Glass : critique pas Incassable du tout

Geoffrey Crété | 9 janvier 2019 - MAJ : 23/09/2019 18:54

17 ans après IncassableSplit est venu ouvrir une brèche dans le cinéma de M. Night Shyamalan pour créer un univers peuplé de surhommes, avec James McAvoy qui croisait la route de Bruce Willis. Une rencontre qui annonçait un affrontement, lequel s'appelle Glass, en référence au personnage de Samuel L. Jackson. C'est l'un des premiers gros événements de 2019, et ce n'est pas vraiment à la hauteur.

Affiche française
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LES INDESTRUCTIBLES 

Depuis que les notes du thème d'Incassable composé par James Newton Howard ont résonné à la fin de Split, pour annoncer l'apparition de Bruce Willis, bien des esprits se sont échauffés. En quelques instants, M. Night Shyamalan a créé un pont entre ses films, pour que La Bête cohabite avec David Dunn alias l'homme incassable, et Elijah Price alias Mister Glass, dans un univers où l'équivalent de super-héros et super-vilains émergent parmi les hommes. 

Glass (le dernier mot prononcé dans Split) marque la rencontre officielle entre les trois personnages incarnés par Bruce Willis, Samuel L. Jackson et James McAvoy, ainsi qu'une réaction claire à la vague de films de super-héros qui inondent les écrans. C'est largement assumé à l'écran, puisque le trio est enfermé dans un hôpital psychiatrique, sous la surveillance d'une psychiatre (Sarah Paulson) spécialisée dans la mégalomanie qui pousse des gens fragiles à se croire extraordinaires, comme dans les comics.

Autour de cet asile, il y a le fils de David Dunn (toujours interprété par Spencer Treat Clark), Casey (Anya Taylor-Joy) et la mère d'Elijah (Charlayne Woodard), plus ou moins utiles à l'histoire. C'est bien là le problème : si Glass a pour ambition de créer une alternative plus noble au genre, et ouvrir en grand les portes d'un univers original, il semble se perdre en cours de route.

 

photo, James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. JacksonUn décor amusant mais qui dénote

 

LES BELLES ET LA BÊTE

Si Glass porte le nom de scène d'Elijah, le personnage de Samuel L. Jackson mettra du temps à apparaître et s'activer. Le récit s'ouvre ainsi sur Kevin et ses personnalités, encore une fois en plein kidnapping, tandis que le film présente un David vieux et veuf, devenu un "vigilante" option kit mains libres, assisté par son fils. Passé cette introduction qui sert à les réunir, le film erre dans un flou narratif. Shyamalan semble incapable de manier ces trois figures charismatiques et extraordinaires, et jongle avec elles sans direction solide.

C'est le véritable problème du film : son incapacité à créer une dynamique autour des personnages, qui cohabitent sans vraiment coexister, et semblent parfois être dans des films différents. L'idée excitante de les réunir afin de dessiner plus précisément cet univers aux frontières du réel a beau être là, elle n'est touchée que du bout des doigts jusqu'à la fin du film, quitte à remplir une heure d'à peu près rien.

Quand vient le grand climax, c'est là encore un arrière-goût de rendez-vous manqué. M. Night Shyamalan a un talent certain pour ce qui est de créer du sens profond dans ses histoires, et connecter les points jusqu'à révéler au spectateur une vérité cachée dans le tissu de la réalité. Dans Glass, le mouvement est le même, mais le coeur n'y est pas. Les petits twists (au mieux faciles, au pire ridicules) sont amenés de manière grossière et théâtrale, alors même que le film lutte pour décoller. L'envol est stoppé net et le cinéaste semble saboter lui-même son édifice.

 

photo Le mystère Glass

 

AFTER NIGHT 

Si le réalisateur de Sixième SensSignes et Le Village a ses détracteurs, devenus de plus en plus féroces avec La Jeune fille de l'eau et Phénomènes, difficile de ne pas saluer ses talents de conteur et filmeur. Avec un sens du cadrage, du rythme et du découpage parfois inouï, Shyamalan a su inviter le spectateur à visiter des univers au-delà du réel. Mais s'il a de toute évidence repris le contrôle de sa carrière suite au Dernier Maître de l'air et After Earth, il n'a pas retrouvé le panache et la finesse de ses meilleurs films.

