Alberto Giacometti, The Final Portrait : critique obsessionnelle

Christophe Foltzer | 6 juin 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 6 juin 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Entre deux blockbusters (Transformers, La Belle et la BêteHunger Games), le comédien Stanley Tucci s'adonne à son autre passion : la réalisation. Et avec Alberto Giacometti, The Final Portrait, il nous offre un joli film sur l'obsession créatrice. Avec Geoffrey Rush et Armie Hammer.

COULEURS PRIMAIRES

La création recèle toujours une part de mystère. Qu'est-ce qui pousse effectivement certaines personnes à s'exprimer ? A passer le plus clair de leur existence enfermées dans leurs têtes avec ce besoin irrépressible de coucher sur le papier leurs états d'âme ? De peindre leurs visions mentales ? De mettre en image les histoires qui leur remuent le ventre ? N'y a-t-il pas là une certaine forme de folie ? De mise au ban, de fait, d'une société normalisée ? Et comment parvenir à terminer une oeuvre sans cesse en mouvement ? Comment appréhender l'instant magique où l'on se dit que, ça y est, elle est terminée ?

 

photo Armie HammerArmie Hammer, impeccable en James Lord

 

En s'attaquant à la fin de la vie du peintre Alberto Giacometti, Stanley Tucci, s'attaque à cette question. Il s'intéresse plus particulièrement à un épisode en particulier du parcours du peintre vieillissant : en 1964, son ami, le jeune James Lord, arrive enfin à persuader le Maître de lui tirer son portrait. Ce qui devait se plier en une ou deux séances se transforme bientôt en marathon de dix-huit jours, où les hommes, face-à-face en silence, vont s'affronter pour terminer une oeuvre qui ne semble pas décidée à s'achever.

 

photo Geoffrey RushFantastique Geoffrey Rush

 

NIVEAUX DE GRIS

A travers ce postulat d'une simplicité remarquable, Stanley Tucci s'attaque donc à l'obsession créatrice, où la peinture en elle-même est bien moins importante que le contexte de la création de l'oeuvre. Nous découvrons donc un Giacometti au summum de sa carrière mais au fond de sa déprime, remarquablement interprété par Geoffrey Rush, qui puise son inspiration et son énergie dans sa vie dissolue entre sa femme (impeccable Sylvie Testud), sa maitresse (Clémence Poésy, un peu trop forcée) et son frère qui gère le business (touchant Tony Shalhoub). Et au milieu, Armie Hammer en James Lord qui confronte sa vision romancée du peintre avec son quotidien bien plus trouble.

Et c'est d'ailleurs la grande qualité du film, de montrer à quel point un artiste, lorsqu'il plonge vraiment dans la création, s'abandonne avant tout à sa part d'ombre. Comment chaque coup de pinceau devient un combat contre lui-même, contre ses propres blocages, ses propres peurs et surtout une version idéalisée de son oeuvre qu'il n'atteindra jamais. De ce strict point de vue, The Final Portrait est une grosse réussite.

 

Photo , Geoffrey RushPas simple d'être un grand artiste

 

Pourtant, c'est dans sa forme que le film pêche. Parce qu'il faut bien reconnaitre que l'affrontement silencieux entre deux personnes face à face assis sur une chaise n'a rien de palpitant en soi. Si la mise en scène de Tucci arrive à capter tout le côté organique de la création avec un travail assez intéressant sur les matières, on ne peut pas en dire autant de ses choix de réalisation.

Tourné en grande partie en caméra portée, le film pêche d'une rigueur, d'un cadre, qui permette aux moments créatifs de vraiment s'exprimer dans toute leur obsession. On ne comprend pas vraiment ce choix de mise en scène, qui semble plus là pour des raisons de budget que comme une vraie note d'intention tant la plupart du temps ces images tremblantes ne semblent pas raconter grand chose et gênent quelque peu la lecture du cadre. C'est un peu dommage car le film avait tous les éléments pour nous plonger corps et âme dans une histoire en apparence insignifiante mais tellement révélatrice de son sujet principal, Giacometti.

En résulte un "petit" film, très sympathique au demeurant, jamais ennuyeux, mais pas non plus passionnant qui ne tient que sur l'excellence de la prestation de ses comédiens principaux. C'est dommage, certes, mais c'est déjà pas mal.

 

Affiche officielle française

Résumé

The Final Portrait rate de peu sa cible même s'il est parcouru d'instants flamboyants sur la création obsessionnelle. La faute à une mise en scène et un rythme un peu maladroits qui n'arrivent cependant pas à faire de l'ombre à ses excellents comédiens.

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