Suspiria : critique délirium

Mise à jour : 13/11/2018 12:56 - Créé : 7 septembre 2018 - Alexandre Janowiak

Suspiria de Dario Argento est devenu avec le temps une oeuvre culte, sorte de mètre étalon du genre, intouchable et irremplaçable. Lors de l'annonce d'un remake réalisé par Luca Guadagnino et porté par Dakota Johnson et Tilda Swinton, les nombreux fans du long-métrage fantastico-horrifique originel ont donc frémi. Et à dire vrai, le doute était plus que permis concernant l'utilité de ce remake, finalement présenté en compétition à la Mostra de Venise 2018.

Photo Dakota Johnson
101 réactions

CALL ME MOTHER !

Présenter Suspiria comme un pur (ou simple) remake du film de Dario Argento est une grave erreur. Dès ses premières minutes, le film ouvre des perspectives bien différentes de celles du long-métrage originel. Ici, il n'est pas question de garder le mystère sur l'identité maléfique ou magique des professeurs de la prestigeuse école de danse.

Très rapidement, et afin, sans doute, de ne pas pasticher le produit original, le spectateur a très vite conscience de la sorcellerie ambiante menée par ces enseignantes autoritaires et inquiétantes.

 

photo, Tilda SwintonInquiétante et mystérieuse Madame Blanc, alias l'incroyable Tilda Swinton

 

Au fil des minutes, plus qu'une relecture de l'oeuvre du réalisateur des Frissons de l'angoisse, le Suspiria de Luca Guadagnino se dévoile donc plus comme une adaptation plus profonde du livre de Thomas De QuinceySuspiria de Profundis. La structure littéraire du long-métrage, découpé en six actes et un épilogue, n'est d'ailleurs pas une coïncidence mais surtout le mythe des trois soeurs funestes (Mater Lacrimarum, Mater Tenebrarum et Mater Suspiriorum) est au coeur de l'oeuvre de l'Italien.

Le Suspiria de Dario Argento, s'il s'inspirait bien évidemment de la même nouvelle, était surtout un film d'ambiance. Le film porté par Jessica Harper (qui fait un petit caméo dans cette nouvelle adaptation) reposait avant tout sur son esthétique baroque, ses couleurs flashies, ses éclairages hallucinés et la musique terrifiante de Goblin. Ici, Luca Guadagnino s'adonne évidemment à instaurer une ambiance sensorielle puissante mais s'attèle surtout à créer un véritable univers autour du mythe des trois Mater.

 

PhotoMother Tenebrarum, Mother Lacrimarum et Mother Suspiriorum

 

VOX FEMINA

Ainsi, le passé de Susie Bannion est plus fouillé. Son enfance américaine est, par exemple, évoquée à travers quelques rapides flashbacks. L'évolution continue de la jeune femme tout au long des 2h30 du métrage permet également d'évoquer des thématiques importantes : du deuil à l'émancipation sexuelle, du pouvoir à l'inévitable maternité.

Loin de se concentrer uniquement sur son héroïne, le scénario développe durablement les innombrables personnages gravitants autour de la jeune danseuse américaine. Mieux, au lieu de simplement s'arrêter sur le point de vue des élèves de l'école dont ceux de Patricia (Chloë Grace Moretz) et Sarah (superbe Mia Goth), le film se glisse dans l'intimité des professeurs. Un choix permettant d'exposer intensément la guerre interne qui sévit au sein des coulisses de la prestigieuse école et de créer une plus grande tension.

Enfin, la création du personnage du Docteur Jozef Klemperer, joué par le mystérieux Lutz Ebersdorf (qui n'est en fait que Tilda Swinton grimée en vieillard) ouvre également une autre facette du récit. Sa présence permet d'aborder les événements se déroulant dans le monde entourant l'académie de danse. En ligne de mire, ce Berlin des années 70 divisé par son mur, les actes terroristes de la Bande à Baader et les souvenirs douloureux de la Seconde Guerre mondiale et des déportations juives.

 

Photo"Bienvenue à notre école"

 

Cet approfondissement des personnages et cet enrichissement de l'intrigue sont particulièrement intéressants. Indéniablement, tout ce qui tourne autour du mythe des sorcières est des plus captivants. L'élaboration minutieuse de nombreuses personnalités féminines dans le récit insuffle un véritable vent révolutionnaire à SuspiriaLe réalisateur de Call Me by Your Name surfe assurément sur le contexte politique actuel pour livrer une vaste oeuvre profondément féministe et anti-patriarcale.

Ce n'est d'ailleurs sans doute pas anodin si finalement, ce sont les sujets liés au Docteur - le personnage masculin central incarné par une femme, soit le symbole évident d'une oeuvre anti-patriarcale jusque dans sa conception - qui paraissent maladroits. L'ensemble des parallèles historiques établis avec les événements de l'école et ceux se déroulant à Berlin (ou renvoyé au nazisme de la Seconde Guerre mondiale) ne sont pas très opportuns (voire carrément hors de propos).

