Films

Les Affamés : critique qui a encore un peu la dalle

Par Simon Riaux
3 mars 2018
MAJ : 21 mai 2024
6 commentaires

Joli succès au Québec, Les Affamés de Robin Aubert est arrivé à Gérardmer 2018 précédé d’une flatteuse réputation, laquelle n’a pas échappé aux oreilles de Netflix, qui a acquis le film et l’a dévoilé au public le 2 mars.

 

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MON CANNIBALE AU CANADA

Alors que le genre semble s’auto-asphyxier aux Etats-Unis, tout le monde est désireux de se réapproprier la figure monstrueuse réinventée par George Romero en 1968 avec La Nuit des Morts-Vivants. Quelques jours avant la sortie au cinéma du surprenant La Nuit a dévoré le monde, le géant américain de la SVOD accueille donc son cousin Canadien intitulé Les Affamés.

Et c’est justement cette identité à la fois proche et radicalement différente de la nôtre qui fait le sel de l’entreprise. Les Affamés exhibe ainsi fièrement un ton à part, mélange de blagues en joual, de fatalisme absolu et d’humour à froid, qui tranche avec l’essentiel de la production zombiesque standard. Il n’est ainsi pas rare de se demander sur quel pied danser, notamment à la fameur de simili-running gag très bien intégrés au récit (ah ce militaire lunaire…) et dont la conclusion, qui fleure le plus souvent bon la viande fumante, est généralement un petit électrochoc.

 

Photo Marc-André GrondinMarc-André Grondin (C.R.A.Z.Y.)

 

Conscient qu’il arrive après des dizaines de chroniques de la fin du monde, le récit préfère se lancer dans une évocation parfois abstraite et poétique, plutôt que la description routinière et artificielle d’un monde à la dérive. On ne saura jamais quand, comment et pourquoi l’apocalypse zombie s’est abattue. Chacun la vit avec une acceptation qui pousse parfois le film du côté de la métaphore spectrale, comme si Robin Aubert nous murmurait que nous vivons déjà dans cet univers cannibale, qui banalise la guerre de chacun contre tous.

 

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PETIT CREUX

Ces particularités tonales confèrent certaines particularités appréciables à l’ensemble et lui permettent en partie de se différencier du tout venant… Mais en l’état, il s’agit plus de saillie que d’une véritable orientation. Malheureusement et en dépit des efforts du scénario pour les cacher, l’enchaînement des péripéties et leurs articulations sont systématiquement prévisibles.

 

PhotoUn film parfois salissant

 

Et quand la narration n’est pas transparente, elle se fait maladroite, à l’image d’une transition qui nous amènera au climax du film, alors que nos héros cherchent un bunker, dont on ne comprendra jamais pourquoi ils ne l’investissent pas. Une des faiblesses que l’on retrouve à divers niveaux, et qui dévoilent en creux que le film est plus souvent correctement exécuté que finement pensé.

Les Affamés a pour lui une mise en scène rigoureuse, lisible et parfois évocatrice, ainsi que des comédiens tous investis (Marc-André Grondin est méconnaissable), malgré des rôles souvent fonctionnels, voire limités à des pastilles superficielles. Au final, le long-métrage d’Aubert n’est jamais désagréable, et il ne fait aucun doute qu’il a été exécuté avec un soin qui permet de s’y investir. Il demeure néanmoins dommage que les éléments qui donnent à cette chronique funèbre sa saveur demeurent de timides ponctuations plutôt que l’épine dorsale de l’œuvre.

 

Affiche officielle

Rédacteurs :
Résumé

Malgré quelques belles idées et un ton parfois mordant, Les Affamés a du mal à s'extraire du cadre hyper-codifié du film de zombies.

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Jef

Oui pas mal de « Calisse » et « D’ostie » pas toujours facile, en effet même avec le sous-titrage Français de tout capter, enfin globalement y’a pas non plus à trop se prendre la tête hein?!… Ma scène favorite, le gars qui rentre de sa mission mais qui en fait n’est jamais parti et qui passe son temps à « surprendre » tout le monde … la troisième fois lui sera fatale ;)))))))), pardon mais j’en ris encore.. ok , c’est pas drôle, pardon, je sors.

Ichigo

Je l ai trouver un peu lent au début,y a quelques scène un peu rythmé. Le problème c est que même sous titré j ai pas tout compris .dommage .

Lumberjack90

Mon premier film de zombie en québécois, même avec les sous-titres ce n’etais pas évident.
Là film m’a beaucoup fait penser à Last Girl au niveau du style avec un côté pessimiste beaucoup plus présent.

Épicure

Il me semble qu’ils abandonnent le bunker car celui-ci a été vidé de tous ses vivres avant leur arrivée.

Joc

À côté des films de zombies américains, bardés de latex, la véracité (!!) des zombies de Robin Aubert surprend, comme si on y était. Côté film, acteurs convaincants et photo brumeuse exceptionnelle. Le début est un peu lent, mais par la suite on se sent pourchassé. Bravo Robin Aubert!