Hellboy : critique infernale

Geoffrey Crété | 10 avril 2019

Guillermo del Toro en avait tiré deux très beaux films, devait clore sa trilogie, mais le business en a décidé autrement. Hellboy, le héros créé par Mike Mignola, a donc droit à un reboot réalisé par Neil Marshall (The Descent). David Harbour alias le shérif de Stranger Things reprend le rôle de Ron Perlman, et affronte Milla Jovovich en sorcière. Curiosité et fébrilité.

Affiche
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INFERNAL AFFAIR

Il y a eu le deuil de ce Hellboy 3, conclusion prévue des films de Guillermo del Toro où le personnage créé par Mike Mignola devait lâcher l'enfer sur Terre, comme annoncé dans Hellboy II : Les Légions d'or maudites. Retardée, menacée, discutée, cette fin de trilogie a été définitivement enterrée en février 2017. Il n'aura fallu que quelques mois pour que le reboot soit officialisé avec une nouvelle équipe.

Le contexte a du sens face à ce Hellboy 2019, coincé entre redite, remix et réinvention. Mis entre les mains de Neil Marshall, lequel n'a jamais véritablement décollé suite au carton de The Descent en 2005, ce reboot a été piloté par Mike Mignola, plus impliqué que sur les films de Del Toro. D'où un ton voulu neuf, à la fois plus léger et horrifique, qui échoue malheureusement à presque tous les niveaux.

Que l'une des meilleures scènes lorgne ouvertement vers l'univers de Del Toro, et rejoue l'idée de Hellboy qui ouvre les portes de l'enfer sur Terre pour réaliser la prophétie du chaos, en dit long sur l'incapacité de ce reboot à se trouver. C'est d'autant plus frappant que le mariage entre l'univers de Mignola et celui du réalisateur de La Forme de l'eau et Le Labyrinthe de Pan était harmonieux sur les deux précédents films. Au mieux très moyen, au pire grotesque, Hellboy 2019 est un raté.

 

photo, David HarbourDavid Harbour est le nouveau Hellboy

 

LE DÉMON DE L'ENNUI

Neil Marshall était la principale raison d'attendre ce Hellboy avec curiosité, vu sa filmo orientée horreur et spectacle sanglant au cinéma, mais aussi sur le petit écran (Westworld, Hannibal et Game Of Thrones). Mais il y a plus de Dog Soldiers que de The Descent dans ce reboot qui parade avec son Rated R, devenu un argument de vente parfois bien bête.

Certes, il y a des images sanglantes et plus de victimes assumées que dans les blockbusters actuels, mais ça n'est jamais qu'un effet d'esbrouffe. Dans le climax, il y a même une séquence entière de massacre qui peut être entièrement retirée, sans avoir d'incidence sur le reste. Le sang et la violence ne servent pas l'ambiance ou l'univers, mais semblent posés maladroitement pour tenter d'amadouer le public.

C'est à l'image de l'antagoniste, la Blood Queen interprétée par Milla Jovovich. Associée au Z de Resident Evil, l'actrice a montré par le passé qu'elle était capable de nettement mieux en présence d'un bon scénario et d'un rôle digne de ce nom. C'est loin d'être le cas ici, tant cette sorcière médiévale est ridicule.

Look miteux, dialogues sans aucune personnalité, motivations basiques, pouvoirs pas très clairs : Nimue est un ratage dans les grandes largeurs, qui n'a jamais l'occasion d'être autre chose qu'une poupée bien coiffée et bêtement méchante. Sa relation supposée ambiguë avec Hellboy est si survolée, que c'en est finalement risible. C'est d'autant plus significatif que dans les comics, Nimue est une adversaire de taille.

