Avengers : Infinity War - critique sans spoilers

Créé : 25 avril 2018 - Geoffrey Crété
Geoffrey Crété | 25 avril 2018

Dix-neuf films, dix ans, des milliards de dollars et de fans : si aucun méchant n'a réussi à dominer le monde dans l'univers des Avengers, le studio Marvel a clairement pris le contrôle d'une grande partie du paysage hollywoodien, comme Black Panther l'a encore confirmé. Point d'orgue d'un combat vendu dès Avengers en 2012 avec Thanos, Avengers : Infinity War, avec notamment Robert Downey Jr., Chris Evans, Scarlett Johansson et Chris Hemsworth, est donc un événement massif, attendu et redouté depuis des années. Et le studio a mis le paquet pour satisfaire le public.

Affiche française
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L'ÈRE DE L'ACTION

Il suffira de quelques minutes pour annoncer la couleur. Destruction, domination, désillusion : Avengers : Infinity War n'est pas là pour plaisanter, pas plus que Thanos. Après un Avengers qui a définitivement lancé la machine du MCU dans des cris d'enthousiasme et un Avengers : l'Ère d'Ultron nettement moins réussi et solide, Avengers 3 redresse la barre avec une épopée épique de 2h35, condensé d'action à peu près ininterrompue.

Apparu dans la scène post-générique d'Avengers et dans Les Gardiens de la Galaxie, Thanos avait annoncé à la fin d'Avengers : l'Ère d'Ultron que les choses sérieuses commençaient. Le Titan Fou allait venir récupérer lui-même les Pierres d'Infinité, disséminées dans le MCU au fil des films. La Pierre de l'Espace alias Tesseract dans Captain America, Avengers puis Thor : Ragnarok ; la Pierre de la Réalité apparue dans Thor : Le monde des ténèbres et laissée au Collectionneur des Gardiens de la Galaxie ; la Pierre du Pouvoir dans Les Gardiens de la Galaxie ; la Pierre de l'Esprit dans Avengers : l'Ère d'Ultron ; la Pierre du Temps, détenue par Doctor Strange ; sans oublier la Pierre de l'Âme encore mystérieuse : telle est donc la mission du super-vilain créé par Jim Starlin, et ainsi la feuille de route du blockbuster, qui a la gentillesse de ne pas se perdre en exposition et circonvolutions. 

Infinity War est l'histoire de Thanos qui cherche les pierres, prêt à écraser quiconque se place sur sa route, avec l'aide de ses sbires et de ses immenses pouvoirs. Et le film se résume alors à une course inexorable contre l'inévitable catastrophe, autour d'une bande de super-héros dépassés par l'ampleur d'un chaos absolu.

 

Photo Benedict Cumberbatch, Robert Downey Jr., Mark Ruffalo, Benedict WongDoctor Strange, Iron Man, Hulk et l'autre là

 

L'AMOUR À MORT

Attendu au tournant après des années de méchants interchangeables devenus monnaie courante chez Marvel, Thanos est la grande réussite du film. Techniquement impressionnant, le Titan fou est porté par l'interprétation de Josh Brolin et surtout une écriture solide. Si Avengers premier du nom était un film sur les héros, plus que leur ennemi, Infinity War est l'inverse.

Iron Man, Captain America, Thor, Black Widow, Black Panther, Spider-Man, les Gardiens de la Galaxie et compagnie sont tous familiers, et occupés à coexister pour la première fois dans plusieurs bulles d'univers différentes. Thanos, lui, a le champ libre pour régner, et c'est le cas. Rarement un archétype de super-vilain aura été si fort et noble, mû par des intentions crédibles, doté d'une vraie humanité, tiraillé par des émotions palpables, tout en ayant une puissance que le film n'a pas peur de manier. Il y a au moins une scène fantastique, qui définit de manière magnifique et noire ce personnage, et marquera durablement les esprits, tout en donnant une couleur nouvelle au MCU.

Une comparaison facile avec X-Men : Apocalypse, lui aussi articulé autour d'un gros machin violet quasi divin, sert parfaitement la superproduction Marvel, qui n'a pas peur de son grand méchant. L'humour a beau être omniprésent, avec une poignée de répliques irrésistibles, c'est la guerre infiniment terrifiante de Thanos qui habille le film dans un nuage de fin du monde.

 

Photo, Josh Brolin Thanos, le vrai coeur du film

 

TREMBLOTTE COSMIQUE

Avengers : Infinity War est ambitieux et généreux, et multiplie les scènes d'action, d'affrontement et autres rencontres explosives. Que celui qui baille face au gris qui domine les Marvel terrestres se rassure : l'arc-en-ciel de couleurs planté par James Gunn et repris par Taika Waititi brille sur une grande partie du film, qui se déroule dans une multitude de lieux bien au-delà des habituels décors. D'où un regard régulièrement accroché par une nouvelle facette de l'univers, et un film polyphonique qui a remâché les divers courants du MCU pour tenter de leur redistribuer au sein d'un récit unique.

