Kubo et l'armure magique : Critique envoûtée

Christophe Foltzer | 20 septembre 2016

Depuis ses débuts, le studio Laika enchaine les projets atypiques et casse-gueules, que ce soit Coraline, L'Etrange pouvoir de Norman ou encore les Boxtrolls. Mais avec Kubo et l'armure magique, il affiche une ambition inédite jusqu'à présent. Et ça lui réussit plutôt bien.

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Kubo est un jeune garçon borgne qui vit avec sa mère malade dans une caverne face à la mer. Armé de son shamisen (instrument de musique japonais traditionnel), il joue tous les jours sur la place du village voisin pour gagner sa croûte en donnant vie par sa musique à des origamis qui illustrent son histoire. Avec pour consigne de rentrer avant la tombée de la nuit. Hors un soir, évidemment, il enfreint cette règle et deux créatures malfaisantes apparaissent et détruisent le village. Pour arrêter les agissements du Roi Lune, Kubo va devoir retrouver trois pièces d'armure ayant appartenu à son défunt père. Mais il ne sera pas seul dans sa quête puisqu'il sera accompagné de Madame Singe, figurine venue à la vie par l'ultime sort de sa mère, et de Scarabée, guerrier amnésique victime d'une malédiction.

 

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C'EST L'HISTOIRE DE LA VIE

Ce bref résumé sans spoilers indiquera d'emblée aux lecteurs les plus éclairés la véritable nature du film : le récit initiatique. Et Kubo répond aux moindres codes de ce genre d'histoires où il est question d'arrachement à l'enfance, de découverte de soi et de transcendance de ses origines. De ce point de vue, Kubo remplit son cahier des charges et se montrerait presque trop bon élève puisque, pour qui connait le genre, il respecte la moindre obligation à la lettre, au point de sacrifier à quelques lieux communs. Héros torturé au passé mystérieux, check ! Sidekicks opposés et donc complémentaires, check ! Grosse révélation qui lie le héros à son destin, check ! Nous y retrouvons les lieux communs, devenus clichés avec le temps, que l'on voit aussi dans Star Wars et Le Seigneur des Anneaux ou tout autre récit initiatique et mythologique. Mais limiter Kubo et l'armuge magique à ce simple postulat  serait une lourde erreur. Car, voyez-vous, Kubo transcende rapidement le genre et devient une vraie leçon de vie symbolique.

 

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Si l'amateur prévoiera les moindres rebondissements de l'intrigue à l'avance, il se laissera par contre totalement embarquer dans cette initation symbolique extrêmement forte et émouvante qui ne parle que de découverte de soi et de l'équilibre nécessaire à trouver entre ce que l'on est, d'où l'on vient et ce que l'on attend de nous pour enfin s'accomplir. A travers ses péripéties, le film ne parle que de ça : du poids du passé, de ce qu'il laisse en nous et ce que l'on doit en garder pour avancer. Une leçon philosophique et psychologique que l'on n'attendait pas forcément dans un film pour enfants et que nous n'avons plus vu de manière aussi maitrisée sur un écran depuis fort longtemps. Le tout enrobé dans un récit dark et mélancolique qui ne surprendra pas les fidèles des productions du studio.

 

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Conjuguant le meilleur des Miyazaki, du Disney des grands jours et des Pixar que l'on aimerait un jour retrouver, Kubo et l'armure magique parle de la vie, de la mort, de l'amour et de l'identité sans prendre de gants, ce qui est suffisamment rare aujourd'hui dans les dessins animés destinés à la jeune génération pour être noté. Par bien des aspects, il rappelle le cinéma de Don Bluth de la grande époque sans pour autant être aussi hardcore (toutes proportions gardées évidemment) qu'un Brisby et le secret de Nimh, mais nous n'en sommes pas très loin. Et ce n'est pas l'accumulation de séquences spectaculaires, de moments enchanteurs et d'autres instants inoubliables qui nous prouveront le contraire. D'autant que si en apparence, ces moments semblent un peu forcés par certains, ils sont totalement justifiés du point de vue de la psychologie du héros et de son parcours intérieur et s'insèrent donc parfaitement dans ce que nous raconte le film, une fois que nous avons dépassé son premier niveau de lecture (en gros, chercher l'armure avec des animaux rigolos).