Glass en est l'illustration la plus spectaculaire, puisqu'il renvoie directement à Incassable. Comparé à cette merveille d'épure, de précision et de maîtrise, ce troisième volet semble avoir été filmé et écrit par un autre. Il y a bien ça et là des plans impressionnants, des effets parfaitement orchestrés et un sens de la mise en scène omniprésent, mais nulle trace de cette grandeur solennelle et magique, où l'auteur semblait en pleine maîtrise de ses moyens.

C'est particulièrement flagrant dans la dernière ligne droite, où le cinéaste rassemble tous les ingrédients nécessaires sans parvenir à créer un climax réellement palpitant et satisfaisant. Qu'il ait recours à des effets de montage très simplets témoignerait presque d'une perte de foi en son spectateur et son propre cinéma. De la part d'un cinéaste qui a tant soigné la suspension d'incrédulité par le passé, avec un sens du détail flamboyant, c'est suffisamment flagrant pour être un problème.

 

photo, James McAvoy, Anya Taylor-Joy La Bête et la Belle

 

PHENOMÈNES DE FOIRE

L'harmonie manque cruellement à Glass, à tous les niveaux. James McAvoy plonge tête baissée dans une performance à multiples visages, tandis que Bruce Willis reprend sa plus belle mine grise et sérieuse, sans qu'aucun des deux ne parviennent à trouver l'espace pour véritablement exister. Ce n'est guère mieux du côté de Samuel L. Jackson, qui oscille entre ces deux pendants. Tous les autres personnages, de la nouvelle arrivée Sarah Paulson à Anya Taylor-Joy, sont accessoires, et à peine caractérisés. Chaque pièce semble avoir été posée dans un dessein global qui ne prend pas forme à l'écran, ou du moins jamais avec l'ampleur nécessaire.

 

photo, Samuel L. Jackson"J'ai les moyens de vous faire m'écouter"

 

Le décor lui-même semble hésiter entre quelque chose de terre-à-terre et une direction très série B, avec quelques éléments qui dénotent (la fameuse pièce rose, aussi absurde que stylisée) dans un cadre sinon très fade. La cohérence interne est plus que douteuse, les défenses et le personnel mis en place face à la Bête et David étant parfaitement grotesques, tandis que la conclusion vient fragiliser encore plus la mythologie en voulant la nourrir - de manière un brin grotesque.

Et ce n'est pas le discours méta sur les super-héros, trop lourd et répétitif pour le bien du film, qui viendra aider le récit à être à la hauteur. Quand arrive la fin, il y a bien quelque chose de beau qui se passe, et donne à Glass une dimension fabuleuse. La curiosité de voir où l'histoire pourrait continuer est là. Elle rappelle justement la mode des films de super-héros, visée par le film. Ou comment être pris à son propre piège.

 

Affiche française

Résumé

Glass a des ambitions évidentes et excitantes, mais aussi de grosses lacunes en terme d'écriture, et ne parvient jamais à donner du sens et de l'ampleur à la rencontre de ces trois personnages hors-normes. Et si la mise en scène de Shyamalan reste solide, le film laisse regretter la maîtrise et la précision de ses premiers films - notamment Incassable.

Autre avis Alexandre Janowiak
Shyamalan prouve définitivement qu'il est un cinéaste vain dont toute la simili-once de génie qui saupoudrait ses premiers films a clairement été soufflée par sa grande bêtise et sa fausse subtilité. Glass-ant de nullité (tout comme cette vanne on est d'accord mais bon).

commentaires lecteurs votre commentaire !

Coolattitudedu67
23/09/2019 à 15:29

Bonjour, après avoir adoré Incassable je ne pouvais qu'être déçu par ce film bancal qui laisse sur sa faim. Et Bruce qui se fait assassiner dans une flaque d'eau... J'en ai pleuré de rage...

