Jungle : Critique survivaliste

Créé : 27 novembre 2017 - Christophe Foltzer

Greg McLean, on le connait et on l'aime pour son impitoyable Wolf Creef et son sauvage Solitaire, deux films qui montrent bien que le gars n'est pas un enfant de choeur quand il s'agit de nous apprendre la vie. Et il le prouve une nouvelle fois avec ce Jungle bien corsé.

Affiche
223 réactions

Quand on connait l'oeuvre du réalisateur, le démarrage du film peut surprendre tant il est paisible et enchanteur. Evidemment, on se dit que cela ne va pas durer et que, comme tout bon survival se déroulant dans la nature, ce n'est que le prétexte pour faire connaissance avec nos personnages, les prendre en sympathie, pour mieux assister à leur déchéance un peu plus tard. La différence, c'est que dans le cas de Jungle, nous parlons de personnes ayant réellement existé (et existant toujours d'ailleurs) puisque le film se base sur une incroyable histoire vraie.

 

trailer Daniel RadcliffeDaniel Radcliffe 

 

En 1981, le jeune israélien Yossi Ghinsberg, parce qu'il vient de finir l'armée et qu'il a soif d'aventure, se rend en Amérique du Sud pour trouver le vrai sens de la vie, comme de nombreux jeunes idéalistes. Il y rencontre le suisse Marcus puis l'américain Kevin et, ensemble, ils se rendent en Bolivie où ils tombent sur Karl, un aventurier qui leur parle d'une tribu éloignée à proximité de laquelle on trouverait de l'or. Alléchés, ils s'embarquent dans un voyage dans les profondeurs de la jungle où rien ne se passera comme prévu.

 

PhotoLes aventuriers sont prêts !

 

DEEP FOREST

Jungle ne restera pas dans les mémoires grâce à son originalité et cela tombe bien parce que ce n'est pas du tout son intention. Greg McLean, à travers ce film, poursuit son étude de la nature contre la culture, entamée dans Wolf Creek et Solitaire. Et il nous convie davantage à assister à la lente déliquescence de l'humain face au monde qui l'entoure. Un humain idéaliste, emporté par un souffle de l'aventure qui se traduit par une quête un peu absurde de la recherche du dernier paradis sur Terre et qui n'arrive jamais à dépasser sa simple condition. De ce point de vue, Jungle est une réussite totale.

 

Photo JungleAprès Swiss Army Man, Daniel Radcliffe retrouve la nature vivant

 

Il ne faut cependant pas s'attendre à un survival classique puisque le film joue avant tout sur son ambiance, nous proposant de plonger dans l'esprit de son héros et de l'accompagner dans sa lente et terrible descente dans la folie. De ce fait, le spectateur avide de sensations fortes et de scènes hardcore risque de rester quelque peu sur sa faim même si le récit nous réserve quelques moments sacrément dégueulasses (dont un en particulier). Ce qui passionne en premier lieu, c'est le parallèle entre la nature luxuriante et le pourrissement des corps, la fragilité de l'humain face à un environnement ambivalent dont il fait partie et dont il n'a cessé de vouloir s'affranchir depuis qu'il se tient sur ses pattes arrières.

 

Photo Thomas KretschmannThomas Kretschmann 

 

GREEN INFERNO

Disons-le d'emblée, le film est beau. Très beau. McLean sait filmer la jungle comme personne et ces nombreuses vignettes de paysages impriment la rétine comme rarement. Il ne s'agit cependant pas d'une esthétique de carte postale puisque le tout est amplement justifié dans l'histoire qu'il nous raconte. Une histoire qui, d'ailleurs, ne laisse pas vraiment de place au suspense, ce qui est peut-être un de ses points faibles. En effet, comme elle est tirée d'une histoire vraie, la dramaturgie de l'ensemble donne lieu à une certaine passivité du spectateur qui pourrait ternir un peu l'ensemble si le film n'était pas interprété par d'extraordinaires comédiens.

 

Photo Jungle"Allez, on pagaie !"

 

Daniel Radcliffe confirme une fois de plus qu'il est l'un des meilleurs acteurs de la nouvelle génération, tant il s'investit à fond dans son personnage et multiplie ces dernières années les rôles éprouvants, tant physiquement que psychologiquement. A la fois sensible, tendre, stupide et courageux, il nous confectionne un personnage particulièrement attachant dont la souffrance est communicative. Les autres comédiens sont évidemment plus en retrait mais donnent le change comme il le faut, Thomas Kretschmann en tête dans le rôle du douteux Karl.

