Hellboy : critique infernale

Geoffrey Crété | 10 avril 2019 - MAJ : 25/06/2019 15:52

Guillermo del Toro en avait tiré deux très beaux films, devait clore sa trilogie, mais le business en a décidé autrement. Hellboy, le héros créé par Mike Mignola, a donc droit à un reboot réalisé par Neil Marshall (The Descent). David Harbour alias le shérif de Stranger Things reprend le rôle de Ron Perlman, et affronte Milla Jovovich en sorcière. Curiosité et fébrilité.

Affiche
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INFERNAL AFFAIR

Il y a eu le deuil de ce Hellboy 3, conclusion prévue des films de Guillermo del Toro où le personnage créé par Mike Mignola devait lâcher l'enfer sur Terre, comme annoncé dans Hellboy II : Les Légions d'or maudites. Retardée, menacée, discutée, cette fin de trilogie a été définitivement enterrée en février 2017. Il n'aura fallu que quelques mois pour que le reboot soit officialisé avec une nouvelle équipe.

Le contexte a du sens face à ce Hellboy 2019, coincé entre redite, remix et réinvention. Mis entre les mains de Neil Marshall, lequel n'a jamais véritablement décollé suite au carton de The Descent en 2005, ce reboot a été piloté par Mike Mignola, plus impliqué que sur les films de Del Toro. D'où un ton voulu neuf, à la fois plus léger et horrifique, qui échoue malheureusement à presque tous les niveaux.

Que l'une des meilleures scènes lorgne ouvertement vers l'univers de Del Toro, et rejoue l'idée de Hellboy qui ouvre les portes de l'enfer sur Terre pour réaliser la prophétie du chaos, en dit long sur l'incapacité de ce reboot à se trouver. C'est d'autant plus frappant que le mariage entre l'univers de Mignola et celui du réalisateur de La Forme de l'eau et Le Labyrinthe de Pan était harmonieux sur les deux précédents films. Au mieux très moyen, au pire grotesque, Hellboy 2019 est un raté.

 

photo, David HarbourDavid Harbour est le nouveau Hellboy

 

LE DÉMON DE L'ENNUI

Neil Marshall était la principale raison d'attendre ce Hellboy avec curiosité, vu sa filmo orientée horreur et spectacle sanglant au cinéma, mais aussi sur le petit écran (Westworld, Hannibal et Game Of Thrones). Mais il y a plus de Dog Soldiers que de The Descent dans ce reboot qui parade avec son Rated R, devenu un argument de vente parfois bien bête.

Certes, il y a des images sanglantes et plus de victimes assumées que dans les blockbusters actuels, mais ça n'est jamais qu'un effet d'esbrouffe. Dans le climax, il y a même une séquence entière de massacre qui peut être entièrement retirée, sans avoir d'incidence sur le reste. Le sang et la violence ne servent pas l'ambiance ou l'univers, mais semblent posés maladroitement pour tenter d'amadouer le public.

C'est à l'image de l'antagoniste, la Blood Queen interprétée par Milla Jovovich. Associée au Z de Resident Evil, l'actrice a montré par le passé qu'elle était capable de nettement mieux en présence d'un bon scénario et d'un rôle digne de ce nom. C'est loin d'être le cas ici, tant cette sorcière médiévale est ridicule.

Look miteux, dialogues sans aucune personnalité, motivations basiques, pouvoirs pas très clairs : Nimue est un ratage dans les grandes largeurs, qui n'a jamais l'occasion d'être autre chose qu'une poupée bien coiffée et bêtement méchante. Sa relation supposée ambiguë avec Hellboy est si survolée, que c'en est finalement risible. C'est d'autant plus significatif que dans les comics, Nimue est une adversaire de taille.

 

photo, Milla JovovichResident Hell

 

HELLBOY'N THE HOOD

La source du problème est bien au-delà de Neil Marshall et des interprètes, tant ce reboot laisse l'impression d'être passé sous un rouleau-compresseur jusqu'à devenir un produit grisâtre sans âme. Le nouveau Hellboy incarné par David Harbour illustre très bien le problème : l'acteur propulsé par Stranger Things passe son temps à parler très fort pour exister, sans jamais apporter la moindre émotion. C'est particulièrement problématique dans un film bâti sur l'ambiguïté de Hellboy, tiraillé entre son humanité et sa face démoniaque.

Tout semble empilé et donc survolé, avec notamment une utilisation lourde de flashbacks qui casse le rythme. Et aucun personnage n'y échappe. La relation de Hellboy avec son père adoptif (pourtant interprété par l'excellent Ian McShane) se résume à quelques scènes sans saveur, quand Ben Daimio (Daniel Dae Kim) n'est qu'un outil relégué au troisième plan.

C'est encore pire du côté d'Alice Monaghan, plus que sous-exploitée malgré une belle idée de casting avec Sasha Lane, révélation d'American Honey. Sa place dans l'équipe est un brin ridicule, surtout quand le film réduit ses pouvoirs à si peu. En voulant échapper à la dynamique romantique classique, au centre des films de Del Toro avec Liz Sherman (qui était en plus un solide joker en terme de pouvoir), ce reboot se tire une balle dans le pied.

 

photo, David Harbour, Daniel Dae Kim, Sasha LaneSeuls ou ensemble : trois personnages ratés

 

L'ENFER, C'EST LES FAUTES

La moindre des choses était alors de foncer tête baissée dans le spectacle gargantuesque, bête et méchant. C'était la seule excuse à des personnages si creux, et une intrigue si banale. C'était même logique de la part du réalisateur de Doomsday, qui a démontré sa capacité à filmer la violence, la bataille et la sueur ensanglantée.