Faurefrc
17/05/2019 à 08:13

Et la musique... celle d’Incassable était magnifique et chargée d’émotions. On y ressentait toute la mélancolie du personnage et le poids du destin qu’il devait embrasser.
D’ailleurs, c’est cette même musique, à la toute fin de Split, qui résonnait et annonçait un film prometteur.

La partition de Glass a été comme une douche froide. Aucun thème marquant ou sublimant les images.

Or, comme le disait si bien Sergio Leone, la musique c’est 50% d’un film.
Que serait Jaws sans la composition de John Williams?

ParaFango
07/02/2019 à 02:16

Moi je suis assez d'accord avec Sylvain. La première partie réunit des personnages plein d'assurance, mis en abîme face aux doutes que le psy assure dans la 2ème partie pour être mis dans une nouvelle lumière. Les personnages sont entraînés dans cette désescalade... nous sommes manipulés comme d'habitude par Shyamalan et on le sait. Et ça y va tout droit, dans l'abîme chercher quel est le plan, chercher les pourquoi, chercher Kevin, chercher le repos du héros... pour les voir enfin s'affronter et les faire enfin s'exposer à la lumière...
Ceux qui ont vu le film comprendront... film méta ? Assurément. Et une excellente conclusion finalement mais qui en laissera les 9/10 èmes sur le carreau.

Sébastien
25/01/2019 à 01:47

Vous avez très bien su expliquer les problèmes du film, qui laisse vraiment sur notre fin. Trop de maladresses, trop de rendez-vous manqués.
Ce qui est somme toute assez marrant, c'est que M.N.Shyamalan a du mal à se retrouver... Tout comme ses personnages.

Benjamin
22/01/2019 à 15:11

Tout à fait d'accord avec cette critique : Shyamalan se prend à son propre piège. Glass se veut une alternative aux Marvel, et s'amuse à déjouer nos attentes autour de l'affrontement final. Pourquoi pas, mais derrière, tout est d'une telle lourdeur. David Dunn, qui dans mon souvenir était un type ordinaire qui apprivoisait peu à peu ses pouvoirs, est ici un vulgaire justicier secondé par son brillant informaticien de fils. Kevin, qui était patiemment introduit dans Split, passe maintenant d'une personnalité à l'autre comme on zappe sur une autre chaîne. Sa relation avec Anya Taylor Joy est maintenant un pur gimmick (un câlin pour résoudre les problèmes). Samuel L. Jackson, érudit dans Incassable, devient un simple commentateur de chaque scène, pour bien nous expliquer le discours méta de Shyamalan. Bref, tout ce qui était fouillé et intéressant dans les deux premiers volets devient une sorte de réchauffé dans le troisième : soit le genre de croisement sans intérêt que l'on peut reprocher à Marvel. Toujours de belles idées de mise en scène, cependant, et un twist assez réussi, mais ça ne fait pas tout.

charlie
22/01/2019 à 13:57

@Sébastien
mdr xptdr lol XD lMAO
Best troll ever

Sébastien
20/01/2019 à 13:59

Excellentissime ! Merci M. Shyamalan, quel plaisir de voir un auteur à son meilleur niveau. Je ne vois aucun reproche à faire, bon équilibre intello/émotion. Vraiment un très grand artisan du cinéma contemporain.

charlie
19/01/2019 à 18:15

Comparé ce bouzin à Incassable j'ai l'impression que ce serait comme comparé Zidane en 98 à Zidane en 2018.. forcement il est moins bon en 2018 qu'en 98, en 98 il était au mieux de sa forme... Du coup est-ce que cela vaudrait le coup un come back en 2018??....

tania
19/01/2019 à 01:23

déçue trois hommes qui se retrouvent dans un asile de fous impossible de voir leur vrai pouvoirs des hommes vieillisants une suite peut etre?

Simon Riaux - Rédaction
17/01/2019 à 18:23

@Sylvain

Je n'ai pas souvenir qu'Incassable ait été mal reçu, qu'il ait surpris, oui, peut-être, mais j'ai plutôt le souvenir d'un paquet de dithyrambes.

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