 

photo, Milla JovovichResident Hell

 

HELLBOY'N THE HOOD

La source du problème est bien au-delà de Neil Marshall et des interprètes, tant ce reboot laisse l'impression d'être passé sous un rouleau-compresseur jusqu'à devenir un produit grisâtre sans âme. Le nouveau Hellboy incarné par David Harbour illustre très bien le problème : l'acteur propulsé par Stranger Things passe son temps à parler très fort pour exister, sans jamais apporter la moindre émotion. C'est particulièrement problématique dans un film bâti sur l'ambiguïté de Hellboy, tiraillé entre son humanité et sa face démoniaque.

Tout semble empilé et donc survolé, avec notamment une utilisation lourde de flashbacks qui casse le rythme. Et aucun personnage n'y échappe. La relation de Hellboy avec son père adoptif (pourtant interprété par l'excellent Ian McShane) se résume à quelques scènes sans saveur, quand Ben Daimio (Daniel Dae Kim) n'est qu'un outil relégué au troisième plan.

C'est encore pire du côté d'Alice Monaghan, plus que sous-exploitée malgré une belle idée de casting avec Sasha Lane, révélation d'American Honey. Sa place dans l'équipe est un brin ridicule, surtout quand le film réduit ses pouvoirs à si peu. En voulant échapper à la dynamique romantique classique, au centre des films de Del Toro avec Liz Sherman (qui était en plus un solide joker en terme de pouvoir), ce reboot se tire une balle dans le pied.

 

photo, David Harbour, Daniel Dae Kim, Sasha LaneSeuls ou ensemble : trois personnages ratés

 

L'ENFER, C'EST LES FAUTES

La moindre des choses était alors de foncer tête baissée dans le spectacle gargantuesque, bête et méchant. C'était la seule excuse à des personnages si creux, et une intrigue si banale. C'était même logique de la part du réalisateur de Doomsday, qui a démontré sa capacité à filmer la violence, la bataille et la sueur ensanglantée.

Là encore, douche froide. Hellboy oscille entre quelques belles choses, des effets spéciaux pas très satisfaisants, et des images proprement immondes. C'est un film où se croisent un gros sanglier humanoïde bien énervé (au maquillage excellent et avec la voix géniale de Stephen Graham), et une espèce de vomi psychique qui fait parler les morts (l'un des idées les plus laides vues sur les écrans hollywoodiens depuis des années).

Neil Marshall essaie bien d'emballer deux scènes d'action spectaculaires (dont une qui sert d'épilogue), construites sur la même idée d'une caméra virevoltante, mais le résultat manque de finesse, et souffre d'une direction artistique pauvre.

 

photoUne séquence à sauver

 

S'il y a bien un moment qui sort du lot, c'est la courte confrontation entre Hellboy et Baba Yaga. Ce personnage de sorcière présent dans les comics donne lieu à un très beau moment, où le frisson le dispute au malaise. Le maquillage est bluffant (signé Joel Harlow), la mise en scène inspirée et l'ambiance, ensorcelante. Mais c'est finalement cette scène marquante qui symbolise le mieux l'échec du film.

Cette parenthèse au-delà du réel n'a aucune autre utilité narrative que de livrer grossièrement un indice à Hellboy, et donc permettre à l'intrigue d'avancer bêtement d'un coup. Et avec son goût plaisant pour les maquillages, les matières, les clairs-obscurs, et ce personnage aussi fascinant qu'affreux, le souvenir de Guillermo del Toro revient de plus belle.

Résumer l'échec de ce reboot à la comparaison avec Hellboy et Hellboy II : Les Légions d'or maudites serait aussi paresseux que simpliste. Ça n'arrange pas l'affaire, mais le vrai problème est ailleurs : Hellboy 2019 est bancal et insipide, et n'a rien à proposer.

 

Affiche française

Résumé

Même sans la comparaison avec les films de Guillermo Del Toro, ce Hellboy 2019 est un raté souvent grotesque. Du gore mais pas de sensations, des gags mais pas de rires, de l'action mais pas d'excitation : le film se cherche sans se trouver.

commentaires lecteurs votre commentaire !