De la musique et éclairages pop des Gardiens de la Galaxie aux paysages du Wakanda avec leurs mélodies ancestrales, en passant par les cases urbaines incontournables, le film des frères Russo brasse large, déterminé à réunir toute l'entreprise sous forme de best of. C'est un cocktail fragile, avec ses faiblesses évidentes, que ce soit dans le montage parallèle ou le traitement de certains personnages, coincés entre le premier et le deuxième plan, ni vraiment majeurs dans l'intrigue ni véritablement abandonnés parmi les figurants (particulièrement Hulk). Le résultat demeure néanmoins efficace, le mélange offrant une bonne dynamique au film, surtout lorsque les cartes sont rebattues pour créer des équipes étonnantes. 

 

Photo Chris Hemsworth Thor, Rocket et Groot : un beau trio inattendu

 

Reste toutefois la question de la mise en scène des frères Russo. Réalisateurs de Captain America : Le soldat de l'hiver et Civil War, choisis après Joss Whedon pour diriger Infinity War et un Avengers 4 prévu pour 2019, ils ont brillé jusque là par leur aptitude à surdécouper l'action, avec un montage fébrile capable de flinguer jusqu'aux plus intéressantes idées. Le phénomène est moins extrême ici, mais continue à poser sur les séquences épiques un voile de confusion et d'approximation. Le film se rattrape par la quantité, en alignant et enchevêtrant les combats, pour emporter le spectateur dans une attraction spectaculaire, mais difficile d'isoler un moment réellement grand dans ce grand shoot d'action.

C'est d'autant plus regrettable que lors d'une première scène d'action à New York, où la caméra suit les personnages découvrir le chaos, ou dans les séquences autour de Thanos, Joe et Anthony Russo montrent qu'ils sont capables d'emballer des plans léchés, voire des moments iconiques.

 

Photo Scarlett Johansson, Chris Evans, Chadwick Boseman Wakanda Forever (ou pas)

 

LA FAIM DES FIN 

Si Avengers : Infinity War est si attendu, c'est aussi parce qu'il est censé marquer au fer rouge le MCU. Plus rien ne sera comme avant : Kevin Feige et ses soldats l'ont claironné depuis des mois, voire des années. Les pronostics sur les possibles morts se sont multipliés, tandis que la visibilité relativement limitée sur les prochaines années (seuls Spider-Man : Homecoming 2 et Les Gardiens de la galaxie 3 sont assurés après Ant-Man et la GuêpeCaptain Marvel et Avengers 4) laisse quelques portes ouvertes. 

On ne dira rien de ces surprises, de peur de recevoir un colis piégé avec le sigle Disney, en plus d'être interdit de projection sur huit générations. Mais le studio n'a pas menti sur la marchandise. Si le MCU a par le passé été bien trop doux avec ses personnages, quitte à cramer le joker des fausses morts, Avengers : Infinity War semble tourner une page (encore opaque il va sans dire), avec l'intention claire de rendre justice à Thanos et une aventure guerrière.

 

Photo Pom Klementieff De l'art de la désillusion

 

Personne ne doute que, à la manière des comics, un certain nombre de choses puissent être éventuellement défaites par la suite, et qu'un blockbuster de cette envergure obéit à un cahier des charges qui pose des limites infranchissables. La scène post-générique annonce d'ailleurs clairement où la chose ira. Avengers 3 ose néanmoins s'aventurer sur des territoires jusque là quasi-inconnus du MCU, offrant notamment l'une des fins les plus fortes de son histoire. Après un ride tonitruant de plus de deux heures, l'aventure s'achève ainsi sur une note d'une amertume déconcertante. Les sirènes du spectacle s'arrêtent le temps de quelques tableaux désespérés et mortifères, où le silence des héros remplace les cornes de brume de la guerre.

Il suffira alors du regard apeuré d'un personnage, d'un visage fermé par la douleur, d'un ultime plan aussi troublant qu'anti-spectaculaire, ou d'une variation inquiétante du thème des Avengers, pour imaginer que cet Infinity War va bel et bien changer quelque chose, à la fois dans la galaxie Marvel et dans le cœur d'un public qui suit avec passion ou curiosité ces héros depuis maintenant une décennie.

