Tu ne tueras point : Critique de la résurrection de Mel Gibson

Simon Riaux | 6 octobre 2016

Devenu à force de scandales un infréquentable de la coterie Hollywoodienne, Mel Gibson a patiemment préparé son retour derrière la caméra. Pour Tu ne Tueras Point (Hacksaw Ridge), il renoue avec les thématiques, voire les obsessions, qui forment le corpus de son cinéma violent et inspiré.

 

Affiche
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CECI EST MON SANG

Hacksaw Ridge se penche sur le destin de Desmond Ross, premier objecteur de conscience de l’armée américaine à avoir reçu les plus hautes distinctions militaires à l’issue de la seconde guerre mondiale. Refusant de tuer et donc de porter une arme, le soldat Doss s’illustra en sauvant des dizaines de ses camarades blessés au front, s’imposant comme un modèle de courage.

Hanté par les figures du sacrifice et de l’Eden perdu et du sacrement rédempteur, l’œuvre de Gibson est depuis L’Homme sans visage, sa première réalisation, une odyssée en forme d’exégèse christique. Son nouveau film ne déroge pas à la règle, puisqu’il fait de son héros, parfaitement incarné par Andrew Garfield un pénitent, souillé d’un péché originel qui cherchera l’absolution dans un don de soi total. Enfant, Desmond manque de tuer son frère aîné à l’occasion d’une banale dispute. Marqué, il n’aura de cesse de se purifier et de racheter ses frères humains.

 

Photo Andrew Garfield

 

Cette faute primitive est pour Gibson l’occasion de démontrer sa maîtrise de la symbolique, non seulement chrétienne, mais également du fonctionnement du Septième Art en tant que réseau d’images, résonnant les unes avec les autres. De la brique qui faillit tuer son aîné, Desmond fera l’instrument du sauvetage d’un garçon, du sang versé, une armure et une eau baptismale dont il tentera jusqu’à la fin du film de renaître.

Ainsi, Tu ne tueras Point se veut, à la manière d’Apocalypto, ou de Braveheart, la quête effrénée d’un cœur pur et primaire non pas d’échapper à la barbarie, mais de la transcender. Ceux que la mystique catholique rebute, ou qui se refuse à l’appréhender pour le motif esthétique ou mythologique qu’elle offre risquent donc de passer un mauvais moment, d’autant plus que le cinéaste en use avec une maestria souvent bouleversante.

 

Photo Vince Vaughn

 

ŒIL POUR ŒIL

Metteur en scène et homme de foi, Gibson est aussi et avant tout un homme de cinéma. Et c’est ce qui fait de ce come-back, au-delà de son catéchisme assumé, un éminent morceau de bravoure. Loin de l’image de bourrin assoiffé de sang qui lui a été injustement collé, le réalisateur réussit à tenir la ligne de crête entre fascination et répulsion pour l’acte de guerre.

Un peu vite comparé au funèbre Eastwood ou déchirant Spielberg, son film est peut-être plus proche d’un Peckinpah et de ses Croix de Fer, où cohabitent l’horreur du meurtre de masse, la détestation du massacre, et la sincère fascination pour les hommes amenés à les perpétrer, leur folie, leurs élans, leur courage.

 

Photo Andrew Garfield

 

Un positionnement difficile mais passionnant, dont le funambulisme se retrouve jusque dans le découpage du récit. Mad Mel rappelle ici qu’il est un des rares orfèvres de l’image en capacité de faire coexister à l’image le classicisme des vieux films de guerre de la Warner (par endroit à la limite de l’académisme) et des envolées lyriques d’une modernité stupéfiante.

 

LE GROS ROUGE QUI TACHE

Car si la première heure de Hacksaw Ridge, impeccable de tenue et de construction dramatique, fait sentir par sa relative absence de débordement que le cinéaste orchestre stratégiquement son retour hollywoodien, l’artiste se déchaine dans la seconde partie du récit.

