassoulet au piment, probablement ballonnée par un scénario désespérément creux. Elle fait tout son possible, mais se retrouve pour l’essentiel réduite à ânonner des monologues dédiés à la phénoménologie des Sims ou à la méchanceté de ce triste monde tragique.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Malgré une volonté et un enthousiasme parfois fascinants, le film se prend les pieds dans le tapis à force d'ambitions mal digérées et de dialogues approximatifs.

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Jaloux

Ce commentaire est-il objectif? Netflix débarque en France et produit beaucoup de film avec de bons comédiens. Je pense que ça dérange, les producteurs ne se sentent-ils pas dépasser par cette évolution? Je pense qu’il y a de la jalousie dans ce commentaire