JohnBarry
11/04/2019 à 12:23

@sylvinception

Ou alors il est sorti beaucoup trop tôt^^

Merci pour la critique. Les bandes annonces ne faisaient pas envie, mais c'est tout de même une petite douche froide.

J'ai découvert les comics l'an dernier et j'ai adoré.
Je sais bien qu'il s'agit d'une adaptation mais le film semble tellement long du matériau d'origine (trop de blagues, persos trop vite expédiés, Harbour qui semble crier pendant tout le film alors que ce n'est clairement pas la personnalité d'Hellboy).

Il donne l'impression d'avoir condensé plusieurs tome en un film de 2H pour être sûr d'avoir le temps de raconter toute son histoire.
Le combat contre la Reine de Sang aurait dû être la conclusion d'un arc plus long. L'histoire avait de quoi faire sur un film rien qu'en développant l'univers féerique, le coté "enquête étrange" et surtout le (très long) passif entre HellBoy et Baba Yaga.

A voir si j'ai la motivation pour aller le voir au ciné, mais la hype, qui n'était déjà pas bien haute, est clairement retombé...

sylvinception
11/04/2019 à 10:16

Je vois plus bas que l'ami Rorov94 n'est toujours pas sorti de l'asile.

Geoffrey Crété - Rédaction
11/04/2019 à 10:08

@Guillaume

C'est prévu, et parmi les prochaines évolutions du site, car on est les premiers à vouloir que ça revienne !

GuillaumeMT
11/04/2019 à 02:00

Bonjour à toute l'équipe !

Je voudrais juste dire qu'après l'échange entre @chevalier shakka @Geoffrey Crété il serait bien de remettre comme à vos début à la fin de chaque critique les differentes notes de l'équipe. Cela aurait dû sens, car chacun d'entre nous qui vous suivons avons nos propre sensibilité avec chacun d'entre vous ! Et donc peut être que moi jaurais tendance à penser la même chose que @Simon Riaux mais d'autre que @Jonathan Deladerriere

Guillaume.

Geoffrey Crété - Rédaction
10/04/2019 à 16:05

@Chevalier Shakka

Et si on rajoute à ça qu'on a probablement été influencés par les gens qui en parlaient depuis des mois, et par la crainte qu'on soit perçus comme étant contre ce film par principe... Mindfuck.

En tout cas, ravi d'avoir échangé sur ça, et vous avez bien raison de questionner ce que vous lisez, ici ou ailleurs. Mais je suis sincèrement le premier déçu par ce film qui avait de quoi être cool (j'ai quand même été jusqu'à récemment défendre Milla Jovovich car je voulais y croire à son rôle de sorcière...)

Chevalier Shakka
10/04/2019 à 16:00

@Geoffrey Crété

Après il est possible que j'eus été moi-même influencé par le climat autours du film chez vous.
Entre les news et le fait que Del Toro semble plutôt apprécié par Ecran Large... on va dire que j'étais persuadé que vous n'aimeriez pas avant même de cliquer sur la critique.
Du coup, constater que j'avais raison en la lisant et voir le nom du réalisateur Mexicain régulièrement cité tout du long à du influencer mon interprétation... de votre interprétation du film...
Mais là ça commence à être un peu trop méta.

Et je voulais placer un autre mot, mais j'ai mal au crâne maintenant.

Mx
10/04/2019 à 15:57

Clair, faut pas utiliser des termes pareils.

Par ailleurs, personne ne place del toro sur un piédestal, il a ses faiblesses, mais ses qualités.

L'idéal étant de de voir son œuvre avec un esprit critique.

Opale
10/04/2019 à 15:50

@Constantine "C’est quoi ces moutons fascistes qui ne supportent pas qu’on critique Del Toro ?" Il faut faire attention aux termes utilisés ou, pour le moins, en connaitre la signification. Là c'est pas de l'exagération c'est juste idiot!

