Peshmerga : Critique belliciste

Créé : 8 juin 2016 - Simon Riaux

Devenu à force de contresens, d'erreurs grossières et d'approximations un véritable running gag éditorial, Bernard-Henri Lévy a la générosité de sévir également sur grand écran. Après l'hilarant Serment de Tobrouk, l'artiste-philosophe-auteur-lobbyiste guerrier nous revient avec un film documentaire consacré aux combats menés par les Pershmergas contre Daesh le long des 1000 kilomètres de frontière Syrienne qui les séparent.

critique
6 réactions

 

Tout d'abord reconnaissons que BHL a probablement écouté les reproches émis à l'encontre de son délirant film justifiant le démantèlement improvisé de la Libye à coups de missiles. En effet, le réalisateur ne passe ici que très rarement devant la caméra et semble beaucoup plus attentif à ne pas cannibaliser son film et son propos. Ainsi, le dispositif de mise en scène, relativement efficace et maîtrisé, se montre régulièrement pourvoyeur d'images fortes, voire de scènes (à l'image de l'introduction) à l'impact indiscutable, le tout enrobé à coups de drones avec un petit côté La Guerre vue du Ciel.

Pershmerga

Mais si l'écueil du grotesque est assez largement évité par BHL, son Pershmerga se vautre dans à peu près tous les pièges que lui tend son sujet. Tout d'abord car si l'auteur est rarement présent à l'écran, sa voix, elle, ne quitte pour ainsi dire jamais le spectateur. Et le commentaire compassé, souvent trop appuyé, quand il n'est pas lénifiant, du réalisateur tient plus de l'invitation à l'automutilation que de la perspective philosophico-poétique. On a bien du mal à rester focalisé sur les évènements et personnages qui nous sont montrés, tant son ton monocorde et sentencieux paraît vouloir nous en éloigner.

Mais le véritable problème du film, dont on ne comprend pas comment et pourquoi il a bien pu être sélectionné à Cannes, qui plus est à l'improviste, demeure sa dimension terriblement putassière. Jouant sur un sentimentalisme parfois ridicule, BHL n'hésite pas à faire des hommes et femmes qu'il croise des personnages, traités comme des héros de fiction. Et le poète de nous murmurer, alors qu'apparaît à l'écran un beau et courageux « général aux cheveux blancs », combien il est en proie à un mauvais pressentiment. Quelques minutes plus tard, sa caméra captera la mort au front du soldat, dans une séquence délirante, où la mort bien réelle d'un homme jetée au visage du spectateur est utilisée comme événement de suspense.

Pershmerga

On se désole devant la fascination – sans doute involontaire – du film pour le combat, pour la guerre, qui transpire dès que la caméra fixe d'interminables raz de marée de flammes, magnifie les mortiers dégueulant leurs munitions. C'est que Pershmerga déploie une fascination malvenue pour ses protagonistes, jouant la carte de la propagande pro-Kurde à fond les ballons. Un parti pris respectable en tant que tel, mais que le film n'assume jamais, préférant se réfugier derrière la posture illégitime du documentaire.

En sus, le général Barzani y est dépeint comme un héros de guerre sans nuance, à la limite du bon samaritain. Lorsque l'on connaît les ambiguïtés de la famille Barzani, notamment son accaparement total des ressources pétrolières, son utilisation d'un islam peu modéré, son aversion des Kurdes Syriens YPG, ses liens douteux avec la Turquie et les Etats-Unis et son enrichissement personnel, il y a de quoi se poser des questions sur le fond du sujet. BHL serait-il (encore) là pour servir quelques intérêts pro européens ?

Pershmerga

Un film qui est censé analyser un peuple aussi emblématique que celui des Peshmergas devrait tout autant se poser les questions sur les volontés lointaines de l'appareil militaire qui y est dépeint. Ici, rien ne vient interroger une propagande locale bas du front, une utilisation des soldats tout azimut, un état d'esprit quasiment sectaire et un financement international quelque peu douteux. Daesh, en ennemi invisible n'y est d'ailleurs jamais décrit autrement que comme l'ennemi à abattre, servant un propos simpliste et orienté. Ce ne sont là que de simples exemples, mais le squelette du documentaire tient sur cette démarche unique et démontre tout l'artifice du procédé.

