L'Empereur de Paris : critique Vidocq en toc

Geoffrey Crété | 6 décembre 2018
Geoffrey Crété | 6 décembre 2018

Plus de 17 ans après le désastre financier du Vidocq de Pitof, révolution technologique qui s'est crashée dans les salles, le célèbre personnage d'aventurier-voleur-bagnard est de retour. C'est Vincent Cassel qui l'incarne, devant la caméra de Jean-François Richet, qu'il retrouve après les films Mesrine et Un moment d'égarement. Une superproduction au casting prestigieux, au budget massif... un succès en vue ?

L'EMPRISE DES PARIS

22 millions d'euros de budget pour L'Empereur de Paris n'est pas une mince affaire. C'est un peu plus que Taxi 5, sorti plus tôt cette année pour rencontrer un succès relatif au sein de la saga, avec tout de même 3,6 millions d'entrées. C'est donc un énorme pari pour les producteurs, qui ne pourront totalement échapper à la mention du four Vidocq, la superproduction de Pitof avec Gérard Depardieu, vendue comme une révolution mais enterrée par le public et la critique en 2001.

Eugène-François Vidocq est donc de retour, avec l'intention claire de récupérer cette petite noblesse héritée de Claude Brasseur dans la série des années 70. L'ambition est évidente : offrir un grand film d'aventure populaire, susceptible de rassembler des millions de spectateurs en rappelant que le cinéma français est capable d'emballer du divertissement fédérateur.

Vincent Cassel mène la danse dans ce récit qui affiche ses grandes reconstitutions historiques de Paris, et rassemble une belle distribution hétéroclite (Olga KurylenkoFabrice LuchiniPatrick ChesnaisJames ThiérréeDenis Lavant ou encore Denis Ménochet). Hélas, cette bonne volonté semble étouffer le nouveau Vidocq, aussi fougueux et téméraire dans l'intrigue, que lisse et désincarné à l'écran.

 

photo, Vincent Cassel Enième visage de Vidocq

 

L'INSTINCT DE VIE

Difficile d'attaquer L'Empereur de Paris d'un point de vue purement technique. Jean-François Richet a prouvé avec Assaut sur le central 13Mesrine : L'instinct de mort et Mesrine : L’Ennemi public n°1, sa capacité à filmer et organiser l'action, et lui donne une ampleur. Il a ici les moyens d'une partie de ses ambitions, et a pu reconstituer une partie du vieux Paris en France, et non dans les rues de Prague, souvent utilisées pour les tournages. D'où une sensation très globale d'avoir sous les yeux du vrai et de la vie, autour des acteurs.

C'est particulièrement excitant dans le prologue, où Vidocq le bagnard est découvert dans les cales d'un bateau. Cette première image de rat écrasé, dans cette atmosphère, vend même un peu de rêve. Sans étalage démonstratif et ostentatoire, ni impression de carton-pâte et mouvements réduits, il y a donc un vrai soin apporté au film en matière de décors, accessoires, et costumes. Il y a là la preuve évidente d'un vif désir de producteurs et réalisateur de se réapproprier un terrain trop délaissé dans le cinéma français. C'est un argument de taille, qui impose le respect et intrigue beaucoup.

Mais très vite, ce petit monde semble étonnamment limité. Les ruelles et les intérieurs manquent de perspectives, les grands décors comme celui du lavoir ont vite des airs de studio, et le climax étiré entre des sous-terrains proprets et une église vide est bien sage. Et ce ne sont pas les quelques scènes où la poudre parle, entre petites bastons et quelques balles tirées, qui permettent à la chose de devenir un digne film d'aventure.

 

photo, Vincent Cassel, August DiehlVincent Cassel et August Diehl, frères ennemis

 

PARIS DES ILLUSIONS

Mais surtout, L'Empereur de Paris manque terriblement de souffle dans ce qu'il raconte. Nul doute que ce Vidocq est un personnage passionnant de par sa place dans l'Histoire de France, comme un trait d'union romanesque entre Louis XVI, la Révolution française et le Second Empire. Mais à l'écran, il n'y a rien de plus qu'un pseudo anti-héros à la trajectoire bien classique.

