Une affaire de famille : critique d'or et de palme

Simon Riaux | 12 décembre 2018
Simon Riaux | 12 décembre 2018

Quelques semaines seulement après The Third MurderHirokazu Koreeda était de retour en compétition officielle au Festival de Cannes en mai 2018. L'édition aura été marquée par une forte présence du cinéma issue d'Asie, et c'est au metteur en scène japonais que la Croisette aura réservé son honneur suprême, la Palme d'or.

TOKYO SONATA

La productivité de Hirokazu Kore-eda et son refus de la composition ostentatoire font parfois oublier l'immense précision de l'artiste, comme son art achevé de la narration par l'unique biais de la mise en scène. En témoignent les premières séquences d'Une histoire de famille, où différents membres de la famille Osamu s'organisent pour chaparder dans un magasin. Montage, découpage, personnalisation des protagonistes, tout est mené au gré d'un ballet humble et discret, pur et éclatant de savoir-faire. Une maîtrise qui ne démentira jamais au cour des deux heures suivantes.

 

photoUn clan mû par l'amour et la nécessité

 

On retrouvera ici les thèmes classiques du cinéaste. En étudiant une tribu vivant de menus larcins, dont l'équilibre est réévalué alors qu'elle accueille une nouvelle venue, Hirokazu Kore-eda interroge une nouvelle fois la nature des liens, des connexions qui arriment ses personnages les uns aux autres.

 

Une famille d'élection vaut-elle mieux que celle désignée par les liens du sang ? Est-elle plus viable et doit-elle se substituer à des schémas établis, finalement incapables de s'imposer en rempart d'un monde qui fait des êtres autant de bien côtés ? C'est cette tension entre humanité qui fonde le cœur d'Une affaire de famille et qui habite chacune de ses scènes.

 

 

Photo Lily Franky, Jyo KairiLily Franky et Jyo Kairi

 

UNE FAMILLE EN OR

Si le réalisateur prouve une nouvelle fois son impeccable talent de portraitiste et son amour de la lumière, des textures (la représentation de l'antre des Osamu, îlot organique au sein d'une marée impavide d'urbanisme bétonné, est une leçon d'usage de la photographie), difficile durant les deux premiers tiers du film, de ne pas se sentir un peu – trop – chez soi. Pour un peu, on en viendrait presque à attendre poliment de voir si Hirokazu Kore-eda a bien un as planqué dans sa manche, tant son récit apparaît de prime abord programmatique.

L'attente sera récompensée à la faveur d'une bifurcation dramatique éminemment réussie, qui renouvelle les enjeux autant qu'elle confère à l'ensemble une force émotionnelle qu'on redoutait de voir s'effilocher. Et le conteur de nous impressionner une nouvelle fois, avec ce récit chevillé à ses personnages, qui laisse finalement toute sa place à l'émotion. Peu importe dès lors que le film n'ait pas su tout de suite trouver cette voix singulière, on lui pardonnera ses quelques longueurs et répétitions à la faveur de la profonde remise en cause qu'il provoque chez le spectateur.

 

 

Affiche officielle

Résumé

Maîtrisée et attendue dans sa première partie, cette chronique familiale se transforme en récit poignant et profond dans sa seconde, renouant avec le meilleur de son auteur.

Lecteurs

(2.8)

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commentaires

kiki kirin
12/12/2018 à 15:49

et paix a cette geniale grand mere qui nous a quitte.

Royo59
21/05/2018 à 13:49

Il y a Sakura Ando, il ne m'en faut pas plus <3

Ded
20/05/2018 à 17:35

Bien que ne m'étant pas destiné personnellement, merci quand même pour ce bel article !

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