Utoya, 22 juillet : critique éprouvante

Mise à jour : 05/12/2018 15:36 - Créé : 3 décembre 2018 - Alexandre Janowiak

Plus de sept ans après les faits, le massacre d'Utoya est au centre de l'actualité cinématographique. Alors que Paul Greengrass a consacré son nouveau long-métrage à l'événement avec Un 22 juillet (disponible sur Netflix) passé par Venise en septembre 2018, le Norvégien Erik Poppe pose un autre regard sur cet attentat avec Utoya, 22 juillet. Présenté au festival de Berlin en février 2018, le film est un des derniers coups de poings de cette année cinéma.

photo, Andrea Berntzen
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UNE JOURNÉE EN ENFER

Kaya est une militante des jeunesses travaillistes norvégiennes. Le 22 juillet 2011, elle participe au camp organisé par le groupe politique sur l'île d'Utoya. Alors que les nouvelles d'un attentat perpétré à Oslo arrivent jusqu'aux oreilles des jeunes étudiants, des coups de feu retentissent au loin. Le début d'un cauchemar, sur une île où il ne semble y avoir aucun échappatoire, pour tous les étudiants et Kaya, à la recherche désespérée de sa petite soeur pendant le drame.

Après une ouverture succincte sur les attentats d'Oslo à travers quelques images d'archives et des panneaux informatifs sur l'heure du drame, Utoya, 22 juillet nous plonge dans l'enfer vécu par les personnes présentes sur l'île ce jour-là. Le ton et les intentions du long-métrage sont donnés immédiatement.

Grâce à une idée ingénieuse, Kaya (bouleversante Andrea Berntzen) semble s'adresser frontalement aux spectateurs pour les prévenir. Prévenir qu'ils ne comprendront jamais vraiment l'événement, même avec ce film (ou n'importe quel autre par extension). Indirectement, ses propos nous confrontent ainsi directement à notre voyeurisme malsain et précise dans le même temps que l'oeuvre n'aura rien de sensationnaliste, au contraire.

 

 

UN CAUCHEMAR RÉALISTE

Avec Utoya, 22 juillet, le réalisateur norvégien Erik Poppe suit ses personnages, et avant tout son héroïne, dans un seul et même plan-séquence virtuose d'1h12. Une durée symbolique puisqu'elle se calque sur celle du massacre d'Utoya qui a fait 69 morts et une trentaine de blessés. A partir de là, le cinéaste retrace l'événement, de manière immersive (caméra à l'épaule) voire de manière subjective (la caméra est presque un personnage à part entière).

A l'image des étudiants, le spectateur n'aperçoit aucune issue. Il ne peut esquiver les horreurs qu'il entend, la tête dans la boue ou qu'il distingue à travers un buisson derrière lequel il est caché. Il ne peut que frissonner au bord de l'eau, que pleurer le dernier souffle d'un camarade ou retenir le sien au passage de la silhouette terrifiante du bourreau.

Un choix de mise en scène audacieux qui pouvait faire craindre un exercice de style inopportun et peu éthique, au vu du sujet. Heureusement, Erik Poppe évite tout goût pour le sensationnel grâce à une non-esthétisation de son long-métrage et son profond respect pour les victimes.

 

photo, Andrea BerntzenAndrea Berntzen, terriblement émouvante

 

En renonçant à toute musique additionnelle, en conservant une quantité de moments flous (artistiquement parlant) et en usant d'aucun effets spéciaux, son oeuvre est brute, naturelle et se veut des plus réalistes.

Il n'est jamais question pour Erik Poppe de ne conserver que le "spectaculaire". Au contraire, il fait d'Utoya, 22 juillet une reconstitution authentique où s'enchaînent les moments de terreurs inévitables où les balles fusent et ceux de courts répits salvateurs où les survivants discutent simplement, quitte à parfois perdre en rythme. Une multiplication des émotions qui aboutit à un final absolument terrifiant et bouleversant où la réalité explose une dernière fois au visage des spectateurs.

Le réalisateur de L'Epreuve ou En eaux troubles (pas celui avec des requins) a enquêté plus d'un an et demi avant de se lancer dans la production de son film. Des recherches qui l'ont mené à interroger plus d'une vingtaine de survivants, de nombreuses familles touchées par le drame ou encore les policiers chargés de l'investigation. Ainsi, son oeuvre profondément respectueuse, bien plus que la sienne est aussi celle des victimes

 

Affiche

Résumé

Reconstitution intérieure brute et virtuose, entre émotion et effroi, des attentats meurtriers de 2011 portée par la bouleversante Andrea Berntzen, Utoya, 22 juillet est une oeuvre terriblement éprouvante dont on ne sort pas indemne. Glaçant !

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