Undercover - Une histoire vraie : critique qui démange

Lino Cassinat | 7 janvier 2019 - MAJ : 07/01/2019 15:22
Lino Cassinat | 7 janvier 2019 - MAJ : 07/01/2019 15:22

Encore sous le radar, Yann Demange est un réalisateur qui pourrait exploser à tout moment. Remarqué avec le précieux '71 au point d'être un temps pressenti pour la réalisation de James Bond 25, également rattaché à la réalisation du projet de série d'horreur Lovecraft Country (adapté des écrits de Lovecraft et piloté par Jordan Peele pour HBO), sa mise en scène électrique et suffocante n'a clairement pas laissé indifférent. En attendant d'être rattaché à une commande, le voici de retour avec son deuxième film indépendant White Boy Rick, inexplicablement et horriblement non-traduit en français (ou pas) par le titre le plus fade du monde, indigne d'un DTV moisi avec Edward Furlong : Undercover - Une histoire vraie.

BLACK GANGSTAS, WHITE TRASHES

White Boy Rick... enfin, Undercover - Une histoire vraie, raconte l'histoire de Rick (d'où le "Rick" du titre), un adolescent blanc de 14 ans qui réussit à se faire une place dans un gang de trafiquants 100% afro-américain (d'où le "white" du titre).

Malheureusement, suite à quelques traficotages peu scrupuleux de son père, un vendeur d'armes légal indépendant bien interprété par le mulet de par Matthew McConaughey, Rick est contraint par le FBI de devenir leur informateur, le plus jeune de l'histoire des USA (d'où le "boy" du titre), sous peine que ces derniers envoient Richard Sr. en prison.

 

photo, Richie Merritt, Matthew McConaugheyLe fameux combo gagnant mulet-moustache

 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le franco-algérien Yann Demange surprend, tant Undercover - Une histoire vraie semble prendre le contrepied de '71.

S'il était auparavant quelque part entre Kathryn Bigelow, John Carpenter et Walter Hill, le voici désormais en eaux à la fois beaucoup plus apaisées, son découpage et son ambiance étant bien moins irrespirables, mais aussi plus troubles. Sa belle patte semble en effet ici diluée dans un récit sympathique mais un peu quelconque de gangsters tendance white trash dans les années 80 à Detroit.

 

photo, Richie Merritt, Bel PowleyDevinez combien de flingues ils ont sur eux

 

'84

Malgré le sujet, Yann Demange met en effet l'accent non pas sur l'action mais plutôt sur les personnages. Là où on le voyait venir avec un nouveau shot d'adrénaline, il livre en réalité avec Undercover - Une histoire vraie un vrai drame.

Son film est une galerie de portraits de parias privilégiant largement la retranscription d'un sentiment d'injustice sociale au suspense, à tel point qu'on pense plus cette fois aux hors-la-loi complexes et sympathiques de James Gray, Jeff Nichols ou David Lowery (avec un soupçon de Breaking Bad).

 

photo, Richie MerrittWhite Boy Rick

 

Une tentative tout à fait honorable, que Yann Demange réussit à transformer en succès grâce à son indéniable compétence et à son regard critique acerbe, et très européen, sur l'envers de l'american way of life (notamment ses dynamiques raciales et surtout son rapport aux armes à feu). La critique est ainsi boostée à travers de nombreuses répliques qui font mouche, mais sans toutefois montrer un talent particulier en la matière, ni produire les étincelles de '71.

Undercover - Une histoire vraie laisse ainsi le spectateur un peu sur sa faim, comme s'il se terminait là où aurait dû commencer sa seconde moitié, puisque sans révéler la fin, Rick détient également un record encore plus triste que celui de plus jeune indic' de l'histoire américaine.

 

photo, Jennifer Jason LeighSéance d'embobinage

 

DEMAIN, DEMANGE

Tout cela dit, même si ce Undercover - Une histoire vraie paraît un peu dispensable, il n'en reste pas moins un très bon moment, notamment grâce à ses dialogues délicieux et son casting brillant, Richie Merritt en tête. Pour son tout premier rôle, l'acteur incarne avec une belle assurance un personnage pas évident, qui sent fort le biactol mais qui a pourtant énormément de chien, notamment lorsqu'il envoie savoureusement promener la beaucoup trop rare Jennifer Jason Leigh et ses collègues du FBI.

On regrette simplement que malgré un travail photographique soigné, le projet ne soit pas porté par un peu plus d'ambition cinématographique, ou de profondeur scénaristique, Yann Demange ayant largement les moyens de faire mieux que bien.

 

Affiche française

Résumé

Undercover - Une histoire vraie nage clairement au dessus du lot en ce qui concerne la chronique socialo-gangster inspirée d'une histoire vraie, mais a du mal a franchement émerger pour autant. Pas grave, on continue de suivre ce réalisateur prometteur, et on attend toujours avec impatience qu'il nous montre de quel bois il se chauffe avec Lovecraft Country.

commentaires

Rigel
08/01/2019 à 19:25

Ils sont passés où les 18M€ pour Gaston?? (vraie question)

MEREJ
08/01/2019 à 01:34

J'ai trouvé ça tout pourrave.


MEREJ

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