Gaspard va au mariage : critique zoophilia

Geoffrey Crété | 24 janvier 2018
Geoffrey Crété | 24 janvier 2018

Félix MoatiGuillaume GouixChrista TheretMarina FoïsJohan Heldenbergh et Laetitia Dosch sont dans un zoo, que se passe t-il ? C'est le nouveau film d'Antony Cordier qui, après Douches froides et Happy Few, filme à nouveaux des corps ardents et des personnages iconoclastes dans une comédie douce-amère.

GASPARD VA AU ZOO

Un titre en écho à Margot va au mariage de Noah Baumbach qui lui-même renvoie à Pauline à la plage de Rohmer, un décor qui rappelle Nouveau départ de Cameron Crowe, une affiche copiée-collée sur Captain Fantastic avec Viggo Mortensen : Gaspard va au mariage s'inscrit délibérément dans l'univers d'un certain cinéma indépendant américain, peuplé de personnages excentriques, de leçons de vie et de poésie du quotidien, devenu au fil des années une recette aussi fade que celles contre lesquelles il se battait à l'origine.

L'intention saute aux yeux dès les premières scènes, aux airs de comédie romantique décalée. Une fille rencontre un garçon : elle est attachée aux rails d'un chemin de fer, aux côtés de manifestants qu'elle ne connaît pas et sans savoir pourquoi ; il va en train mais à reculons au mariage de son père loufoque, propriétaire du zoo où il a grandi et qu'il gère avec ses deux autres enfants. Il va l'inviter à jouer le rôle de sa petite amie pour affronter cette épreuve, elle va accepter. 

De surprises en petits drames, de révélations en acceptation, le séjour fera grandir tout ce petit monde. Et si le programme semble profondément ordinaire et photocopié sur des dizaines de films semblable, Gaspard va au mariage se révèle suffisamment fort et tendre pour dépasser, en grande partie, le cadre pré-établi.

 

Photo Félix Moati, Christa Theret, Guillaume Gouix

 Félix Moati, Christa Théret et Guillaume Gouix

 

AU HASARD GASPARD

Gaspard va au mariage souffre sans surprise des habituels tics de ce cinéma étiquetté feel good movie. Le désir de créer de l'extraordinaire et du joli pousse Antony Cordier et ses coscénaristes à sur-occuper l'espace et sur-habiller les personnages dans ce sens. La petite soeur porte une peau d'ours et se comporte comme un animal, le père est un homme excentrique qui se baigne nu dans un gigantesque aquarium devant ses enfants dès sa première apparition, la future mariée est découverte en plein toucher rectal d'un karibou : le film étale les éléments décalés pour créer un univers à part entière, quitte à surligner chaque facette de ce monde pour en crier l'originalité.

Mais cette limite est d'abord une force, qui témoigne d'un vif désir de sortir d'un espace filmique balisé à outrance. Au milieu d'un paysage français plus ou moins artistiquement sinistré au rayon comédie, Gaspard va au mariage est habité par une vraie âme, à mille lieux des machins préfabriqués qui occupent le devant de la scène et les premières places du box-office. Sans avoir la douce folie d'un La Loi de la jungle, le troisième film de Cordier se range dans la même famille d'un certain renouveau made in France, qui donne envie d'être soutenu.

 

Photo Félix Moati

Félix Moati

 

Le soin extrême apporté à la mise en scène va dans ce sens, et tranche radicalement avec la production classique des comédies. La photographie de Nicolas Gaurin (fidèle au réalisateur depuis ses débuts), la très belle et hypnotique musique de Thylacine, les tableaux filmés au ralenti, le découpage en chapitres, le décor irréel de zoo : Antony Cordier utilise tous les outils à sa disposition pour façonner un petit monde magique, hors du temps. Des flashbacks presque brûlés avec Élodie Bouchez à ce slow perdu dans la noirceur infinie, le film regorge de beaux moments, presque abstraits et menés par une pure ambition de cinéma.

 

Photo Christa Theret

Partie de chasse en famille

 

LA FAMILLE AUX ANIMAUX

Cet équilibre fragile entre le trop démonstratif et le tout beau se retrouve dans le casting et les personnages. Si Gaspard va au mariage brille par sa distribution impeccable, menée par un Félix Moati parfait, Laetitia Dosch (révélation de Jeune femme) se pose au milieu comme une anomalie. Par sa voix, sa diction, la manière dont elle est dirigée mais aussi dont cette Laura est écrite, elle semble avancer dans un autre film, sur un autre rythme. 

Plus artificiel que les autres, ce personnage de fille un peu perdue mais pas trop manque de dimension et de précision, devenant vite un sac sans fond où sont jetés divers éléments peu harmonieux et traités - son rapport aux autres, à l'argent, au sexe, au travail. Il lui manque une vie pour être autre chose qu'une esquisse un peu stéréotypée de comédie romantique décalée (une version de la Manic Pixie Dream Girl, un archétype fâné du film indé), lâchée au milieu de cet univers pour inviter le spectateur à y pénétrer.

 

Photo Laetitia Dosch

Laetitia Dosch

 

C'est d'autant plus problématique qu'elle est sans cesse confrontée à des personnages bien plus complexes et touchants, finement écrits et interprétés, même lorsqu'ils sont cantonnés à l'arrière-plan comme celui de Marina Foïs, encore une fois excellente. Le réalisateur a coupé un chapitre qui lui était consacré, mais même en l'absence de ces détails, cette femme mystérieuse se dessine intelligemment en quelques scènes et dialogues. Comme elle, les personnages interprétés par Guillaume GouixChrista Theret et Johan Heldenbergh (vu dans Alabama Monroe) portent avec beaucoup de talent et subtilité la charge émotionnelle du film.

Et si le sens avoué de Gaspard va au mariage, révélé tardivement dans le film mais offert dans la bande-annonce ("Le plus difficile dans la vie, c'est de trouver quelque part dans le monde quelqu'un qu'on aime plus que sa famille"), semble finalement trop réducteur, le troisième film d'Antony Cordier est doté d'un charme certain. Il confirme après Douches Froides et Happy Few ses indéniables talents de metteur en scène et scénariste, et témoigne d'un rapport aux sentiments et aux corps d'une intelligence certaine. Certainement de quoi conseiller cette petite virée au zoo, qui mérite un peu (ou beaucoup) d'amour en salles.

 

Affiche

Résumé

Malgré de grosses ficelles et des inspirations trop évidentes du côté du cinéma indépendant américain, Gaspard va au mariage séduit par son bel univers, mis en valeur par d'excellents acteurs et une mise en scène douce et lumineuse.

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