Geoffrey Crété - Rédaction
10/04/2019 à 15:29

@Chevalier Shakka

Neil Marshall est aussi désigné comme "le réalisateur", et tout ce que je développe sur ce reboot le concerne, sans le citer à chaque phrase.
Dès l'intro, je différencie le facteur "Hellboy 3 enterré dommage" et "Hellboy rebooté", en expliquant que vu les choix narratifs de ce reboot, c'est impossible selon moi de ne pas traiter l’ambiguïté suite-reboot... Ça, plus une scène importante qui lorgne clairement vers Del Toro. C'est un choix de réal ou de prod, qui incite là encore à voir et réfléchir le lien.

Je ne peux que vous dire que j'entends ce que vous dîtes, mais vous assure sincèrement que non, je n'étais pas décidé à rejeter ce film par amour pour Del Toro. Je n'ai pas cherché à me cacher derrière de faux arguments, et si cette critique est plus longue que la moyenne, c'est précisément pour prendre le temps de contextualiser ET décortiquer ce film.

Pour la ligne edito : on n'a aucun problème à assumer et afficher différentes opinions. On nous le reproche régulièrement d'ailleurs, quand au détour d'une news un rédacteur place son avis différent de la critique officielle. On a déjà tiré des vidéos et dossiers autour de cette diversité d'opinions.

Enfin, les lecteurs n'ont pas attendu cette critique pour parler de Del Toro et ses Hellboy. C'est le sujet brûlant sur chaque article depuis des mois, ici et ailleurs, et il est donc logique que ce soit encore plus présent ici... et ça aussi, c'est une raison pour expliquer pourquoi c'était logique et important de traiter franchement cet aspect dans la critique ;)

Pour conclure, je vais placer le mot "gargantuesque", en hommage à Elle Driver. Parce que, pourquoi pas.

Chevalier Shakka
10/04/2019 à 15:15

@Simon Riaux

Attention hein ! Je le répète, mais en soi l'angle de la critique ne m'a absolument pas dérangé.
C'est plus l'idée vendue que c'est fait uniquement pour donner un contexte qui me parait un peu grosse. Si c'était le cas, on l'aurait simplement en introduction. Mais le monsieur est cité régulièrement.
Pour moi le spectre du réalisateur plane quand même pas mal !


@Geoffrey Crété

Bien entendu, la contextualisation est importante, je ne le nie pas !
Mais quand je dis qu'il est cité 7 fois - on est d'accord, le chiffre était juste pour le fun - c'est d'abord pour mettre en lumière le fait qu'il est plus nommé que le réalisateur du film dont il est question ici. Pour moi ça exprime quand même quelque chose.

Que vous soyez moins attaché à Del Toro que d'autres, ça je ne le remet pas en question et veut bien vous croire. Et effectivement vous développez d'autres aspects sans tomber dans le simple comparatif. Mais j'ai quand même eu l'impression que tout ça servait d'abord à soutenir l'idée que c'était quand même moins chouette que les précédents Hellboy... et qu'on a pas eu Hellboy 3 à cause de lui.

Après en ce qui concerne les news, j'entends bien que vous n'en soyez pas l'auteur, mais ça reste la ligne éditoriale du site. Un peu comme maintenant on va dire "Ecran Large n'a pas aimé le dernier Hellboy", même si dans le lot on pourrait peut-être en trouver un qui a adoré (là encore ! Spéculation !).

Enfin bref ! Je ne vais pas radoter plus, vu qu'au fond je n'ai rien contre votre critique que ce soit dans le fond ou dans la forme ! C'était juste pour essayer de comprendre pourquoi au final, les commentaires parlent plus des versions de Del Toro que du film de Marshall.

Quant à l'amertume... en fait ça m'a traversé l'esprit et je me suis dit "Tiens ! J'ai pas l'occasion d'utiliser ce mot souvent'. Bah oui, ça tient parfois à rien.

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