Là encore, douche froide. Hellboy oscille entre quelques belles choses, des effets spéciaux pas très satisfaisants, et des images proprement immondes. C'est un film où se croisent un gros sanglier humanoïde bien énervé (au maquillage excellent et avec la voix géniale de Stephen Graham), et une espèce de vomi psychique qui fait parler les morts (l'un des idées les plus laides vues sur les écrans hollywoodiens depuis des années).

Neil Marshall essaie bien d'emballer deux scènes d'action spectaculaires (dont une qui sert d'épilogue), construites sur la même idée d'une caméra virevoltante, mais le résultat manque de finesse, et souffre d'une direction artistique pauvre.

 

photoUne séquence à sauver

 

S'il y a bien un moment qui sort du lot, c'est la courte confrontation entre Hellboy et Baba Yaga. Ce personnage de sorcière présent dans les comics donne lieu à un très beau moment, où le frisson le dispute au malaise. Le maquillage est bluffant (signé Joel Harlow), la mise en scène inspirée et l'ambiance, ensorcelante. Mais c'est finalement cette scène marquante qui symbolise le mieux l'échec du film.

Cette parenthèse au-delà du réel n'a aucune autre utilité narrative que de livrer grossièrement un indice à Hellboy, et donc permettre à l'intrigue d'avancer bêtement d'un coup. Et avec son goût plaisant pour les maquillages, les matières, les clairs-obscurs, et ce personnage aussi fascinant qu'affreux, le souvenir de Guillermo del Toro revient de plus belle.

Résumer l'échec de ce reboot à la comparaison avec Hellboy et Hellboy II : Les Légions d'or maudites serait aussi paresseux que simpliste. Ça n'arrange pas l'affaire, mais le vrai problème est ailleurs : Hellboy 2019 est bancal et insipide, et n'a rien à proposer.

 

Affiche française

Résumé

Même sans la comparaison avec les films de Guillermo Del Toro, ce Hellboy 2019 est un raté souvent grotesque. Du gore mais pas de sensations, des gags mais pas de rires, de l'action mais pas d'excitation : le film se cherche sans se trouver.

Autre avis Simon Riaux
Ratage à presque tous les niveaux, ce Hellboy fait d'autant plus mal au coeur qu'il distille par endroit un amour du pulp et du serial qu'on rêverait de retrouver dans un écrin digne de ce nom.

commentaires lecteurs votre commentaire !

TomTom
11/07/2019 à 23:17

Bestiaire très intéressant, surtout la partie avec les 3 géants qui m'a rappelé le film sur Jack le tueur de géants. En plus le film est bien gore, c'est cool.

´?
10/07/2019 à 17:54

Hellboy 3 n'a pas rapport aux 2 premier film alors logiquement il y aurait dû mettre un autre kit que Hellboy 3 parce qu'il y en a jamais regardé le 1er film il y aurait dû mettre le début du 1er film Hellboy apparaître en place d'en faire une nouvelle version

Claude
25/06/2019 à 13:50

Nul inintéressant pas de rire ni de suspense

Da niel
12/05/2019 à 15:01

Bien ke ce soit un reboot et non un 3 eme opus , ce hellboy ( sans ron perlman ) avec des effets speciaux pas tjs reussi reste divertissant et change de toutes ces productions insipides et commerciales que l on voit depuis plusieurs annees ( spiderman est a sa 3eme version !!!)

Virginia Payne
12/05/2019 à 14:19

Plutôt pas mal, narration brouillonne et dialogues de cour d'école, mais bien dans l'esprit d'une bande-dessinée, aucune prétention autre ici. Dommage que Hellboy ai pris la mauvaise décision, car les scènes de destruction de l'humanité entr'aperçues sont assez jouissives.

Stivostine
11/05/2019 à 00:25

3,5* Tres bon divertissement, vulgaire, gore, 2h qui passent à toute allure mais faut pas être super exigent en terme de cinéma

sylvinception
07/05/2019 à 10:52

il est planqué juste derrière Mila Jovobien, regardez de plus près, terrifiant!!

sylvinception
07/05/2019 à 10:50

La preuve...

JohnBarry
11/04/2019 à 12:23

@sylvinception

Ou alors il est sorti beaucoup trop tôt^^

Merci pour la critique. Les bandes annonces ne faisaient pas envie, mais c'est tout de même une petite douche froide.

J'ai découvert les comics l'an dernier et j'ai adoré.
Je sais bien qu'il s'agit d'une adaptation mais le film semble tellement long du matériau d'origine (trop de blagues, persos trop vite expédiés, Harbour qui semble crier pendant tout le film alors que ce n'est clairement pas la personnalité d'Hellboy).

Il donne l'impression d'avoir condensé plusieurs tome en un film de 2H pour être sûr d'avoir le temps de raconter toute son histoire.
Le combat contre la Reine de Sang aurait dû être la conclusion d'un arc plus long. L'histoire avait de quoi faire sur un film rien qu'en développant l'univers féerique, le coté "enquête étrange" et surtout le (très long) passif entre HellBoy et Baba Yaga.

A voir si j'ai la motivation pour aller le voir au ciné, mais la hype, qui n'était déjà pas bien haute, est clairement retombé...

sylvinception
11/04/2019 à 10:16

Je vois plus bas que l'ami Rorov94 n'est toujours pas sorti de l'asile.

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