 

Affiche française

Résumé

Avengers : Infinity War n'est pas qu'un spectacle généreux, tonitruant et à la hauteur des attentes en terme d'action. C'est aussi un film qui tire de l'impressionnant Thanos une brutalité, une mélancolie et une force jusque là quasi-absentes des films Marvel.

commentaires

Gaspard
31/05/2018 à 19:51

J'ai été surpris par un Marvel et j'ai pas détesté. Je crois que je commence à avoir des goûts de merde!

gnagna
30/04/2018 à 19:17

je suis loin d'être fan de Marvel, je trouve beaucoup de leurs films "biens sans plus et surtout convenus" mais là...
ce fils écrase les autres productions Marvel, comme un best-off de tous leurs autres films
on peut ergoter sur les défauts récurrents ou le fait que le film ne peut que donner peu de places aux différents super-héros, mais à la sortie de la projection ce sont les nombreuses qualités qui restent en tête. Avec en premier lieu Thanos et la gestion de son pouvoir: il est très facile de proposer un méchant au pouvoir démentiel, beaucoup plus dur d'en faire un adversaire "compatible" avec les pouvoirs des héros pour livrer un combat à peu près équilibré (cf Apocalypse qui aurait pu balayer les x-men en dormant mais qui perd quand même)
vu l'ambition avouée du film et les moyens consentis, le fait qu'il soit à la hauteur des attentes suffit à en faire une réussite. Ce projet avait tout du casse-gueule mais a été géré encore mieux que ce que je croyais.

Tousen
30/04/2018 à 13:43

Marvel n'a pas raté Thanos (hormis sa romance morbide) et c'était sa la chose la plus importante. Quitte a sqwizzer certains personnage lors de la mise en scène mais on a ressenti un vrai désir de renouveau. Le film a certains défauts mais reste épique Par contre, ils prennent un gros risque en misant tout sur un personnage peu connu mais qui aura la lourde tache de sauver tout le monde (au lieu de Adam Warlock).....

John Hudson_85132
29/04/2018 à 03:16

Pour Raoul

Ant-Man et Hawkeye devraient être dans le prochain Avengers d’après IMDb.

STEVE
29/04/2018 à 01:15

Sans faire le haters j'en ai marre des films de super-héro formatés avec un zeste d'humour (pas poilant mais vu que certains rient...), des destructions, des répliques soit disant "qui tuent", une bouillie numérique etc
De vrais produits.

Ma claque de ces films abrutissants.

Et je vais sans doute me faire lyncher par les geeks fanatiques, prenant mon pt de vue de façon trop personnelle.

Je devance.
Je ne fais que critiquer un film, pas votre mère lol

Lol
28/04/2018 à 17:28

Pourquoi dans la liste des acteurs du film il montre ant-man alors que l on ne le voit pas tout le long du film?

caribou
27/04/2018 à 19:57

Bon les enfants , vous vous êtes bien amusés avec ces bêtises , mais pensez a rentrer faire vos devoirs maintenant !

Raoul
27/04/2018 à 16:54

Sur la première fois de l'article, Banner est pas habillé comme ça dans le film non?

YELLOW SUBMARINE
27/04/2018 à 02:11

bonne hypothèse. Après pour moi le combat n'a rien d'un ratage. Au contraire. D'un côté on a une force brute et de l'autre une force intelligente.

Hulk attaque sauvagement Thanos, celui ci réplique par un enchainement de coup bien précis et maitrisé.

J'ai beaucoup aimé ce moment, ça voulait presque dire, bon le fameux "on a un hulk" ne veut plus rien dire face à un adversaire aussi redoutable.

Ratatak
27/04/2018 à 01:21

"Le combat de Hulk contre Thanos est vraiment minable."

Faux procès, le vrai combat des "vrais" mastodontes aura lieu dans le prochain volet, c'est on ne peut plus clairement sous=entendu par le film dans son refus de faire apparaître le Hulk et les dialogues de Banner ( CF " il faut qu'on discute tous les deux" dans l'exo=Hulk )

On peut s'attendre à un fight dantesque entre les deux ( dans Ragnarok le Hulk écrase largement Thor, dans Inifinity War, Thor est le seul à vraiment blesser Thanos )

Et cela prend sens lorsqu'on constate ( qu'on apprécie ou pas ) que les personnages sont maintenant arrivés à maturation ( on n'a plus besoin de présenter leurs pouvoirs ni leurs combats intérieurs pour les maîtriser ou leurs atermoiements - Justice-League dans tes dents... ) et peuvent s'exploiter à plein potentiel...

Donc quand Banner aura totalement apprivoisé le Hulk, ou que le Hulk acceptera de passer outre son premier round contre Thanos, on peut parier que ca va envoyer du gros verre pilé dans la face du titan violet )

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