La falaise qui tient lieu de champ de bataille se mue alors en un Golgotha revisité par Dante, où s’invitent comme toujours chez l’auteur une culture picturale évidente. Fort d’une photographie impeccable et d’une mise en image qui en appelle régulière au Caravage, ou Otto Dix à Goya, il slalome entre les corps suppliciés, magnifie les chairs putrescentes et nous plonge avec une ivresse morbide dans les tréfonds de l’humanité.

 

Photo

 

Oubliant toute notion de réalisme, il débride sa caméra pour composer une fresque de pure colère et fureur mêlées, jusque dans ses ultimes images en forme d'élégie désespérée, hommage à la fois désenchanté, sardonique et déférent à l’attention des soldats dont la haine, le courage, la noblesse et la rage ont accompagné cette fresque cataclysmique.

La construction très simple de Tu ne Tueras Point, son message limpide (que certains ne manqueront pas de caricaturer en horrible tract catho belligérant) en font une œuvre carénée pour assurer le retour de son auteur en grâce. Une orientation légitime, mais qui limite par endroit l’impact du film. Mad Mel se rappelle néanmoins à nous de fort brillante manière, sans céder un pouce de terrain à ses contempteurs, avec ce geste de cinéma surpuissant, et c’est déjà une formidable nouvelle.

 

Affiche

 

 

Résumé

Pour assurer son retour, Mel Gibson nous offre un condensé terrassant de ses thèmes de prédilection, projeté avec rage et fureur dans l'enfer du Pacifique.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Andarioch
06/09/2018 à 17:04

En 2h10, le film raconte la même chose que Forrest Gump en 10 mn.
Tirez pas, je caricature.

Flash
20/11/2016 à 13:09

Vu ce matin, et bien le voilà le grand film de cette pauvre année cinématographique.

Bob 57
14/11/2016 à 17:21

Je suis allé le voir hier, et ma déception est gigantesque.

J'adore Mel, j'adore l'acteur, j'adore encore plus le réal. J'adore Apocalypto, La passion et Braveheart. Bref, ça partais bien.

Et pourtant j'ai détesté celui-ci. D'abord c'est terriblement niais, la musique est affreusement cliché ( on en parle de LA scène de séduction, avec ralenti, violon etc ? ). Le message est loin d'être limpide, je n'ai rien contre un message religieux, quand il n'est pas aveugle, et quand il ne devient pas le symbole de ce qu'il est censé combattre. Ici c'est la patrie et Dieu, dans un mélange vomitif, lissé à hollywoodienne, jusqu'à la scène qui finit en apothéose, où cet homme singulier, devenu l'image de la paix, devient également le symbole de cet attaque finale meurtrière, où les japonais périssent par le feu et sous les balles, sur fond de musique guerrière et joyeuse.

Ce film est une parodie, et s'il n'était pas aussi gore et aussi bien joué, je crois que je me serais marré du début à la fin..

Ded
08/11/2016 à 18:25

J'espérais trouver là un plaidoyer humaniste et confraternel... Las ! J'en ai soupé toute mon enfance des bondieuseries, pendant ma scolarité chez les curés... Je passerai donc mon chemin...
"Athée Ô grâce à Dieu (Mouloudji)

serpico
28/10/2016 à 18:02

ça fait du bien de revoir Mel dans le paysage cinématographique!

berserk
10/10/2016 à 14:24

Mel pour toujours!

corleone
10/10/2016 à 10:52

Couvrez le d'Oscars !!!!

Alan Smithee
08/10/2016 à 12:33

Sauf qu'Andrew Garfiel ne jouait absolument pas Peter Parker.

Dirty Harry
07/10/2016 à 11:19

Au passage votre critique est superbe : voir que le film inspire à ce point (théopneustie ?) est un (sacré ?) bon signe ! Golgotha revu par Dante....Goya, Otto Dix, hâte de voir ce mélange combiné à l'expérience de Mel Gibson. Et puis cela fait longtemps qu'on a pas eu un bon film de guerre.

Satan Lateube
07/10/2016 à 09:41

Au contraire, je pense qu'il était bien meilleur dans Spiderman que Tobey Maguire qui en faisait des tonnes pour paraitre l'ado un peu neuneu, alors que Garfield était tout en retenu.

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