 

PhotoUne intrigue intéressante autour du Docteur mais des sujets maladroits

 

A BIGGER INFERNO

Malgré ses quelques stries, le scénario plus approfondi et élaboré de David Kajganich apporte donc une vraie valeur ajoutée à ce faux-remake. Et au-delà d'accroître le mythe surnaturel, le réalisateur italien propose un travail exceptionnel derrière la caméra. S'il préfère une photographie austère et grisâtre à celle colorée et lumineuse de l'oeuvre d'Argento, Luca Guadagnino emprunte énormément au maître du Giallo pour la mise en scène de son Suspiria

Le cinéaste joue ainsi de cadrages déconcertants, d'effets de lumières sophistiqués et d'un montage ultra-rapide pour créer une tension permanente et grandissante. Puis, il s'appuie logiquement sur la musique composée par le chanteur de Radiohead, Thom Yorke (à la fois primitive et onirique) et surtout une ambiance sonore organique terriblement angoissante.

Par conséquent, des séquences de découvertes macabres (dont une dans les recoins cachés d'une salle de cours) à une scène de danse d'une violence inouïe (malheureuse Elena Fokina) en passant par les cauchemars extatiques de Susie, Suspiria recèle de sublimes trouvailles visuelles et acoustiques.

 

photo, Dakota JohnsonDakota Johnson est parfaite dans le rôle de Susie

 

Un festin esthétique qui atteint son apogée lors d'un ultime acte d'une radicalité affolante. Cette séquence démentielle (à tous les niveaux) plonge le spectateur dans l'inconfort, où une violence sanguinaire et frénétique se mêle à une forme de fascination morbide envoûtante et ensorcelante. 

Un parti-pris extrême qui divisera forcément le public, entre ceux qui se laisseront emporter ou hypnotiser et ceux qui n'y verront qu'une esbrouffe grotesque et grand guignolesque.

En tout cas une chose est sûre, ce grand final (et l'ensemble du long-métrage) est l'occasion pour Dakota Johnson, interprète de Susie, de prouver son talent incontestable d'actrice (tout comme Tilda Swinton confirme son talent de caméléon). Dommage cependant que seul Luca Guadagnino, qui l'avait déjà magnifiée il y a deux ans dans A Bigger Splash, réussisse à tirer profit de la jeune comédienne au cinéma.

 

Affiche française

Résumé

Suspiria est un mythe brillant, une expérience viscérale folle et un sublime complément de l'oeuvre culte de Dario Argento.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Dario De Palma 16/11/2018 à 00:04

Un film boursouflé dans son contenu et léthargique dans sa forme.

Le scénario part dans toutes les directions, avec notamment un arrière-plan historique, d'une grande lourdeur (voire gênant sur le final) , faute d'écriture rigoureuse le rythme patine sur deux longues heures avant de virer à un délire de pure série Z incroyable et hilarant lors du dernier "chapitre" à base de sorcière grassouillette à lunettes, d'éclats gore sortis du Peter Jackson bricolo rigolo des débuts, de filtres et de ralentis hideux..une .catastrophe.

Il reste quand même des scènes de danse joliment exécutées qui laissent à penser que Luca Guadagnino aurait dû se contenter de faire de "Suspiria" un film musical sans chercher à lui donner une profondeur factice et à essayer de retrouver les caractéristiques du film d'Argento ( beauté de l'image, ampleur du cadre, concision de la narration, sens de l'atmosphère et talent pour créer l'effro), qualités hélas totalement absentes de son remake.

Alan Smithee 15/11/2018 à 09:07

J'ai vu le film et je n'ai pas aimé, je me suis ennuyé.
Le film est visuellement morne, la musique n'est pas mémorable et le film développe des thèmes qui n'ont rien à voir avec la trame principale et ne sont pas aboutis. Les actrices et sont bonnes et une scène de danse m'a marqué mais sinon non je n'ai pas aimé, ce film ne m'a même pas mis en colère et c'est tant mieux ça veux dire que je ne le déteste pas.
De toute façon c'est qu'un film.

@Dario De Palma

Sans vouloir être méchant mais ta comparaison avec Blade Runner 2049 est mauvaise.
Blade Runner 2049 n'est pas un remake et le film est construit en se bâtissant sur les thèmes du premier film et il les étend. Le film n'est pas non plus explicatif à aucun moment il casse le mystère du premier film et ses intrigues. Blade Runner 2049 n'est pas <<gris>> non plus le film est très coloré (la scène de Las Vegas, le QG de Wallace, la scène avec l'hologramme, toutes les scènes urbaines...). C'est aussi un film qui contrairement au remake de Suspiria réussit à être un trip visuel comme le suspiria original mais avec une esthétique différente.

Geoffrey Crété - Rédaction 13/11/2018 à 12:55

@sylvinception

Vous ne devez pas avoir vu A Bigger Splash pour parler de frigidité et non-talent alors.

sylvinception 13/11/2018 à 12:41

Dakota la frigide dans un bon film ?? Avec un bon rôle, dans lequel elle serait "parfaite" en plus ??
Noel est en avance cette année, c'est un miracle!!

