Anon : critique sans DRM

Christophe Foltzer | 5 mai 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 5 mai 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Andrew Niccol mérite notre amour pour au moins deux films : Bienvenue à Gattaca et Lord of War. Sans oublier The Truman Show, dont il a signé le scénario. Bon, après, il a aussi fait SimoneTime Out et Les Ames vagabondes. On va dire que c'était sa traversée du désert. Et ça tombe bien, il semble avoir trouvé un petit oasis avec Anon, avec Clive Owen et Amanda Seyfried. Disponible sur Netflix depuis le 4 mai.

REALITE AUGMENTEE

Avec les importants bouleversement technologiques que nous avons connu ces 20-30 dernières années, la peur est grande de voir l'humain relégué au second plan de sa propre évolution. Le cinéma est coutumier de ce type de sujets d'ailleurs et compte déjà plusieurs chefs-d'oeuvre. Aussi, voir un réalisateur comme Andrew Niccol s'attaquer à cette épineuse question semblait plus que logique. On pourrait même dire qu'il ne fait que ça depuis le début de sa carrière, lui qui de Bienvenue à Gattaca à Good Kill n'a jamais cessé de questionner la place de l'humain dans ce monde en accélération et donc sa fatale déshumanisation.

 

Photo Amanda SeyfriedAmanda Seyfried

 

Avec Anon, il joue la carte du récit d'anticipation en s'attaquant de front à la problématique des réseaux sociaux. Nous sommes donc plongés dans un futur pas si lointain ("Quelques minutes dans le futur", pourrait-on dire, pour citer Max Headroom), dans une société ultra connectée où la technologie plonge d'office le citoyen dans une réalité augmentée. On sait tout de son voisin, nous vivons dans une bulle consumériste totale, les souvenirs ne sont plus que des fichiers vidéo et les interrogatoires se passent quasiment dans le silence puisqu'il suffit de récupérer les fichiers de l'interrogé. C'est dans ce contexte que le policier Sal Frieland doit enquêter sur la mort de plusieurs personnes, tuées par un mystérieux assassin qui échappe à tout contrôle et tout fichage numérique. Sur sa route, il rencontre une femme, une pirate, dont le métier est de distordre la réalité. Au point d'aller jusqu'au meurtre ?

 

Photo , Clive OwenClive Owen

 

ANON Y MOUSSE

Que ce soit dans ses oeuvres majeures ou dans ses égarements plus honteux, Andrew Niccol a toujours proposé des concepts visuels forts, des univers étouffants et oppressants, en dénonçant un système fasciste qui ne dit pas toujours son nom mais qui semble toujours accepté par la majorité. Dans le cas d'Anon, il va encore plus loin avec cette technologie révolutionnaire puisque c'est elle qui dicte même la forme de son film. Et de, ce strict point de vue, le film est une énorme réussite.

 

Photo Amanda SeyfriedRompre la solitude...

 

En effet, Anon joue avec son spectateur, son point de vue et son objectivité et nous plonge dans sa société pas si dystopique que ça en trompant son spectateur. Par le choix de son format d'image par exemple. En 2:35 lorsque nous sommes dans la réalité "objective", il passe dans un 1:77 des plus troublants dès que nous adoptons le point de vue de ses divers personnages. Si l'on rajoute à cela une profusion d'éléments d'analyse présents à l'image dès que nous sommes dans la peau du héros, on comprend tout de suite le postulat du film : Si notre vision s'élargit grâce à la technologie, elle nous submerge aussi par un déluge d'informations constant.

Si le scénario du film est on ne peut plus classique et reprend à la lettre les codes du film noir (le flic perdu, la femme fatale, le twist final), Anon surprend et fascine par le traitement du genre et son adaptation aux technologies futuristes. Il devient en effet rapidement évident, que le film est moins l'histoire d'une enquête qu'une démonstration éloquente du mensonge du réel et du pouvoir des images. On peut y voir en cela un traité assez poussé sur le cinéma lui-même, le montage d'un film, la création et l'orientation d'un point de vue. Une scène en particulier s'y attaque frontalement et reste probablement le moment le plus passionnant du film.

 

Photo Amanda SeyfriedUne réalité plus que surchargée

 

VOULEZ-VOUS EN SAVOIR PLUS ?

Cette distorsion opératique du réel, cette confusion de la vérité et ce détournement du point de vue, occupe d'ailleurs la seconde partie du film qui, avant une révélation un peu décevante nous propose un gros moment de folie paranoïaque assez impressionnant. Encore une fois, la mise en scène et le montage y étant pour beaucoup.

Si le scénario pêche par quelques approximations et sous-intrigues mal exploitées, Anon peut cependant se reposer sur ses deux comédiens vedettes, Clive Owen et Amanda Seyfried, parfaits de bout en bout. Owen nous rejoue le mec détruit avec sa tête de cocker dépressif mais il le fait très bien et compose une fois de plus un personnage borderline avec tout le talent qu'on lui connait. Seyfried, elle, impressionne par sa froideur, son mystère et sa position dans l'intrigue, ambigüe au possible. Malheurement la trame emprunte de nombreux raccourcis, notamment dans sa conclusion, qui viennent quelque peu gâcher la fête. Mais rien de rédhibitoire ceci dit.

Si on peut craindre au début qu'Anon ne soit qu'un épisode rejeté de Black Mirror étiré sur 1h40, il se transforme au final en objet de cinéma plutôt fascinant, imparfait certes mais qui se suit avec un grand plaisir. Et peut-être la première preuve qu'Andrew Niccol se rappelle enfin qui il est et de quoi il est capable. Et franchement, c'est tout ce qu'on lui souhaite.

 

Affiche

Résumé

Imparfait et bancal par certains aspects, Anon n'en reste pas moins un exercice de style passionnant sur le point de vue et le mensonge des images. Un film noir classique dans sa construction mais suffisamment novateur dans sa forme pour nous questionner sur les récentes avancées technologiques. Et ça fait un peu flipper. Dispo sur Netflix.

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commentaires
Nico
01/06/2019 à 10:23

Pas meilleur que Time Out, La seule différence est qu'il a décidé de prendre de véritables acteurs mais sans réelle plus-value. Certes le visuel et le message véhiculés par le film sont les forces du métrage, mais l'histoire est indigente et sans aucun intérêt. Les personnages, les situations, sont stéréotypés à un point où cela en devient pénible à suivre. Décidément le réalisateur de Bienvenue à Gattaca à disparu bel et bien.
.

Zanta
08/05/2018 à 10:06

J'ai arrêté au bout de 20 minutes..
La séquence d'ouverture est simplement ratée : cette succession d'interrogatoires, reposant sur une mise en scène évoquant allègrement un mode FPS, c'est d'un ringard.

Christophe Foltzer
05/05/2018 à 16:13

Digital Rights Management -> DRM

soul
05/05/2018 à 15:49

Salut,
Cela veut dire quoi "sans DRM" ?
Késako DRM ??
Merci

Thierry
05/05/2018 à 12:44

Impressionnant visuellement, et mérite certainement d'être revu. Manque cependant une pulsation, celle des émotions et de coeurs en mode palpitation, mais c'est sans doute aussi le propos délibéré de l'auteur pour nous dire une société figée, sèche et d'une (apparente) mortelle transparence, où ne sont visibles seulement que les lignes de force, les structures, mais sans chair aucune ni sans âme. Une société sous contrôle. Mind Control sont ici les maîtres mots. Un peu décevant de mon point de vue. Loin de la drôlerie et de la chaleur toute rayonnante de couleurs de "S1m0ne". :))

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