Free Fire : critique surarmée

Simon Riaux | 15 mai 2017

Difficile de cerner Ben Wheatley, réalisateur britannique alternant entre malice prodigieuse (Kill ListTouristes), théorie un peu fumeuse (English Revolution), ou ambition mal digérée (High Rise). Metteur en scène doué, il prend manifestement autant de plaisir à brouiller les pistes au gré d’une carrière protéiforme qu’à mettre en scène ses morceaux de bravoure filmique. Avec Free Fire, il revient à un dispositif plus simple qu’à l’accoutumée, sans s’interdire une certaine sophistication.

 

Affiche
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SHOOT TO KILL

Une troupe de pieds nickelés se retrouvent dans un entrepôt à l’occasion d’une vente d’armes. Sauf que rien ne se passe comme prévu et que tout le monde se retrouve à se tirer dessus, transformant une formalité commerciale en une lutte fratricide pour la survie du plus fort. L’argument de ce Free Fire en serait presque rachitique s’il n’était pas entre les mains de Ben Wheatley. Car si son récit ne pète jamais plus haut que son pitch et se refuse à rompre l’unité de temps, de lieu ou d’action, il permet à son auteur d’interroger frontalement une figure fondatrice du cinéma d’action.

 

Photo Cillian Murphy, Michael Smiley, Sam RileyCillian Murphy, Sam Riley et Michael Smiley 

 

Du duel au Mexican Stand-off, des vols planés de John Woo sans oublier la déforestation de Predator, la fusillade et l’iconisation de l’arme à feu sont des éléments centraux du cinéma d’action, et par extension de tout un pan du cinéma populaire. En choisissant de faire de cet item l’alpha et l’oméga de Free Fire, Wheatley se met au défi de raconter une histoire, de caractériser des personnages et in fine de sortir du simple exercice de style, en revenant à un concept de cinéma basé uniquement sur l’énergie cinétique, sur un ballet de corps (désarticulés) en mouvement.

Avec un humour tantôt bas du front, tantôt grinçant, il revisite toutes les facettes de la confrontation armée, nous rappelle que derrière ses airs de petit malin parfois agaçant, il demeure un technicien solide doublé d’un cadreur à l’inventivité aussi redoutable qu’une grenade à fragmentation.

 

Photo Cillian Murphy

 

AFFREUX, SALES ET BLINDES

Alors que Free Fire se mue progressivement en un cartoon cruel, le metteur en scène n’oublie pas de laisser le champ libre à ses comédiens. Si sur le papier la majorité des protagonistes sont très grossièrement caractérisés, il laisse le soin à chacun d’exprimer, par son corps, le tempo interne de sa propre mécanique corporelle, une partition intime étonnante. Ainsi, tandis que progresse l’intrigue et que les carcasses s’accumulent, que tous nos anti-héros en sont réduits à ramper pour échapper aux balles, il offre à chacun un espace d’expression, claudiquant et cocasse.

Entre la comédie burlesque, le ballet et la corrida déviante dopée à la cordite, Wheatley soigne des personnages stéréotypés mais incarnés. On se surprend même à éprouver une tendresse sincère pour le duo mal assorti composé par Cillian Murphy et Brie Larson, tandis que l’abattage colossal d’Armie Hammer permet régulièrement au métrage de gagner en légèreté.

 

Photo Armie Hammer

 

LA MORT VOUS VA SI BIEN

Au final, difficile de ne pas tomber sous le charme de cette mauvaise troupe assoiffée de violence, malgré le surjeu embarrassant de Sharlto Copley, ou l’écriture trop légère de certaines articulations dramatiques. C’est que Ben Wheatley rappelle ici que c’est à partir des canevas les plus simples qu’il parvient à développer les univers les plus sophistiqués.

C’est donc un régal pervers, parfois émouvant, que cette danse de la mort, où les corps sont malmenés, troués, brûlés, écrasés, au rythme pétaradant d’un mixage sonore démentiel, oscillant entre l’ultra-réalisme balistique et une stylisation efficace.Simultanément pur délire hargneux et bonheur de cinéphile référentiel, le film prend le risque de faire passer la joie mauvaise de voir d'abominables salopards s'entretuer avant l'empathie. Un choix remuant, mais qui empêche le récit de nous toucher en plein coeur.

 

Photo Brie LarsonBrie Larson

 

L’exercice de style est divertissant, souvent brillant, mais on regrettera qu’il ne parvienne pas toujours à embrasser la mélancolie que sous-entend son scénario, ainsi que les choix musicaux qui nimbent le récit dans un spleen souvent trop plaqué. Il y avait avec Free Fire l’occasion de livrer le shooter ultime et une belle réflexion sur la déliquescence des liens humains. On se contentera de cette fusillade follement cinégénique.

 

Affiche

 

Résumé

Ben Wheatley s'amuse comme un sale gosse à étendre à l'infini la figure de la fusillade, à l'occasion de cette série B pétaradante, à laquelle manque juste une émotion plus calibrée.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Jeihvkzhbeb
30/05/2019 à 00:28

Je gueule

Angelssen
15/06/2017 à 11:18

J'ai trouver vraiment bien puis au bout d'un moment le concept s’essouffle un peu quand même ...

Matt
14/06/2017 à 16:06

Un bon exercice de stye que ce Free Fire. Ben Weathley sait se montrer vachement éclectique.
Le casting est vraiment bon notamment Michael Smiley déjà présent dans Kill List.
Par contre, je crois bien qu'il y a une coquille dans légende sous la 1ère photo de votre article. Au centre il s'agit plutôt du comédien, Sam Riley.

sylvinception
16/05/2017 à 15:23

@sparda si t'as kiffé High Rise, c'est ton problème mon garçon.

Zumbi
16/05/2017 à 09:41

La belle Brie Larson amée d'un shotgun ... c'est mon genre de film

sparda
16/05/2017 à 09:37

Ah la la, ces avis péremptoires à base de "le reste de sa filmo est mauvais", c'est tellement savoureux de voir des gens se penser si intelligents...

Sess
15/05/2017 à 21:47

A part le puissant Kill List, le reste de sa filmo est mauvais... Je me méfie.

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