 

Photo Kubo

 

UN FESTIVAL TECHNIQUE

Fidèle à la ligne éditoriale du studio, Kubo met encore à l'honneur le mariage heureux entre la stop-motion et les CGI mais fait passer ces techniques à l'étape supérieure. Après une scène d'introduction fantastique et hallucinante, le film déroule ses prouesses technologiques avec une aisance et un naturel déconcertants. Jamais nous n'avons vu de l'animation image par image aussi fluide et audacieuse dans sa mise en scène, jamais nous n'avons assisté à pareil spectacle de marionnettes, à tel point que nous nous demandons plusieurs fois durant le film si nous ne voyons pas des doublures numériques. Un tour de force qui prouve bien à quel degré de maitrise sont arrivés les artistes du studio Laïka (Coraline, L'Etrange pouvoir de Norman, Les Boxtrolls), et qui annonce un avenir particulièrement passionnant.

 

Photo Kubo 2

 

Mais toute cette technique ne serait rien sans la grande humanité et l'énorme sensibilité qui se dégagent de l'ensemble. Entre une direction artistique complètement folle et enchanteresse, une musique magnifique et envoûtante, un casting vocal exemplaire (Rooney Mara, Charlize Theron, Matthew McConaughey et Ralph Fiennes au top) et la mise en scène pertinente et inspirée de Travis Knight, Kubo et l'armure magique compense ses relatives facilités pour nous offrir un spectacle incroyablement touchant, qui nous en met plein la tête du début à la fin et nous laisse sur le carreau avec des étoiles et des larmes dans les yeux.

Vous l'aurez compris depuis le début de cette critique, Kubo est l'un des évènements de la rentrée, voire de l'année. Un film comme ça ne se manque pas, c'est interdit, courez le voir, vous ne le regretterez pas.

 

 

Résumé

Classique et basique en apparence, Kubo et l'armure magique est beaucoup plus que cela et ne tarde pas à le prouver. Tour de force technologique autant que récit initiatique d'une justesse troublante, il ne prend jamais son public pour un imbécile et n'hésite pas à explorer ses recoins les plus sombres pour atteindre sa vérité. Un film à ne pas manquer qui, en plus d'être un voyage bouleversant, est probablement l'une des plus grandes réussites de cette année.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Annatune
20/09/2016 à 23:34

@philmencre @Kiddo

Bien d'accord !
Quand je vois la quasi unanimité face au Monde de Dory, qui me semble très film-à-formule, je repense à la sortie trop discrète de Paranorman.... et ne comprends pas.
J'attends juste une audace narrative à la hauteur de l'ambition visuelle (Les Boxtrolls m'a de ce côté pas mal déçu).

Mais quand on voit le box-office de Kubo aux US, alors que la presse est excellente, y'a de quoi désespérer...

Kiddo
20/09/2016 à 19:22

@Philmencre
Absolument..
Laika est tres loin devant la concurrence aujourd'hui.
Sur la forme, les avis divergeront car la methode old-school pourra en rebuter qquns (un vrai dommage car le stop motion a ce niveau genere une telle poesie..) mais sur le fond, il n'y a pas photo...

philmencre
20/09/2016 à 16:02

Enfin, je suis impatient depuis que j'ai su que Laïka préparait ce film. Tous, absolument tous leurs films sont des merveilles de maitrise technique certes, mais aussi (et surtout) de poésie, d’intelligence et de beauté. Un régal autant pour nos rétines que pour nos sens et notre cerveau. Le meilleur studio d'animation à mes yeux (émerveillés) avec Ghibli.

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