Ralph 2.0 : critique en 56K

Mise à jour : 13/02/2019 15:20 - Créé : 13 février 2019 - Simon Riaux

Après avoir jonglé avec les références vidéoludiques, Ralph nous revient, propulsé sur Internet, terrain de jeu délirant, à l’infini richesse, occasion d’une nouvelle pluie de références plus ou moins pop. Cette nouvelle suite d’une création en demi-teinte Disney, intitulée Ralph 2.0 réalisé par Rich Moore et Phil Johnston, gagne-t-elle en débit ?

Affiche française
71 réactions

READY COPIEUR ONE

Impossible de ne pas penser à Ready Player One en découvrant ce Ralph 2.0, dans lequel Ralph et Vanellope découvrent un routeur internet qui les propulse dans les arcanes du World Wide Web. On se souvient que le film de Steven Spielberg s’ouvrait sur un long plan-séquence enchaînant les citations et les situations détournant les marques et emblèmes de la nerd culture, de Minecraft à Batman. Et à bien des égards, on se dit souvent que Ralph est resté bloqué, fasciné par cet étalage initial et virtuose.

En effet, le film de Phil Johnston et Rich Moore appartient à ce sous-genre encore balbutiant de film méta, faisant de la pop-culture son bac à sable. Malheureusement, on sent les deux réalisateurs très mal à l’aise avec le discours que nécessite ce type d’entreprise. Qu’on apprécie ou non Ready Player OneSteven Spielberg y proposait un point de vue marqué sur les totems de la culture populaire et leur usage au sein d’une industrie capitaliste de reproduction du même. Ici, on est bien en peine de comprendre ce que Ralph 2.0 a à dire.

 

photoLes fameuses princesses Disney

 

Entre la nécessité de représenter positivement le catalogue Disney (et surtout de le caser à toutes les sauces), notamment au cours d’une scène de princesses suremployée lors de la promotion et d’énormes maladresse, le récit et son message se troublent progressivement.

Ainsi les Stormtroopers, curieusement employés, sont à deux doigts de représenter Disney comme une force totalitaire mais progressiste (schizophrénie quand tu nous tiens), la vision de Youtube fait son possible pour amuser mais ferait passer les Situationnistes pour des chroniqueurs de Cyril Hanouna, tandis que la vision de Google oscille entre célébration fluo et cauchemar hystérique.

 

photo Ralph 2.0Entre coffre à jouets et supermarché

 

SERVICE MINIMUM

Cette indécision transparaît jusque dans les morceaux de bravoure du film. Ainsi, une poursuite en voiture tonitruante vient, quelques mois après Vaiana, la légende du bout du monde, confirmer que George Miller (Mad Max : Fury Road) et Steven Spielberg sont toujours les horizons mentaux indépassables des faiseurs hollywoodiens. On a connu bien pires modèles, et quand l’action s’emballe, Ralph 2.0 tient toujours la route, mais le manque d’inspiration, ou plutôt l’obligation de citation, devient de plus en plus criante.

Comme écrasé par son sujet, manquant cruellement d’idées et de point de vue, le métrage n’est pas pour autant une source de déplaisir. Techniquement tout confine à la perfection, tant du côté de l’animation, que du piqué des couleurs, ou la richesse des textures, qui confèrent au film une intensité visuelle parfois un peu excessive mais jamais déplaisante.

 

PhotoDeux héros sympathiques

 

Son tempo tient toujours la route, plusieurs répliques font mouche, et l’alchimie entre ses deux héros demeure une de ses belles réussites. Bien plus que l’univers déployé et commenté, c’est à eux que le spectateur s’intéresse, se prêtant à rêver de les retrouver dans un monde moins saturé de références, où ils auraient l’occasion d’exister pleinement.

 

Affiche

Résumé

Sans jamais déplaire, Ralph 2.0 a beaucoup de mal à trouver quelque chose à raconter et se perd un peu dans ses infinies références.

commentaires

Totempkof 14/02/2019 à 10:55

Venir dire à l'autre qu'il est trop subjectif lorsqu'il donne son avis sur un film et son sens, et soi-même affirmer "ce sens n'existe pas, ce film est comme ça, point"

Fallait le faire.
Belle cinéphile de comptoir et démonstration de "inutile de discuter avec vous, moi avoir raison et toi avoir tort"

Simon Riaux - Rédaction 14/02/2019 à 10:28

@mikegyver

Il se trouve qu'être subjectif, c'est un peu notre métier.

Ce qui est intéressant, c'est que dans votre description assez imprécise du Spielberg, il y a un élément que vous oubliez, à savoir la mise en scène. C'est, comme toujours là que réside le point de vue du cinéaste. Et il est ici très clair, quand bien même vous refusez d'y jeter un coup d'oeil.

