Semaine du 7 septembre 2005

Box Office Français du 7 au 13 septembre 2005

Didier Verdurand | 3 avril 2007
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Commentaire de... Jean-Pierre Mocky

Incontrôlable Jean-Pierre Mocky ! Parti pour recueillir ses commentaires sur le box-office de la semaine, la discussion a très vite dérapé pour parler surtout de la situation de Grabuge ! dont les premiers chiffres ne sont guère réjouissants. Avec un brin de provoc, les propos du cinéaste le jour de la sortie de son cinquantième film - on arrondit - n'en sont pas moins détonants. Jugez plutôt...

Je ne suis pas angoissé et ne l'ai jamais été. On ne peut pas dire aux gens de ne pas aller voir Le parfum de la dame en noir ou Collision. On ne peut pas attirer autant de monde avec un film sur les clandestins à côté d'un autre avec des femmes à poil, Astérix ou Brice de Nice. Il faut savoir rester réaliste, on ne peut pas imaginer que Grabuge ! fasse des millions d'entrées. Pour moi, c'est une sortie classique avec des chiffres identiques au Furet. J'ai un public qui me suit quoi qu'on dise de mes films. Tout à l'heure, j'étais au journal de 13h sur Antenne 2 (France 2, Ndlr.) et la présentatrice a qualifié Grabuge ! de formidable. Quel sera l'impact ? Mon problème est d'attirer d'autres spectateurs que mes fidèles, c'est-à-dire ma concierge, mes amis et ceux qui me prennent pour un grand metteur en scène. Pour y arriver, il faut une conjugaison de plusieurs choses. D'abord, la publicité, et ensuite, des critiques favorables or ce n'est pas le cas. Hier, j'ai eu un excellent papier dans Le Monde qui trouvait que mon film était un chef d'œuvre et qui cassait Le parfum de la dame en noir. Mais un fou dans Libé m'a descendu - en plus, il m'a appelé après pour me dire qu'il m'aimait et qu'il ne comprenait pas pourquoi il avait écrit ça ! À côté, il y a les jeunes critiques qui jouent au Truffaut. François, lorsqu'il était critique, descendait en flamme tous les films, c'était son truc. Hélas, il n'y a plus de Serge Daney, il y a surtout des critiques que je qualifierais de fœtus de fausse couche.

Les bonnes femmes qui travaillent dans la presse écrite sont moches et n'aiment pas mes films. Elles se sentent attaquées. Les critiques homosexuels - j'ai beaucoup d'amis homos et je ne suis en aucun cas homophobe - ont aussi un problème avec moi car je les montre dans mes films comme des hommes qui sont devenus homos parce qu'il n'avaient pas le choix. Certains le sont parce qu'aucune femme ne voulait leur vider les couilles, même des putes ! Je sais qu'il y en a qui le sont de naissance mais bon sang, ce que je dis est aussi vrai ! Et ça les gêne, ils se sentent visés.

Il y a parfois des miracles dans le cinéma, je pense notamment à Erotissimo de Gérard Pirès, avec Annie Girardot, Francis Blanche et Jean Yanne. Il a démarré faiblard, comme Grabuge !, puis il a fait le double le lendemain, encore le surlendemain pour atteindre 20 000 entrées en fin de semaine à Paris, puis 40 000 et 60 000 ! Le film n'était pas génial mais il a attiré. Autre exemple, La guerre des boutons. Rien en première semaine à tel point que le distributeur, Warner, dit à Yves Robert qu'il va retirer son film des salles. Danièle Delorme, la productrice, est allé le voir en lui disant que leur maison était hypothéquée et l'a supplié de lui donner plus de temps. Et le monde est venu, c'était un miracle. Sur une centaine de sorties, cela peut arriver à un ou deux films. Peut-être que les gens qui n'ont pas été voir Grabuge ! aujourd'hui se sont dit qu'ils iraient demain, mais c'est une hypothèse qui se vérifie rarement.

Mon plus grand succès est Y a-t-il un français dans la salle ? avec 3 350 000 entrées dont seulement 280 000 à Paris. Frédéric Dard était beaucoup plus lu en province. Avec ses passages à la télévision - notamment aux Dossiers de l'écran - on peut rajouter près de 15 millions de spectateurs.