De son amourette avec une fille des rues (qui deviendra bien évidemment un enjeu dramatique banal dans le dernier acte) à sa bataille contre un frère de chaîne (qui passera bien évidemment d'allié à ennemi), ce Vidocq est engoncé dans le costume du héros d'un programme trop cadré, qui semble tout sacrifier à l'ambition d'offrir ce grand et noble divertissement populaire. Une idée fixe qui semble diriger tout le film, quitte à l'étouffer et le priver de vie.

C'est un problème pour les personnages, la plupart restant sous-écrits, comme la grotesque baronne de Giverny. Annette, Maillard et Dubillard auraient eu besoin de plus de scènes pour prendre véritablement vie, quand le fascinant Nathanael de Wenger est réduit à peau de chagrin malgré un rôle d'antagoniste qui, sur le papier, est particulièrement fort.

 

photo, Vincent Cassel Baisser la tête et rester digne

 

C'est aussi un problème de taille pour le récit d'aventure que cet Empereur de Paris voulait être. Le film a beau se regarder sans réel ennui, il laisse la vaste sensation d'avoir sous les yeux un spectacle scolaire, d'où rien ne dépasse. Pas une séquence marquante, pas une image folle, pas un moment de pur cinéma. Vincent Cassel et Fabrice Luchini ont beau avoir quelques beaux discours à défendre, sur la France et l'honneur, l'énergie n'y est pas.

Aux antipodes d'un Vidocq assassiné sur la place publique à cause de ses appétits trop grands, et qui ne ressemblait à rien d'autre de connu, L'Empereur de Paris est la version polie et polissée. Il n'y a certes plus de raison de créer la discorde, la moquerie et l'esclandre. Mais il n'y a plus de raison de s'exciter, puisqu'il n'y a plus vraiment de folie, de fantaisie et de souffle. 

 

Affiche française

Résumé

Beaucoup d'ambitions et moyens pour un film finalement bien sage et scolaire, qui manque cruellement de souffle et de vie. Un comble vu le personnage passionnant de Vidocq.

commentaires

Raoul
07/10/2019 à 10:13

Bien d'accord avec vous EL, 22mEUR bien foutus en l'air, quel ennui ce film. Quel scénario banal, quel film convenu!

Simon Riaux - Rédaction
18/04/2019 à 18:38

@Gacho

Vous ne semblez pas particulièrement familier avec le sujet pourtant.

Les deux éléments que vous avancez sont subjectifs. Libre à vous de considérer ces scènes comme très impressionnantes. Et libre à l'auteur de ce papier de les considérer autrement.

Les notions de mensonge ou vérité n'ont aucun rapport.

On n'estimera pas pour autant que votre pensée souffre d'un quelconque vide.

Gacho
18/04/2019 à 18:28

Erratum

Il faut employer les bons mots quand on connait le cinéma.

Il faut juste ne pas etre malhonnete. Le capitaine qui s'empale sur l'autre à la fin aprés en avoir tué 4 avant... Une petite baston ??

Gacho
18/04/2019 à 18:24

Alors oui bien entendu mais desolé il y a des mots qu'il faut savoir employé quand on connait pas le cinéma.

Il parle de petite baston.
Je suis désolé mais meme si on aime pas le film ceci est un mensonge.Aucune scene marquante ceci est encore un mensonge.Ce n'est pas tant sa notation qui me dérange ce sont ses phrases ttes faites pour combler le vide de sa critique.

Simon Riaux - Rédaction
18/04/2019 à 18:15

@Gacho

Bonjour,

Vous venez de découvrir le désaccord. C'est un sentiment étrange, dont l'occurrence trouble parfois ceux qui en font l'expérience.

