Bird Box : critique qui fait comme l'oiseau

Simon Riaux | 22 décembre 2018 - MAJ : 24/12/2018 12:46
Simon Riaux | 22 décembre 2018 - MAJ : 24/12/2018 12:46

La réalisatrice danoise Susanne Bier, connue pour ses drames intimistes, a frayé ces derniers temps avec Hollywood, pour les besoins du malmené Serena ou de la série acclamée The Night Manager. La voici à nouveau à la tête d’un casting prestigieux à l’occasion de Bird Box, film post-apocalyptique acheté chez nous par Netflix.

Affiche
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SANS UN ŒIL

Il ne suffit plus de balancer trois zombies décrépis pour nourrir l’amateur de fin du monde radicale, surtout depuis le succès de Sans un bruit. Il faut du concept, de l’étrange, du radical. Et c’est ce à quoi s’échine le scénario du film qui nous intéresse, lequel se base, comme celui de John Krasinski, sur un de nos cinq sens. Ici, c’est la vue qui structure la peur et l’angoisse, dans un monde où ouvrir les yeux (à l’extérieur) provoque instantanément pulsions suicidaires ou enrôlement métaphysique au sein d’une milice fanatique.

Nous suivons donc Malorie, réfugiée avec un groupe d’inconnus dans une maison qu’elle ne connaît pas, alors que le monde sombre dans la folie. Une folie à laquelle le spectateur est habitué, tant l’ouverture du film sait précisément où piocher ses références. Parmi elles, L'Armée des morts tient une place de choix durant la première demi-heure, au cours de laquelle la société bascule en enfer, tandis que les protagonistes font connaissance.

 

photo, Sandra Bullock, Sarah PaulsonDeux soeurs, pas jumelles, nées sous le signe du chaos

 

Et déjà, le sentiment de contrefaçon se fait prégnant. Bird Box a beau faire tout son possible pour cocher les cases de l’horreur contemporaine, nous montrer des personnages secondaires froidement percutés par des poids lourds numériques, il souffre de son désir d’épouser les pires stéréotypes de la survie au cinéma. En témoignent les dialogues atrocement mécaniques qui occupent l’essentiel de ces deux heures. Deux heures pendant lesquelles le script ne sait jamais s’il veut critiquer ou flatter l’Amérique de Trump, à travers le personnage d’odieux connard interprété mollement par John Malkovich (caractérisé comme un salaud, mais toujours validé dans ses choix par les rebondissements).

 

photo, Sandra Bullock

 

LES YEUX SANS MESSAGE

Susanne Bier a beau user de tout son savoir-faire pour dynamiser le récit, tenir cet ensemble incertain, elle se heurte à des concepts horrifiques et narratifs qui finissent par s’auto-détruire. Par exemple, on comprend mal l’intérêt de dérouler l’action sur cinq années, obligeant le rythme à aller d’ellipses en ellipses sans jamais laisser les personnages exister, l’atmosphère se déployer, ou le maquillage de Sandra Bullock s’altérer.

 

Photo Sandra BullockVoilà des enfants qui ne gâcheront pas leur jeunesse devant les écrans

 

De même, on est initialement intrigué par cette catastrophe au cours de laquelle surgissent pulsions suicidaires et mystérieuses entités, mais le film ne sait jamais s’il préfère nous dissimuler la nature du cataclysme ou la dévoiler. Au-delà de la frustration engendrée par cet état de fait, la mise en scène elle-même refuse finalement de prendre en compte son concept de base, à savoir un monde où voir est un risque mortel.

L’essentiel de l’histoire se déroule sagement à l’intérieur, sans que la caméra n’ait jamais à investir l’idée qui meut le script. L’idée de l’isolement permanent provoqué par l’aveuglement valait son pesant de cacahuètes. Mais non seulement, son raisonnement ne tient pas la route (il n’y a aucune raison valable pour que nos héros soient protégés entre quatre murs), et il est si peu usité que tout cela ressemble finalement plus à une interminable séance de drague entre Bullock et Trevante Rhodes, en pleine descente de carambars.

 

Affiche

Résumé

On s'ennuie rapidement devant ce film catastrophe teinté de fantastique, coincé entre la reprise opportuniste de modèles contemporains et le recyclage de recettes datées.

commentaires

Klone
17/01/2019 à 12:51

J'ai trouvé que ça ressemblait trop à Je suis Legend avec Will Smith dans sa trame de fond.
Tu penses regarder un banal film de genre survie-post apocalyptique, et tu te fais servir un infâme gloubi boulga spirito-religieux à vomir.
Suis-je le seul à être déçu de ce message religieux sous-jacent ?
Seuls les enfants, les aveugles et les fous ne sont pas touchés par le fléau. A l'exception de rares êtres purs, profondément gentils, comme Tom évidemment peuvent ouvrir les yeux sans se faire consummer par le feu de leurs péchés.
Et Mallorie y echappe quand elle appelle enfin les enfants "mes" enfants...

