Dogman : critique chienne

Simon Riaux | 9 juillet 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 9 juillet 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Il était l’un des metteurs en scène les plus attendus du dernier Festival de Cannes. Matteo Garrone, l’homme derrière GomorraReality ou l'incompris Tale of Tales nous est revenus avec une fable violente et cruelle, intitulée Dogman. Un film qui, s’il ne donne pas la patte, montre les crocs.

AMOURS CHIENNES

La carrière de Matteo Garrone a été marquée par sa capacité à marier un naturalisme brut avec un substrat mythologique très riche. Rassemblés, ces deux mouvements faussement contradictoires ont souvent aboutis à de purs moments de cinégénie, à l’image des ultimes secondes de Gomorra, où se mêlaient la tragédie sociale de deux dealers minables et la description sensorielle de deux bulldozers les pulvérisant à l’aube naissante. C’est ce genre de vertige que s’échine à retrouver Dogman.

Nous suivons ici Marcello, toiletteur pour chien surdoué autant que factotum d’une zone déshéritée du sud de l’Italie, où il vend péniblement quelques grammes de poudre pour survivre, gâter sa fille adorée, quand les commerçants du coin ne lui offrent pas une condescendante accolade. Toutou du quartier, Marcello est bientôt menacé par l’arrivée d’un autre type de molosse, Simoncelo, petite frappe ultraviolente et coké jusqu’aux oreilles.

 

photo, Marcello FonteMarcello Fonte dans son élément

 

Qui sera le maître ? Qui sera l’animal domestique ? Et comment chacun s’inscrira-t-il dans un vivre ensemble où il est essentiellement question de domesticité, mais où la manifestation de la domination ne saurait être tolérée si elle menace l’ordre établi. Voilà pour la mise en place et les thèmes de Dogman.

 

UNE APRÈS-MIDI DE CHIEN

Mais ce ne sont pas tant les motifs du film, passionnants sur le papier, mais assez faiblement travaillés par Garrone, qui impressionnent. Ce dernier accomplit ici un remarquable travail sur l’espace et les corps, qui n’est pas sans rappeler son passionnant L'étrange monsieur Peppino, présenté en 2002 à la Quinzaine des Réalisateurs. À nouveau, il scrute un duo dont la dynamique passe des disparités physiques à priori insurmontables, dans un décorum qui donne une place symbolique essentielle à l’animalité.

 

photoDeux animaux humains aux prises l'un avec l'autre

 

Magnifié par les interprétations vibrantes de Marcello Fonte et Edoardo Pesce, le récit jouit de la photographie calcinée de Nicolai Brüel. Elle permet à notre regard de comprendre immédiatement l’aridité de la situation, la puissance iconographique se dégageant du moindre plan impressionnant souvent l’amateur de plans composés au millimètre. Une nouvelle fois, Matteo Garrone rappelle que sans verser dans la citation des grands maîtres transalpins, il est en mesure de proposer un dispositif esthétique d’une intensité presque unique dans le paysage cinématographique actuel ? Malheureusement il n’en va pas de même en matière de narration.

Non seulement le cinéaste abat bien trop vite ses cartes, mais il donne le sentiment de moins bien lire le jeu qu’il avance que ne le fait le spectateur. Son scénario est souvent maladroit, répétitif, se contentant de souligner lourdement ce que la mise en scène rend limpide. C’est lors de son dernier acte, que Matteo Garrone semble presque laisser son intrigue se déliter, préférant emballer une poignée de scènes plastiquement renversantes et cruelles, plutôt que de soigner les articulations de son intrigue, en particulier ses ellipses.

 

Affiche française

Résumé

Visuellement splendide et porté par une appétit mythologiaque indéniable, Dogman souffre de la simplicité et de la répétitivité de ses enjeux.

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commentaires
moky99
28/11/2018 à 10:28

mon coup de cœur 2018 pour ma part, des comédiens fabuleux, une photo et une mise en scène brillante portées par ce presque huis-clos formé par les murs délabrés autour d'une espanade où tous ces personnages se croisent et se confrontent.
Le moment où le héros passe de l'état de soumis à une révolte sourde puis à la vengeance brute est moyennement traité, pas assez approfondi. La fin déçoit aussi un peu.
Je mettrais 4 étoiles.

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