Trahisons : Critique Résistante

Christophe Foltzer | 29 novembre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 29 novembre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Alors que la Seconde Guerre Mondiale envahit nos écrans comme à son habitude par tous les moyens possibles et que le devoir de mémoire n'a jamais été aussi indispensable, Trahisons convoque la guerre par la petite porte, en toute modestie. Et c'est paradoxalement sa plus grande qualité.

Que reste-t-il à raconter sur la Seconde Guerre Mondiale qui n'ait pas encoré été montré ? Probablement des millions d'histoires et de drames humains qui, en parallèle de la montée en puissance d'Hitler, de l'horreur des camps et du débarquement, auraient autant d'intérêt mais qui, malheureusement, n'intéresseraient pas forcément le grand public. Peut-être parce que ce n'est pas assez sexy ou que cela n'entre pas suffisamment en résonance avec un spectateur actuel pour qui ce chapitre terrible de notre Histoire n'est plus aussi réel que pour les générations précédentes.

Cela dit, la période étant tellement riche et complexe, qu'elle supporte sans problème l'analyse de ses zones d'ombres et qu'elle peut s'avérer être un support idéal pour parler de notre époque, l'air de rien, entre deux complots militaires. Et c'est exactement la voie choisie par le réalisateur David Leveaux, homme de théâtre dont c'est ici le premier film.

 

Photo Jai Courtney

Jai Courtney fait son Jai Courtney

 

L'EXCEPTION QUI CONFIRME LA RÈGLE

L'histoire nous emmène aux premières heures de la Seconde Guerre Mondiale, en 1940 plus exactement, lorsque le capitaine nazi Stefan Brandt est mandaté par ses supérieurs pour assurer la protection du Kaiser Guillaume II, ancien monarque de l'Allemagne, qui vit en exil à Utrecht aux Pays-Bas depuis 1917 et qui espère toujours remonter sur le trône un jour. Là-bas, il y rencontre une servante, Mieke de Jong, qui le trouble beaucoup tandis qu'il fait connaissance avec le chef déchu, qui semble un peu aux fraises et que la Gestapo l'informe qu'un espion britannique s'est infiltré dans la garde rapprochée du Kaiser pour l'éliminer. Brandt va se retrouver confronté à un choix des plus cornéliens qui va remettre en question le fondement même de ce en quoi il croit.

 

Photo Lily JamesLily James, surprenante

 

Partant de ce postulat, le film s'annonce donc très classique, ce qu'il est, et ne déviera jamais vraiment d'une trame cousue de fil blanc qui réserve néanmoins quelques surprises. Oui, dès le départ, nous comprenons clairement les enjeux et, oui, dès le départ, nous devinons le coup de théâtre qui fera basculer le récit. Il faudrait vraiment être vierge de toute oeuvre filmique pour ne pas le voir venir. Ceci dit, le principal intérêt de Trahisons ne réside pas dans son histoire mais bel et bien dans le sous-texte historique et philosophique qu'il nous propose.

En jouant la carte du huis-clos, David Leveaux se concentre totalement sur ses personnages et nous propose une galerie d'âmes brisées par différents drames au cours de leur vie et qui, pris dans le tourbillon de la grande Histoire, tentent d'obtenir un peu de justice. Quitte à pactiser avec le diable. On s'étonne en effet de voir un Kaiser montré aussi humainement dans sa déchéance et en devenir sympathique alors que des relations troubles se nouent avec les autres personnages. Chacun en vient à se questionner sur ses motivations et l'impossible survient : plutôt que d'éliminer l'autre pour obtenir justice, un lien se crée entre tous les antagonistes qui les emmènent doucement sur la voie de la séparation.

 

Photo Janet McTeer, Christopher PlummerChristopher Plummer, magistral en Kaiser Guillaume II

 

IMPECCABLE INTERPRÉTATION.... OU PRESQUE

Il est d'ailleurs assez audacieux de proposer un film à l'heure actuelle qui se nourrit à ce point de son ambiguité. En effet, chacun des personnages a commis des actes abominables (enfin pour la plupart) et pourtant ils sont montrés comme des gens comme vous et nous, pétris de doutes et de regrets, sensibles et humains. A l'heure où, dans les médias, la diabolisation de nos "ennemis" les transforme en véritables figures du mal, barbares à souhait, un peu de recul pour nous rappeler qu'au final nous sommes tous des êtres humains, faits d'ombres et de lumière, procure le plus grand bien.

 

Photo Lily James, Jai Courtney"Et ça, c'est pour Terminator : Genisys !"

 

Si la mise en scène est fort académique et ne se permet aucune audace, elle est tenue du début à la fin et sert convenablement son histoire. Le plus gros avantage, c'est qu'elle permet aux comédiens d'exploiter tous leurs talents et de nous offrir des prestations de haut vol. Si l'on passera rapidement sur le héros interprété par un Jai Courtney mutique comme à son habitude et dénué de tout charisme, Lily James surprend par l'intensité et la complexité de son jeu et les risques qu'elle prend pour assumer son rôle. Oui, cela change beaucoup de Baby Driver et c'est tant mieux. Evidemment, c'est le gigantesque Christopher Plummer qui remporte le morceau avec son interprétation hallucinante du Kaiser.

Il porte à lui seul tout le film, tantôt faible, tantôt fort comme un vieux lion, il nous offre une prestation incroyable aussi émouvante, qu'attachante et parfois inquiétante. Ne serait-ce que pour assister à ce grand moment d'acting, il faut absolument voir Trahisons. Et puis, on ne pouvait pas passer sous silence le Himmler tétanisant que nous offre Eddie Marsan, durant quelques courtes séquences, personnification du mal à l'état pur et seul vrai monstre inhumain du film.

 

Photo Christopher Plummer

Résumé

Très classique dans sa forme et dans son histoire, Trahisons est un film étonnament attachant, gentiment sulfureux et qui nous emporte au final dans une émotion inattendue. Pas le film de l'année certes, mais une très belle expérience humaine et les débuts d'un réalisateur à suivre de près. Disponible en VOD.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(3.0)

Votre note ?

commentaires
Manouche
29/10/2020 à 09:03

Le film est très prenant du début à la fin, l'interprétation des acteurs est formidable (y compris Jai Courtney que perso je ne connaissais pas, mais qui m'a aussi séduite...) et l'histoire d'amour entre les deux protagonistes est vraiment belle (oui, suis un peu fleur bleue, désolée pour les rabat joie...) A voir avec grand plaisir

maryse.chavance
05/08/2020 à 23:59

Je ne suis pas d'accord du tout concernant Jai COURTNEY. S'il est "mutique", c'est le rôle qui veut ça, un SS froid et peu causant. Son personnage est fort sympathique et je lui trouve un charisme certain. Voilà, c'est dit !

Potus
30/11/2017 à 19:31

@DavidP

C'est tellement devenu du réchauffé de venir dire qu'une idée pas mal admise (parfois parce que... à peu près raisonnable), est naze, et n'est plus valide.

Triple yawn

DavidP
30/11/2017 à 19:03

"le héros interprété par un Jai Courtney mutique comme à son habitude et dénué de tout charisme". C'est tellement devenu du réchauffé cette phrase. Tout comme le commentaire précédant.

Yawn yawn yawn comme dirait les anglophones.

sylvinception
29/11/2017 à 12:43

Presque 4 étoiles pour un film avec l'insupportable JC (non pas celui-là) ??
Comme dirait Cartman... pas mieux.

votre commentaire