 

 

On se retouve avec Jungle face à un survival "à l'ancienne", modeste dans son ambition mais envoûtant dans sa réalisation et dans les thématiques qu'il aborde. Un survival dans la veine du magnifique Delivrance de John Boorman, auquel il emprunte quelques éléments, et qui fera immanquablement penser au récent La vie pure, le très bon film de Jérémy Banster qui raconte une histoire similaire et tout aussi vraie.

On pourra reprocher au film une baisse de rythme dans son deuxième acte ou encore une rupture du point de vue assez embarrassante dans son dernier virage que nous sort du trip mais rien d'alarmant ou qui ne détruise vraiment l'expérience. Le carton final, tout simple, tout bête, lui, termine de nous emporter dans cette histoire terrible en nous révélant quelques détails dramatiques qui en font un film à ne pas rater.

 

Affiche

Résumé

Jungle est un petit film, certes, mais il remplit totalement son contrat. Visuellement magnifique, tutoyant la métaphysique et doté d'une interprétation extraordinaire de Daniel Radcliffe, il fait partie de ces petits bijoux dont nous reparlerons encore dans quelques années. En toute modestie.

commentaires

stivostine 28/11/2017 à 18:13

Bien surpris par ce film, je me suis laissé emporté par cette aventure

alexparis75 28/11/2017 à 11:33

Une critique absurde ; le film est d'une platitude absolue et copie ses modèles (Délivrance, 127 heures...) sans aucun talent. Une purge

Vivi 27/11/2017 à 23:25

Merci écranlarge pour votre papier. Je viens de sortir du film. Après avoir lu the lost city of Z, le film éponyme m'avait un peu laissé sur ma fin car j'attendais plus concernant les conditions de survie dans la jungle amazonienne. "Jungle" sort donc à point nommé ! et décrit très bien le green inferno auquel de nombreux taré se sont confrontés... Radcliffe est excellent ! Et la quête de rédemption du héros tourmenté par une culpabilité de n'avoir pas vécu l'holocauste montre une part biographique franchement hallucinante et bien dosée par une réalisation au service de l'histoire.

Puech 27/11/2017 à 17:14

Je suis totalement d' accord avec Slashy. Tu as parfaitement resumé ce que je pensais du film. J' ai du mal à comprendre les 4 étoiles.

Ashy Slashy 27/11/2017 à 15:21

Stremio. Mais chut, ce n'est pas bien de faire l'apologie d'un logiciel pirate gratuit proposant un catalogue beaucoup plus chargé que Netflix !

bof 27/11/2017 à 14:36

Ces deux avis contradictoires achèvent d'aiguiser ma curiosité pour ce film.

P.S. C'est quoi le "logiciel au logo violet"?

Ashy Slashy 27/11/2017 à 14:05

Bah merde alors, le hasard fait bien les choses. Je l'ai regardé hier sur le logiciel au logo violet et si j'avais lu votre critique avant, j'en serais tombé des nues. Je suis rarement en désacord avec vos critiques, ce qui fait de ce site mon préféré dans le domaine de l'actu ciné Française ! Mais là faut avouer que vous vous foutez quand même de notre gueule. Du moins je l'espère ! J'avais été emballé par le trailer qui promettait tant de bonnes choses. C'est sûr que le film ne présentait rien d'original mais j'attendais à être transporté dans un bon survival avec un Daniel Radcliffe en pleine forme dans un genre indé où il excelle. Quel con j'ai été. Entre le mauvais accent de Radcliffe, Israélien du pauvre, qu'il perd soudainement en milieu de film, les hallucinations toute plus merdiques et foireuses qui nous font sortir du récit, à grand renfort de CGI dégueulasses et de mauvaises idées, deux des quatre personnages dont on a aucune idée de ce qu'ils peuvent devenir, la longue et lente agonie de Yossi qui est plus ridicule qu'autre chose (et pas émouvante pour un sou), puis vient les retrouvailles, totalement biaisées et expédiées. (Et on en parle de l'apparition de la tortue ?)
"Une rupture du point de vue assez embarrassante dans son dernier virage que nous sort du trip mais rien d'alarmant ou qui ne détruise vraiment l'expérience." JE PEUX VOUS CONFIRMER QUE SI. Il était ridicule ce film...

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