Thelma : critique de la tentation

Alexandre Janowiak | 25 octobre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 25 octobre 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Après avoir trusté la Croisette en 2011 avec Oslo, 31 août à Un Certain Regard puis en 2015 avec Back Home en sélection officielle, le réalisateur norvégien Joachim Trier était attendu à Cannes en mai dernier pour son nouveau film : Thelma. Finalement, il aura fallu patienter jusqu’en septembre au festival de Toronto, puis à l’Etrange Festival en France, pour découvrir son thriller fantastique et sensuel.

LA PREMIÈRE TENTATION DE THELMA

Une jeune fille et son père se promènent dans les étendues enneigées d’une forêt nordique, non loin d’un lac gelé. Marchant à pas de loup, ils chassent dans le froid hivernal jusqu’au moment où ils tombent nez-à-nez avec un cerf. Pendant que la fillette observe l’animal, la caméra se rapproche doucement du père qui, au lieu de viser la bête, braque un instant son fusil sur son enfant.

Dès son ouverture, Thelma installe immédiatement la tension et le mystère qui parcourront l’ensemble du long-métrage de Joachim Trier. Une dizaine d’années plus tard, la jeune fille a quitté le domicile familial paumé dans le désert norvégien pour étudier à l’université d’Oslo. Dévote et timide, elle semble bien isolée au sein de son campus jusqu’au jour où elle rencontre la jolie Anja (Okay Kaya). Des phénomènes étranges et fantastiques vont alors la submerger et provoquer des crises paroxystiques de plus en plus fréquentes, liées à son obscur passé.

 

 

THELMA AU BAL DU DIABLE

Depuis son premier film Reprise, Joachim Trier a de nombreux thèmes de prédilections : la solitude, les premiers amours, la sexualité, la recherche de soi, l’émancipation, la famille… Avec son nouveau long-métrage, le cinéaste ne fait pas exception mais va beaucoup plus loin dans ses ambitions scénaristiques.

Tout d’abord en s’attaquant frontalement et en critiquant vivement l’intégrisme religieux catholique dans lequel a baigné son personnage principal. Pieuse depuis son enfance difficile, lors de son arrivée à Oslo et de sa rencontre avec Anya, Thelma doit affronter ses convictions chrétiennes face à son homosexualité naissante. Son passé douloureux sera, en partie, l’origine des nombreux troubles qu'elle va connaître.

 

Photo Henrik Rafaelsen, Ellen Dorrit PetersenEllen Dorrit Petersen et Henrik Rafaelsen jouent les parents de Thelma

 

Puis, en mettant en place une série de phénomènes surnaturels au cœur du récit ; conséquences directes des tourments et désirs refoulés de son héroïne, superbement interprétée par la douce Eili Harboe (aperçue dans The Wave).

L’aspect fantastique du scénario confère ainsi une grande originalité au film - même si l’influence de Carrie est notable - et une puissance phénoménale à son ensemble. Le cinéaste nous livre alors de superbes séquences poétiques et sensuelles, flirtant toujours entre le réel et le fantasme. Parmi lesquelles une venimeuse étreinte accompagnée de serpents, une angoissante plongée dans une piscine ou l’imposante scène de l’opéra, toute sublimées par la photographie de Jakob Ihre.

 

Photo Eili Harboe, Okay KayaOkay Kaya et Eili Harboe dans l'une des plus belles séquences du film

  

UN MANQUE DE TRI

Cependant, à vouloir jouer sur tous les terrains, Joachim Trier finit par perdre le contrôle absolu de son long-métrage. L’ampleur thématique offerte par le récit est abîmé par de malencontreuses incohérences. De plus en mélangeant les genres, passant du thriller au fantastique, du conte initiatique au drame psychologique, on a l’impression que le cinéaste n’a pas su faire de choix dans son histoire.

En résulte des enchaînements de séquences parfois hasardeux, des scènes étrangement courtes ou inutiles et un ensemble pas toujours à la hauteur des ambitions du cinéaste norvégien.

 

Affiche

Résumé

Malgré quelques divagations scénaristiques, Thelma est un sublime conte initiatique fantastique, thématiquement très riche, empreint d’un onirisme envoûtant et d’une grâce ensorcelante. 

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commentaires
Terry
24/12/2017 à 10:09

Modif. : *qui s'égare

Terry
24/12/2017 à 09:38

L'un de mes coups de cœur inattendus de cette (fin d') année, une très bonne surprise. Magnifiquement mis en scène, malgré un scénario qui s'égard un peu vers la fin mais ces petits défauts n'enlèvent en rien à la puissance du film. Mention spéciale à l'actrice principale, qui campe avec brio son personnage.

C'est par contre triste de voir que le film passe un peu inaperçu à côté du beau mais chiant Star Wars - The Last Jedi, comme le démontre encore cette section commentaires... pourtant, le cinéma indépendant a bien plus à offrir qu'Hollywood à l'heure actuelle.

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