J'ai tourné deux films avant Grabuge ! mais ils ne sortent pas car il faut investir dans la publicité et je n'ai pas l'argent. Il faudrait que j'aligne 100 000 euros pour les deux sans aucune garantie de succès donc je les laisse au frigidaire. À ce soir a connu cette situation, il est resté deux ans dans un tiroir. J'ai connu ça avec Solo, finalement un succès. Mais aujourd'hui, il y a la tentation de sortir directement en DVD donc j'y réfléchis. On évite l'achat de copies et la publicité dans les revues de DVD est dix fois moins chère que dans la presse non spécialisée ou les rues de Paris. Atlas vend des voitures miniatures en faisant de la pub toute la journée et lance sa production quand elle a reçu ses 200 000 commandes. L'idéal serait d'en faire autant avec les DVD en les vendant directement du producteur au consommateur, en les vendant au prix d'une place de cinéma, donc 10 euros. C'est un système difficile à mettre en place et jusqu'à présent, je n'y suis pas arrivé. L'autre solution est de convaincre les Super U, Casino et autres grandes surfaces à nous acheter 200 000 unités à 3 euros.

Je connais bien Besson car j'ai assisté à ses débuts et on était très copains. Son problème, c'est qu'il est incapable de laisser ses réalisateurs libres. Il se mêle de tout. Alors quand il a affaire à un type comme moi ou Blier, ça ne passe pas dans une relation professionnelle. Le transporteur 2 n'est pas un film français, il est hybride. Le cinéma français est déprécié et j'en subis au passage les conséquences.

On me reproche d'être trop souvent à la télé mais je n'ai que ce moyen pour faire de la pub ! Pour exister, il faut être à la télévision. Le succès de Dujardin, José Garcia, Bruno Solo et les autres le confirme. Avant, c'était le contraire. Ils ont apporté au cinéma une touche de familiarité, car les spectateurs les voient chez eux. Le film français s'est nivelé et ça a marché. Puis, les gens à la télé ont parlé de leur cul. « Je baise ma femme, la femme de l'autre, la femme de ménage ou la voisine de palier ». La Ferme et la Star Academy sont devenus le cinéma en quelque sorte, comme chez Desplechin. « Ma femme couche avec mon frère ». Regardez les films avec Luchini ou Huppert, c'est « Sa mère qui baise dans la piscine avec son fils » ! (Mocky fait bien entendu allusion ici au consternant Ma mère de Christophe Honoré, Ndlr.)

Jean Reno va jouer dans mon prochain film mais cela ne va pas garantir son succès, il a déjà connu de gros échecs. Il s'en fout, il vient de toucher plus d'un milliard (ancien francs, nouveaux euros ?, mystère. Ndlr !) avec le Da Vinci Code et a accepté de bosser avec moi pour rien. Avant, même si le film était mauvais, le public suivait les acteurs qu'il aimait - Fernandel par exemple. Maintenant, personne n'est à l'abri d'un bide.

Propos recueillis par Didier Verdurand.
Autoportrait de Jean-Pierre Mocky.

Retrouvez le dernier box-office américain en cliquant ici.

Retrouvez les chiffres à 14h du mercredi 14 septembre à Paris en cliquant ici.

# Titre Entrées Semaine Evolution Cumul Salles
1 Broken flowers Broken flowers Voir la bande-annonce 366 013 1 - 366 013
2 Ma vie en l'air Ma vie en l'air Voir la bande-annonce 162 630 1 - 162 630
3 Charlie et la chocolaterie Charlie et la chocolaterie Voir la bande-annonce 157 005 9 +3% 3 510 836
5 Peindre ou faire l'amour Peindre ou faire l'amour Voir la bande-annonce 118 070 3 -18% 520 673
6 Mr. & Mrs. Smith Mr. & Mrs. Smith Voir la bande-annonce 110 648 7 -11% 2 793 569
7 Dark Water Dark Water Voir la bande-annonce 103 330 2 -30% 250 471
9 La Coccinelle revient La Coccinelle revient Voir la bande-annonce 60 938 6 -9% 1 170 027

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