Quant à savoir si c'est vu et revu, bah ça ne veut pas dire grand chose. C'est surtout mieux vu et pensé qu'ailleurs. Et si vous avez entendu parler d'un petit phénomène intitulé Fortnite, peut-être avez-vous même mesuré combien le film est en phase avec le développement actuel de l'industrie vidéoludique...

mikegyver 14/02/2019 à 10:24

@la redac

"Alors pas vraiment, puisqu'on explique que la différence entre les deux...."

hein ? votre difference est fausse, ready player one est creux, vous lui trouvez des sous-entendus qui n'existent pas, vous voyiez juste ce que vous avez envie de voir, alors que y'a rien,

La seule structure de Ready c'est un jeu video, avec ses differents niveaux, ses boss, et tout le tralala, le tout enrobé d'un univers qui ne parle a personne, vivre dans un univers virtuel au lieu de la poubelle de la vrai ville c'est du vu,re-vu et re-revu et personne ne s'imagine ca pour le futur.

bref vous etes encore a la ramasse, en fait totalement subjectif....

Stridy 14/02/2019 à 08:26

Ras le bol des films/séries qui dégueulent les citations pop culture (majoritairement des 80s).

Ready player one pouvait faire sourir mais une fois sorti de ces citations il reste une histoire bateau.

Des séries comme Glow (et dans une moindre mesure Stranger Things), qui se passent dans les 80s et ont quelques références digèrent parfaitement ces références pour passer au dessus.

Tonto 14/02/2019 à 06:20

Malheureusement, une critique que j'approuve sur tous les points (sauf que je trouve la relation Ralph/Vanellope elle aussi massacrée)...

@Anonyme Sans faire forcément référence à la double personnalité, la schizophrénie implique bien un fonctionnement à deux vitesses du malade, qui ignore qu'il est malade, ce qui crée un décalage entre son fonctionnement intérieur et le monde réel. Donc je pense que ça suffit à justifier l'emploi de l'expression.
Après, on va pas demander aux gens de faire médecine pour employer des expressions populaires. Si on devait reprendre toutes les personnes qui utilisent mal une expression...
Perso, quand j'entends tout le monde dire "ne pas faire long feu" alors que l'expression consacrée est justement "faire long feu", je ne les reprends pas à chaque fois. Je suppose que ça fait aussi partie de l'évolution du langage... (ce qui n'excuse pas toutes les erreurs, j'en conviens :)

Anonyme 13/02/2019 à 23:23

Bonne critique sur le fond.
Sur la forme juste un truc qui pique les yeux ::
Ainsi les Stormtroopers, curieusement employés, sont à deux doigts de représenter Disney comme une force totalitaire mais progressiste (schizophrénie quand tu nous tiens)

Vous auriez écrit "hémorroïdes quand tu nous tiens" ça aurait été tout aussi ridicule.
Je suis étonné qu'en 2019 on continue d'employer le terme schizophrénie pour évoquer la double personnalité...
Au pire si vous ne savez pas ce que c'est vous n'employez pas le mot ;)

solmi 13/02/2019 à 21:54

C'est le monde d’aujourd’hui. Cette tendance à vouloir inscrire les marques dans la culture générale en passant par divers supports médias. Je ne suis pas fan de Démolition Man mais la dessus le film avait visé juste avec la scène ou les flics chantent des jingles de pubs.

Copeau 13/02/2019 à 16:12

@Mon avis vaut le tien
Je suis plutôt d'accord avec vous. Cette tendance que vous décrivez à laquelle je rajouterai celle de créer en permanence des univers étendus, me donne l'impression que les films n'arrivent plus à exister par eux-mêmes...ils ont besoin d'être connectés à d'autres films, à de multiples références...et le plus gênant c'est que ce besoin d'exister au travers des autres produits...heu pardon films.... montrent souvent un défaut de scénario, un manque de créativité. Bref tout l'art de combler le vide artificiellement.

Han Hulé 13/02/2019 à 16:11

C'est pas faux : c'est d'ailleurs le problème des sketchs des Nuls par exemple. Tu les vois aujourd'hui, tu captes rien car c'est trop ciblé sur son époque. Ceci dit, dans 30 ans, ça sera "pire" que maintenant, les gens seront comme dans Wall E, le cul bien gros sur leur fauteuil électrique avec l'écran greffé dans les yeux.
Purée, je suis vieux aussi moi !

Mon avis vaut le tien 13/02/2019 à 16:02

A chaque fois que je vois un dessin animé de maintenant (oui, je sais, vous allez me dire que je fais mon vieux con et vous aurez raison), je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'il en restera dans 20 ou 30 ans. Ainsi, ce Ralph là sera probablement regardable et incompréhensible. On nous montre du Amazon, Youtube, Twitter, etc mais ces sites seront-ils encore là dans 30 ans ? pire, est-ce qu'on s'en souviendra même ? c'est comme si maintenant on nous montrait du ... myspace (sans dec qui s'en souvient ?).
Alors que Pinocchio, là, oui ! on peut encore le regarder et tout comprendre !

Allez, après ma gueulante dans laquelle j'ai perdu mon dentier, je retourne à ma maison de retraite !

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