Exil : critique qui songe

Simon Riaux | 3 décembre 2018 - MAJ : 03/12/2018 12:41
Simon Riaux | 3 décembre 2018 - MAJ : 03/12/2018 12:41

Alors que l’accueil des exilés venus des quatre coins du monde enflamme nombre de débats de société, c’est à un tout autre Exil que Rithy Panh nous convie, mêlant fiction et documentaire, avec une audace formelle étonnante.

MACHINE QUI REVE

L’humain soumis à la pression de l’autoritarisme, du totalitarisme ou de la dictature est forcé, pour survivre et se préserver, de recourir à un exil intérieur. C’est ce qu’a voulu représenter le metteur en scène à travers cette œuvre, qui marie avec audace poésie et documentaire. Seul survivant de sa famille du génocide cambodgien et arrivé en France en 1980, il est évidemment familier de cette retraite mentale, et en livre une représentation passionnante. Le décor d’Exil est en apparence des plus simples. Il s’agit d’une simple cabane, soit l’esprit d’un homme en souffrance, qu’il va peupler de ses souvenirs, de ses questionnements et de ses inquiétudes, reconfigurant au fur et à mesure l’espace, aussi bien physique que mental.

 

photoUn douloureux souvenir maternel

 

Bien sûr, le passé de Panh semble être ici un des moteurs de cette divagation sensible, mais il paraît rapidement que l’auteur se plaît à surprendre, à ne pas se livrer au jeu de l’auto-fiction, préférant offrir une pure réflexion sur la mémoire et l’émotion. Et pour des évocations que 'lon imagine ou devine personnelles, comme celle de sa mère, il parvient régulièrement à atteindre un point de représentation universelle, aussi bien dans les émotions qu'il charrie, que dans les images qu'il compose (la métaphore de la Lune, indispensable à la survie spirituelle de celui qui se retranche dans un monde intérieur).

 

CABANE QUI SONGE

Mais Exil ne se contente pas d’être une œuvre expérimentale sur la retraite intérieure en temps d’oppression. C’est aussi une réflexion politique profonde et d’une grande précision sur les régimes que traversent les hommes.  Ici, Rithy Panh nous rappelle qu’il est le réalisateur de L'Image manquante, qui posait déjà brillamment la question de la représentation – impossible – de l’oppression.

À travers ces fondus enchaînés, la tristesse d’une âme qui ne pourra plus embrasser les siens qu’au sein de ce refuge mental, le cinéaste radiographie les exigences, les problématiques et les compromissions qui mènent à cet Exil . Cadeau réflexif et évocateur, le bunker bouleversant auquel nous invite le métrage est une des plus belles formes inventées par le metteur en scène, chercheur insatiable de nouvelles compositions, de chemins de rtaverses inédits et évocateurs.

 

photo

Résumé

Ce manuel de survie poétique en temps d'oppression est un hymne sensible à l'exil intérieur. Un voyage sensible et passionnant.

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