Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain : critique qui ne passe pas le périph'

Lino Cassinat | 5 août 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Lino Cassinat | 5 août 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Au sein de la filmographie très singulière de Jean-Pierre Jeunet, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain est probablement celui qui a la place la plus étrange. C’est en effet le premier du réalisateur sans la compagnie de Marc Caro (et sans un studio qui vient lui casser les pieds comme pour Alien, la résurrection). Pour la première fois, Jean-Pierre Jeunet est seul en selle, et pour la première fois également, il quitte les univers fictifs pour s’intéresser au quotidien, à la réalité, mais sans pour autant transiger avec son style plastique ni ses thématiques fantasques.

JEAN-PIERRE SOMMET

Attendu au tournant et avec curiosité, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain fut la consécration totale de son auteur, un succès à la fois critique (malgré quelques voix discordantes) et public, en plus d’être un carton complet au box-office français et international. Rien n’arrêtait le film. Puis, les années passant, le soufflé est brutalement retombé.

 

photo, Mathieu KassovitzMathieu Kassovitz

 

En effet, il semblerait que la mémoire collective ait davantage retenu la musique emblématique de Yann Tiersen, l'ambiance nostalgique pour les fans ou de carte postale pour les détracteurs, et la révélation d’Audrey Tautou, jusqu’alors quasi-inconnue (même si César du meilleur espoir pour Vénus beauté (institut)). Le récit concret du film est quant à lui un peu tombé dans l'oubli, alors même que Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain fut le plus gros succès français de son année et le deuxième film le plus vu en salles en France en 2001 (derrière Harry Potter à l'école des sorciers. Oui ça y est vous êtes vieux.)

Et pour cause : Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain fait partie de ces films qui sont avant tout des univers avant d'être des récits. Le "fabuleux" destin d'Amélie Poulain n'a d'ailleurs finalement rien de fabuleux, dans le sens où justement, le film met en avant l'idée qu'elle n'est qu'une quidam, mais que son don est de contaminer ce qui l'entoure avec son imaginaire. Le récit n'est donc pas l'élément fort de l'oeuvre, et s'il n'y a rien de mal en soi à conceptualiser un film sur un tel ressort et à mettre l'univers au centre de l'histoire, le problème c'est que justement, de l'univers conçu de Jean-Pierre Jeunet et du regard qu'il porte à travers lui sur le monde, il y a à redire.

 

photoServeuse, c'est chouette non ?

 

"C'ÉTAIT LE BON TEMPS"

En effet, malgré l’amour sincère que l’on porte aux divers personnages principaux et malgré la justesse avec laquelle Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain cerne plusieurs thèmes compliqués dont notamment la solitude moderne des êtres ou le rapport au temps qui passe et à l’enfance, il échoue complètement à les contextualiser avec pertinence. Les sentiment évoqués précédemment sont bien présents, et ils traversent tout le film avec une belle vivacité, mais une fois plongés dans un univers aussi lisse et corseté que celui du Paris de Jeunet, ils sont également vidés de toute véritable substance, et sont à deux doigts de transformer le tout en éloge de la petitesse.

C’est un reproche qui a été fait 1000 fois au film, mais qui se vérifie encore : une fois l’histoire de l’enfance d’Amélie très joliment racontée pendant les 15 premières minutes du film (sans aucun doute les meilleures avec la scène de la cabine téléphonique), Jean-Pierre Jeunet flirte dangereusement avec le pittoresque, et cela nuit très fortement au propos du film. On aime ou on n'aime pas le style ultra-mécanique du réalisateur, au fond c’est une affaire de goût personnel, mais sa vision idyllique et presque automatisée de Paris produit deux effets difficiles à encaisser sereinement.

 

Photo Audrey TautouAh, 1997, c'était le bon temps

 

LE PÉTULANT PARIS DE JEAN-PIERRE JAUNI

Le premier effet de son style, en surface, c’est qu’il réduit le film à un enchaînement de saynètes charmantes certes mais un peu futiles, surtout que les deux histoires du film (Amélie aide les gens / Amélie tombe amoureuse) ont d’autant plus de mal à communiquer de ce fait. Le second effet, plus profond et plus pernicieux, c’est qu’à forcer le trait sur un Paris merveilleux fantasmé et sur le folklore des gens de peu, il ressort du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain l’impression assez désagréable qu’il suffit de changer son regard sur les choses, d’apprendre à voir la beauté dans les recoins du quotidien pour enchanter sa vie.