Enfin, il n'est pas interdit de rire (très) jaune quand Bernard-Henri Levy, comme ivre de lui-même et de son film décrit « chute prochaine de Daesh ». Pour une oeuvre tournée en septembre dernier, soit plusieurs mois avant les massacres de Paris et de Bruxelles, voilà qui relève d'un sens de l'Histoire et d'une rigueur intellectuelle pour le moins limités.

Texte co-signé avec Chris Huby.

Résumé

BHL évite l'écueil du ridicule, patent dans son Serment de Tobrouk, mais s'enferre une nouvelle fois dans une pseudo-émotion lénifiante et un manichéisme douteux.

commentaires lecteurs votre commentaire !

drocmerej 12/06/2016 à 15:56

Le BHL bashing a de beaux jours devant lui. Je pense qu'il faut nuancer. Effectivement BHL a su écouté et ne se met plus en scène. Son film a par ailleurs de très bonnes critiques également, y compris de la part de ceux qui qui l'ont beaucoup malmené dans le passé.

Sur le fond je pense que c'est votre critique qui manque de nuances. En effet BHL dit (en interviews notamment) que si l'ennemi est clairement identifié, les choses sont extrêmement compliquées de l'autre côté et n'a pas je pense cette vision simpliste que vous lui attribuez.
Enfin votre conclusion : "(...) un sens de l'Histoire et d'une rigueur intellectuelle pour le moins limités" me semble aussi un peu facile.
Le recul de Daesh (en crise notamment économique) est une réalité et sa chute n'est pas impossible même si elle n'est peut être pas pour demain. C'est une vision qui est partagée par beaucoup d'intellectuels, y compris APRES les attentats, qui ne viennent pas démentir cette théorie. Une organisation peut tout à fait être en crise et malheureusement faire preuve de coup d'éclat (dans le sens médiatique du terme).

Il n'y a pas de vérité absolue mais en revanche il me semble qu'il y a des commentaires qui ne font que reproduire mécaniquement (et sans recherches personnelles) ce qu'il semble bon ton de penser. Quand la coupe de cheveux ou la chemise de l'intéressé devient un argument, il n'y a plus de discussions possibles.
Je respecte la critique et le point de vue d EL bien sûr, et j'espère ne pas susciter de commentaires agressifs !

Jeanine 24 12/06/2016 à 15:48

Je partage totalement les opinions de DED et ALIX84 sur ce docu. Dommage que Christophe de Ponfilly ne soit plus de ce monde.Le nombrilisme de BHL n'abuse personne.

Alix84 09/06/2016 à 21:24

Ce qu'il écrit est une insulte au papier... ce qu'il tourne est une insulte à la pellicule, ce type est une insulte à l'air qu'il respire.
C'est le comble du comble du vide, le néant... ce pseudo-intello et pseudo-humaniste plein d'un maniérisme qui se voit jusque dans sa coupe de cheveux est à la fois l'incarnation du mensonge et de l'imposture...

Ded 09/06/2016 à 14:01

Hélas, le philosophe (?!) va-t'en-guerre, érigé depuis longtemps en chef de file de la pensée creuse, ne semble pas à une contradiction près... Qu'il jouisse pleinement de sa fascination morbide pour le chaos en imprimant des images choc sur pellicule afin de se pâmer d'aise à leur vision, tout en se berçant au doux son de leur narration... Moi je jouis du fait de ne rien attendre de ses élucubrations pseudo-humanistes et d'un narcissisme consommé...

2flicsamiami 09/06/2016 à 09:29

"Quelques minutes plus tard, sa caméra captera la mort au front du soldat, dans une séquence délirante, où la mort bien réelle d'un homme jetée au visage du spectateur est utilisée comme événement de suspense."
Venant d'un type qui critique ouvertement la représentation "spectaculaire" de la Shoah dans La Liste De Schindler, cette séquence a de quoi surprendre.

Adoy 08/06/2016 à 22:29

Sale pourriture....de navet indigest

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