L'Exorcisme de Hannah Grace : critique dépossédée

Mise à jour : 06/12/2018 18:36 - Créé : 6 décembre 2018 - Camille Vignes

Si William Friedkin a fait entrer l'exorcisme dans le répertoire horrifique avec un brio quasiment inégalé depuis L'Exorciste, en 1976, Diederik Van Rooijen s'empare du genre et le revisite pour son premier long métrage, L'Exorcisme de Hannah Grace . Megan (Shay Mitchell), ancienne policière traumatisée et dépressive, évolue dans une morgue à l'ambiance grise et aseptisée. Avec un thème éprouvé au long de ses nombreuses réappropriations, Diederik Van Rooijen n'avait d'autre choix que celui de l'originalité. Réussira-t-il à donner le change en plaçant l'action après le fameux exorcisme ?

 

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MORGUE, VOUS AVEZ DIT MORGUE ?

Ce qui frappe en découvrant le film, c’est combien les décors, dans une volonté de poser une ambiance oppressante, poussent le dramatique dans ses plus extrêmes retranchements. Monumentaux, presque communistes, ils laissent l’impression que rien n’est vraiment à sa place. Les longs couloirs labyrinthiques de la morgue et la hauteur du plafond écrasent le récit. Jamais on n’a vu une morgue aussi théâtralisée et aseptisée, presque surréaliste.

 

photoUne morgue spectaculaire ...

 

Premier problème : cette grandiloquence, la réalisation ne parvient pas à la justifier. Si chaque plan est propice à un jump scare, jamais le film n’en délivre et une fois cela compris (c’est-à-dire très rapidement), la tension retombe comme un soufflé. Le but n’est pas de faire exploser la rétine à coup de jumpscare inutile, loin de là, mais L'Exorcisme de Hannah Grace joue trop de ces attentes et n’arrive jamais à légitimer ces choix. La réalisation, très classique, ne prend aucun risque et reste dans les clous des codes horrifiques. Elle propose un résultat très scolaire, avec en prime des images de synthèse pas toujours réussies.

De son côté, Shay Mitchell passe l’heure et demie que dure le film à errer dans des couloirs sombres qui s’allument et s’éteignent au rythme de ses pas, dans une alternance de clair et d’obscur plus que maladroite. Loin d’être menaçante ou angoissante, cette dynamique laisse totalement dubitatif. Pire : le résultat est énervant.

 

photo...où le blanc/le bien et le noir/le mal semblent s'affronter

 

CRUCIFIONS LA POSSESSION

Imprimées à jamais dans nos souvenirs, les images religieuses de crucifix, les phrases psalmodiées en latin, les contorsions, les états de rage et les paroles blasphématoires que l'on attend brillent par leur absence. La volonté de prendre la tangente et d’inscrire l’exorcisme dans un nouveau registre est clairement identifiable. Le film revendique son originalité, son envie de s'extirper des carcans d'un genre usé jusqu'à la corde. Mais si l'idée fonctionne sur le papier, le rendu à l'écran est très différent.

L'Exorcisme de Hannah Grace place l’action après l’exorcisme de la jeune fille et prend donc le parti de taire tout cet imaginaire savamment construit par les très nombreux films du genre. Et évoqué clairement avec le titre.

 

photoHannah Grace, le premier rôle Kirby Johnson

 

Le fameux exorcisme d’Hanna Grace est évoqué en cinq rapides petites minutes au début du métrage. Loin de subir les transformations physiques démoniaques qui savent si bien mettre mal à l’aise, Hannah est washée par un maquillage plus que réticent à la rendre terrifiante. Son état en arrivant à la morgue n'est pas due à sa possession mais aux maltraitances de son père qui, durant des mois, a essayé de se débarrasser de ce corps impie.

Alors que le titre même du film laisse présager un exorcisme, la promesse de catharsis et de final grandiose n’est pas tenue. Hannah Grace n’est pas le centre de l’histoire : le démon est simplement là et jamais n’est abordée sa lutte contre le mal qui la ronge.

 

photo, Shay MitchellShay Mitchell se crispe

 

DÉMON ET DES MAUX

Si ce film est aussi décevant, ce n’est pas uniquement parce que l’action se passe après la mort d’Hannah. S'il ne fonctionne pas, c'est aussi parce que l'histoire s'attarde sur un personnage qui lui est totalement extérieur. La caméra se focalise sur Megan qui lutte elle aussi contre des démons ; mais eux, ne viennent pas des enfers.

 

photo, Shay MitchellLe non exorcisme de Megan à côté de Hannah Grace 

 

Megan, interprétée par une Shay Mitchell pas très convaincante, est une ancienne policière à qui il a fallu créer une histoire pour justifier sa présence. Son passé ne cesse de revenir la hanter, elle qui a sombré dans la dépression et les addictions multiples. Incapable de reprendre sa vie en main et de se sortir des schémas dans lesquels elle est enfermée, elle est la vraie raison d'être de l'histoire. Tout le film n’est en fait que le long processus de sa résurrection symbolique.

À mesure que le démon guérit Hannah, Megan se recompose et s’extirpe de ses problèmes. La possession d'Hannah Grace n'est plus que le reflet dopé au xanax de celle de Megan. L’histoire se clôt dans une scène de lutte entre les deux femmes qui, si elle est hautement symbolique, reste ridicule.

Au son du crépitement d'un feu salvateur et illuminée par des néons maladifs, la fin est aussi maladroite que le scénario et la mise en scène. Diederik Van Rooijen aura bien tenté de proposer quelques idées autour des figures imposées, pour s'inscrire en marge de l'imaginaire horrifique de possession que l'on connait. Mais ça ne marche pas.

 

Affiche

Résumé

Comment parler d'exorcisme pour un film qui n'en réunit pas l'essence ? Exit toute dimension religieuse, exit le blasphème et les déferlements démoniaques : le film n’est qu’un prétexte pour que sa véritable héroïne, Megan, reprenne sa vie en main. Simple métaphore, L'Exorcisme de Hannah Grace ne tient pas les promesses de son titre et découd lentement le genre, sans vraiment convaincre.

commentaires

virgi 10/12/2018 à 22:49

tres bon film d horreur
On a peur tout le temps, esthetique correcte, bruitages top, cette critique est beaucoup trop negative.

Pleroma 08/12/2018 à 06:07

Je trouve la critique trop dure, très focalisée l' sur l'attente du titre. Le film est angoissant. On se retient de crier parce que l'angoisse du décor est réelle. Le réalisateur propose une continuité intéressante à l'après exorcisme. Le huis clos m'a fait penser à l'autopsie de Jane Doe. Pour moi, c'est un très bon film d'épouvante et d'horreur.

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