Vikram 11/09/2018 à 17:54

Réaction primaire face à une phrase complexe dans une critique d'un film qu'on n'a pas très certainement pas encore vu : "faut arrêter la fumette".
Degré zéro de réflexion et intérêt niveau communication.

TicEtTac 09/09/2018 à 20:53

@Babar77

"le fait que ça soit unanimement acclamé n'est à mes yeux pas un argument du tout. On peut y voir suivisme, mimétisme comportemental et conjecture."

C'est en tout cas plus un argument qu'un avis solitaire.Et le reste de la phrase n'est que de argumentation e quelqu'un qui n'est pas d'accord. De toute faRaon, cette quasi unanimité vient également de personnes dans le métier du cinéma, de personnes de références dans la matière et ps de vulgaires internautes inconnus comme nous. Tu parles de suivisme comme un complotiste parle de conspiration aprce que les "autres" ne sont pas d'accord avec lui, il faut juste que tu te rende compte que ti n'a pas aimés ce film malgré ses qualités et tu ne lui ôtera pas ces qualités, tout comme comme moi je n'ai pas aimé, par exemple Avatar, mais je ne peu pas lui retirer ses qualités... Peut-être qu'au lieu de te poser la questions pourquoi ce film "quelconque" a été autant apprécié, il faut te poser la question pourquoi tu n'as pas vu ses qaulités, c'est ce que j'ai fait aptrès m'être fermement ennuyé à Avatar, je n'aime toujours pas le film, mais je vois pourquoi les gens l'ont aimé et aussi pourquoi moi je ne l'ai pas aimé, et cela n'a rien à voir sur le fait que cela soit un mauvais film, mais une question de gouts... et nos gout n'ont rien à voir avec la qualité d'un film.

Qualopec 09/09/2018 à 02:00

@Babar

Ton besoin de catégoriser ceux qui selon toi aimeraient artificiellement ce film, relève également d'un besoin d'appartenance sociale, et a une valeur socio-comportementale. Puisque tout le monde aimerait ce film (alors que plein de monde n'y a pas été sensible et qu'il a été critiqué par un paquet de gens dès sa sortie, mais passons), y'a forcément un truc qui cloche. La réaction limite agressive face à un film "unanimement" aimé, qui vise à le replacer parmi d'autres oeuvres pour la rabaisser à un niveau normal voire inférieur, relève d'un réflexe classique, pour contrebalancer un phénomène.

Babar77 08/09/2018 à 23:13

@Atréides
je ne peux rien te dire de plus que ce que je t'ai déjà dit en toute bonne foi.
@TicEtTac
le fait que ça soit unanimement acclamé n'est à mes yeux pas un argument du tout. On peut y voir suivisme, mimétisme comportemental et conjecture.
Mais je le répète, chacun est libre d'y voir un chef d'oeuvre ou simplement un bon film.
Pour ma part, j'aurais eu le meme avis sur le film s'il avait été question d'un couple d'hétéros ou de labradors. ça n'est pas la question gay qui me gene. Ce qui me parait artificiel et démesuré c'est qu'un film si quelconque (à mes yeux) soit si unanimement acclamé. C'est justement ça qui a eveillé mes soupçons (ça n'est pas le seule film d'ailleurs). Pour l'expression "intello branché parisien" ça n'a pas de valeur géographique mais socio-comportementale. J'aurais tout aussi bien pu dire "intello branché berlinois ou londonien etc "
Je pense juste que l'adhésion artificielle à une oeuvre répond souvent plus à un besoin d’appartenance social qu'à autre chose.

Atréides 08/09/2018 à 20:23

@Babar

Et moi, je te répète que ton premier commentaire n'avait pas juste l'allure d'un "avis", mais d'un message agressif gratuit, qui semble sorti de nulle part, comme pour régler des comptes avec je ne sais quoi ou qui. C'est bien ton droit de venir dire ce que tu veux, mais comme on est dans un espace d'échange, je te signale que ça aurait été bien plus intéressant et constructif que tu dises en quoi tu n'aimes pas le film par ex, plutôt que faire ton procès d'intention à l'aveugle. C'est mon avis. Sortir les étiquettes et ressortir ces vieux clichés de bobos parisiens intellos vs les autres, c'est très paresseux, et ça a surtout le "mérite" de faire dans l'agressivité, la simplicité, et évite de parler de l'essentiel - le film.

TicEtTac 08/09/2018 à 20:17

"Babar77

Sauf que Call me by your Name n'est pas qu'un succès parisien mais mondial, que la qualité de réinterprétation et de la mise en scène a été saluée partout dans le monde. Côté gay, rien d'articifiel puisque les premiers concernés ont apprécié le film. Des belles histoires d'amour d^hétéros il y en a eu des centaines de saluées par la critique et le public alors NON, pour une fois que c'est une histoire homo, il ne faut pas dire que c'est grâce ou alors c'esgt que vous avez un parti prix à cause de cela. Vous vous êtes ennuyé, OK, mais il s'agit d'une question de gout, pas une question de qualité du film.

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