Donbass : critique qui s'en va-t-en guerre froide

Simon Riaux | 26 septembre 2018 - MAJ : 26/09/2018 12:25
Simon Riaux | 26 septembre 2018 - MAJ : 26/09/2018 12:25

Présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, Donbass, le nouveau film de Sergei Loznitsa n’a pas eu les honneurs de la compétition officielle contrairement à ses précédentes oeuvres My JoyDans la brume et Une femme douce. Il s’agissait néanmoins d’une des propositions les plus radicales et passionnantes de l’édition 2018.

WAR ON EVERYONE

Depuis 2014, le Donbass, en Ukraine est une région au cœur d’un conflit armé implacable. En apparence larvé et éloigné des conditions « classiques », l’affrontement entre Ukrainiens, forces russes et russophones écartelés est d’autant plus complexe que le récit des événements est lui-même l’enjeu d’une propagande impitoyable et violente.

 

photo Un bien beau mariage...

 

C’est l’univers dans lequel nous immerge Sergei Loznitsa, dont Une femme douce avait marqué, par le jusqu’au-boutisme de son propos, de nombreux spectateurs cannois, et il nous y plonge à l’aide d’un dispositif éprouvé. Composé de sketchs et saynètes qui finiront par se recouper à l’occasion d’un terrible épilogue, Donbass fonctionne comme une mosaïque à la dérive.

Bombardement, happening de communication, vols, torture, affrontements absurdes... partout la folie gangrène un pays dont on n’est jamais sûr de saisir quel camp défend quelle extrémité. Avec une énergie égale mais bouillonnante, une rage froide mais déterminée, Sergei Loznitsa rend compte d’un territoire qui n’en finit pas de s’atomiser à force de micro-attaques, veuleries et autres massacres.

 

photo Quand la foule met la main sur l'ennemi désigné

 

ENGAGEZ-VOUS QU’ILS DISAIENT

L’effet d’accumulation, dopé par le ton polaire employé par le réalisateur, ainsi que les rares poches de style qui viennent déverser sur le métrage des bouffées d’air brûlant, composent un réquisitoire fascinant. Difficile de toujours saisir les enjeux, finalement très locaux, appréhendés par le cinéaste. Il n’empêche, en tentant de capturer l’arbitraire absolu du conflit, ainsi que son désir contagieux de maquiller la réalité, il propose une vision de la guerre absolument saisissante.

 

photo Des figurants d'un genre bien particulier...

 

Si Donbass marque par ses idées cinématographiques assénées au spectateur comme autant de coups de poings, c’est parce qu’au-delà de la force intrinsèque de ses idées, Loznitsa joue avec finesse et rage les prolongations, poussant chaque scène dans ses derniers retranchements. D'immondices sublimement mises en scène en cauchemars réhaussés par de petites mais bouleversantes touches d’humanité, il compose une chronique de guerre à part.

Mais Donbass est un pamphlet, et un pamphlet assumé. Il sait user des atouts propres au genre et des outrances qu’il autorise, mais ne sait pas toujours déjouer la pente de simplification vers laquelle il entraîne naturellement le métrage. Ainsi, pour apprécier ce récit stylisé à l’extrême, il faudra accepter son point de vue partial, forcément réducteur, et violemment anti-russe. De ce côté-là, le cinéaste se refuse à la nuance, préférant répondre avec toute la puissance que lui confère le cinéma. Une puissance indiscutable, qui étouffe souvent la justesse.

 

Affiche française

Résumé

Sergei Loznitsa livre un pamphlet fascinant, intense et souvent poétique, malgré son refus de la nuance ou de l'équilibre.

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commentaires

antoun
25/10/2018 à 23:08

par contre adam je voie un trool pro us et ami des neonazie ukrainiens

Simon Riaux - Rédaction
27/09/2018 à 15:22

Non, c'est plutôt une chronique aux frontières de l'expérimental, par un réalisateur bien radical comme il faut. Et à des lieues de Moore, tant esthétiquement que dans la nature de son projet.

Adam
26/09/2018 à 13:42

Diantre! Je ne voix pas encore de troll pro russe qui viendront dire que ce film est une honte financé par la propagande US.
A lire votre review j'ai l'impression d'un film de Mickael Moore avec des sketchs scenarisés.

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