Il appartient à chacun de souscrire ou pas à la note d'intention de Jean-Pierre Jeunet, on pourrait également rétorquer qu'au fond ce n'est qu'une comédie romantique. Mais en 2001 comme en 2018, il peut être difficile pour certains d’accepter pendant deux heures de film l’idée que le bonheur, notamment celui des petites gens, n’est qu’une question de point de vue, et qu'il suffit d'apprendre à voir pour créer du lien social. Mais il suffit d’un plan d’installation à la grue dans une gare et de trois figurants noirs pour comprendre que dans certains imaginaires le canal St Martin et le Sacré Cœur sont des vraies frontières.

 

Affiche

Résumé

Amélie Poulain nous cueille aussi délicatement que Jean-Pierre Jeunet ânonne lourdement, l'oeil mouillé et l'air de dire "c'était le bon temps".

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commentaires
Andarioch
05/09/2018 à 16:45

Ne le prenez pas pour vous mais je n'ai encore jamais lu une critique négative convaincante de ce film. L'impression que certain n'ont pas (assez) aimé et cherche à expliquer pourquoi (ce qui est le rôle des critiques) mais sans y arriver. Je trouve les arguments forcés ou futiles.
Comprends pas

philou
06/08/2018 à 14:13

Dans ce film on se laisse porter dans un univers avec un plaisir sincère où les sens sont en éveil .
Peu importe ces critiques pseudo intellectuelles à la con , l'important est là. ..à savoir savourer ce film sans modération .

COOOOOL
06/08/2018 à 13:28

Que cela doit être difficile à vivre d'être toujours dans cette vision de critique pseudo intellectuel, analyste au lieu de temps en temps de se laisser imprégner de la douceur des choses qui font du bien surtout dans un domaine qui reste du divertissement.
Que Lino CASSINAT se contente de critiquer les films d'Ingmar BERGMANN, il s'adressera ainsi à un public de "connaisseurs" à l'air pénétré, lunettes rondes vivant dans un microcosme qui parle du peuple sans vouloir le sentir ni le voir et ni surtout vivre avec et le fréquenter.
AMELIE POULAIN, UN SUPER FILM QUI RESTERA DANS LES ANNALES ALORS QUE TOUT LE MONDE AURA OUBLIE CETTE CRITIQUE.

Lino Cassinat - Rédaction
06/08/2018 à 13:11

Duffman :

Non non, on reproche bien au film de verser un peu trop dans la folklorisation et la nostalgie facile, et d'aligner des vignettes un peu trop mécaniques.
Ça ne fait évidemment pas d'Amélie Poulain un mauvais film loin de là, mais ce style nuit un peu au récit et à son propos, selon nous :)

Amélie
06/08/2018 à 09:39

Perso je l'ai vu 15 fois au moins et je découvre encore des choses.
Soit on entre dans le film soit on reste devant la porte, il est fait pour les poètes, les rêveurs et les idéalistes.
Sûr il n'a pas bouleversé le monde mais mon quotidien.
Finalement éloge de la petitesse, je prends.
Nous sommes des millions à faire des petites choses qui font du bien à d'autres personnes et ça me mets de bonne humeur pour la journée.
Finalement critiquer sera toujours plus facile pour celui qui ne crée pas. Non qui ne crois pas.

the défenders
06/08/2018 à 09:09

c est pas mon délire; par contre les musiques du film sont Superbes...

Karlito
06/08/2018 à 08:53

Le film est arrivé au bon moment. Que je m'explique. En 2001. il y a eu les attentats de WTC en septembre, je me sentais complétement démoralisé et l'avenir était loin d'être radieux. N'oublions pas que Bush avait proclamé une guerre qui n'est toujours pas terminée et a aboutit à un chaos incroyable qui nous touche en Europe encore aujourd'hui (les vagues de réfugiés). Le film sort peu après les attentats (Pays du nord de l'Europe) et il a apporté une sacré bouffée d’oxygène. Beaucoup de gens avaient besoin d'un tel film et il a fait beaucoup de bien. C'est p-e une des raisons si le film a si bien marché, il a su redonner le sourire où tous le monde se demandait si une guerre mondiale n'allait pas éclater...

Pour le Paris "carte-postale". On s'en tape, c'est une histoire romantique rigolote, Jeunet ne s'est jamais caché du côté "populaire" de ses films et une ville sans panneaux publicitaires qui plus est ne peut qu'être bien ;)

Sanchez
06/08/2018 à 08:34

3 étoiles comme « meurs un autre jour », c’est quand même un peu mieux

Gwen
06/08/2018 à 00:43

Le film sur lequel a démarré notre histoire il y'a 15 ans.. ????

Barnabé
05/08/2018 à 23:32

Un beau film tout simplement.

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