Bref je n'ai pas aimé le fond, dommage la forme se laisse plutôt regarder

Claire
13/01/2019 à 15:51

c'est un film psychologique sublime. Certains auraient voulu connaitre l'apparence du démon mais honnêtement je trouve que se serait une belle connerie. le but du film n'est pas de nous apporter tous les détails subtils de ce type, mais de se rendre compte de ce que devient l'humain dans un contexte post-apo et de ce que la peur peut engendrer sur nos agissements et sur notre façon de penser. Je pense donc qu'une bonne partie des gens qui ont vu le film résonne trop en "film d'horreur" et ne voient donc pas la profondeur de l'intrigue. De plus, beaucoup oublient que ce film est un thriller psychologique.

ManuBG
09/01/2019 à 23:02

Film Nul.
Ce film suit la logique de Walking Dead, c'est la fin du monde et on ne nous explique pourquoi/comment.
Certain vous dirons que le plus important c'est la philosophie, l'evolution des personnages etc...
Je dis juste que c'est un film bullshit, meme le réalisateur ne sait pas pourquoi les personnes se suicident...

lachtidu45
09/01/2019 à 22:24

Très bon film !!!!

Sanchez
07/01/2019 à 16:08

Les gens coursés par un vent maléfique qui les force à se suicider , ça a déjà été fait dans Phenomene. Étonnant que personne n’en parle. Il y a aussi effectivement de l’armee Des morts. Bref c’est du déjà vu mais ça reste sympathique à regarder comme un bon film du dimanche soir , si on accepte qu’il y a une demi heure de trop.

Shadow
06/01/2019 à 11:33

Excelllent film. A voir!

Dan72
06/01/2019 à 07:08

L intérêt du film est de savoir qui est cette entité maléfique. Et le tour de force du scénariste, un peu provocateur, à consiste à ne pas nous le révéler.
Du coup on est frustré comme l'enfant qui na pas eu son jouet de noël...
Pour moi, le film est une moitié de film et il est fort probable qu on aura un Bird Box 2.
C est donc un très bon film qui mêle suspense.intrigue et psychologie..
Je mets 3/5 sachant que ,sil y a suite, ça sera 4/5.

BIbi
05/01/2019 à 01:03

Euh sinon il y a quand même la musique toujours aussi envoûtante (et toujours autant à la frontière du design sonore) de Reznor et Ross... Juste parce que personne n'en parle et que ça hausse quand même beaucoup le niveau du film

noumpapa
04/01/2019 à 15:55

mauvais , long , ennuyeux , manque d'explications .... seul point positif l'acting de Sandra Bullock

Charly
04/01/2019 à 05:10

Bonsoir,
Désaccord avec la critique.
1- on a pas besoin de savoir d’où Vient la menace, puisque le film n’a pas vocation à la solver
2- on ne demande à un film d’etre réel mais d’etre vraisemblable (ce n’est pas un documentaire), et, de ce fait, être protégé en intérieur est vraisemblable
3- dans un monde post-apo, les dialogues et pulsions des personnages sont réduits au minimum (on imagine mal un monde poste apo où ils parleraient de la métaphysique des mœurs ou de la cuisson parfaite des œufs à la coque)
4- Oui, dans n’importe quel film, ça baise
5- le personnage de John Malkovich a perdu sa femme, la meilleure femme de sa vie, qu’il aimait de tout son être comme en témoigne le dialogue avec Malorie. Du coup, la théorie de l’americano-centrisme en prend un coup dsl.
6- ben du coup le film reprend les codes du post apo, avec une fiche chronologique claire, car montrer la croissance des gamins en détails ça aurait donné un film de 8/10h et ça fait long.

En bref, un article à charge contre le film, qui ne lui reconnaît aucun crédit et cherche la petite bête, et si ne l’a trouve pas, la créée.

Si vous voulez embaucher quelqu’un qui aime le cinéma, et qui se réfère au cinéma et ne cherche pas à dénoncer politiquement (la partie sur Trump n’a rien à foutre là), je suis chaud pour en écrire :)

#keurkeur

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