Votre interlocuteur a tout simplement une opinion différente de la vôtre. Et à en juger par l'indifférence polie avec lequel critique et public ont accueilli le film, il y a fort à parier que le point de vue développé par Geoffrey soit partagé par pas mal de monde.

Cette divergence ne fait ni de lui un incompétent, ni de vous un imbécile; Juste deux personnes qui peuvent soit échanger leurs points de vue, ou se lancer des noms d'oiseaux et autres invectives.

Gacho
18/04/2019 à 18:07

Incroyable critique.de Geoffrey Creté.. Desolé mais tu n'as aucun talent d'analyse de film.Ce Film est un chef d'oeuvre. Je viens de revoir le film une 2eme fois.. Les dialogues sont énormes,ensuite vous parlez de petite baston... Avez vous vu le combat au sabre du capitaine ? Le face a face fouché et vidocq sans énergie ? Jai revu la scene 4 fois c'est magistral.Un film bien sage ?? Il est assez violent tt de meme. Je suis souvent d'accord avec vos critiques mais la celui qui a noté le film désolé il n'a aucune psychologie ? Aucune scene marquante ?? Le monologue de Cassel dans la cellule avec tt les prisonniers c'est de la tension maximale. ECRAN LARGE SILVOUS PLAIT choississez mieux vos chroniqueurs.

PèreNoel
02/01/2019 à 22:22

En effet, en sortant de la salle, il y avait comme un goût d'inachevé, l'impression de ne pas avoir vu vraiment Vidocq. Les acteurs semblent bons, les décors grandioses, mais le film plat. Il ne restera peu ou pas de souvenir de ce film dans quelques jours ! Et c'est à ça qu'on reconnait un bon film, à la trace qu'il laisse dans notre mémoire….

Eric
01/01/2019 à 11:08

Les critiques négatives que je lis sur ce film sont une honte pour ceux qui les écrivent.Ce film est effectivement un chef d'oeuvre,n'en déplaise à tous ces rageux de tous poils incapables d'écrire et réaliser ne serait ce que le début du commencement d'une scène de ce film dans lequel le casting est excellent au contraire de tout ce que j'ai pu lire.Alors vous qui n'avez pas encore vu ce film précipitez vous et permettez ainsi que d'autres films de cette trempe puissent exister...(je ne parlerai pas du film de Pitof qui pour le coup m'a paru imbuvable...)

Janus
28/12/2018 à 03:26

Bonjour,


J'ai la réputation d'être impitoyable et trop exigeant lorsque je juge un film; j'ai de plus en plus la conviction que le grand cinéma est bel et bien mort avec les valeurs et les vertus d'autrefois étouffées dans l'omni-superficialité de nos sociétés modernes.

Je suis donc venu avec un mauvais à priori ne croyant plus au cinéma français tout juste bon selon moi à de méprisables comédies.

Je sors malgré tout d'une séance où j'ai été ravi !
Comme beaucoup je ne comprends pas la critique de l'article, je me suis régalé d'in film riche en tout, decors, intrigue, qualité de cadrage, costume et surtout chose en voie de disparition de nos jours, un film et des details d'une cohérence minutieuse de bout en bout.
Très bon film qui redore le blason du cinéma français.
Il y a longtemps que je n'étais pas sorti de salle sans cet arrière goût de frustration et avec la conviction d'avoir perdu mon temps.
Allez-y et régalez vous sans la moindre hésitation.

Dario De Palma
26/12/2018 à 20:08

Je rejoins hélas la critique d'EL...une déception que ce nouveau Richet, un film assez plat, convenu, sans envergure, à l'intrigue et aux personnages peu impliquants, à la musique démonstrative, au casting parfois discutable (Cassel et Luchini en pilotage automatique, Denis Lavant grimaçant et Olga Kurylenko simplement mauvaise...) Reste quelques jolis costumes et décors, le minimum syndical vu le budget, mais le film manque clairement de souffle et d'incarnation, restant au final plutôt anecdotique.

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