Ready Player One : critique rétro-futuro-ludique

Créé : 21 mars 2018 - Simon Riaux

Depuis Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, unanimement vomi par le public et la presse, suivi d’un Tintin accueilli dans une regrettable indifférence, Steven Spielberg n’avait pas embrassé à bras le corps le cinéma d’aventure. Maître encore incontesté du grand huit hollywoodien, son retour aux affaires ludiques était scruté avec d’autant plus d’impatience qu’à l’occasion de Ready Player One, il s’intéresse au jeu vidéo et à la virtualité.

 

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WAR ON EVERYONE

La communauté des joueurs et les univers qu’ils explorent ou ressassent forment depuis les années 90 un véritable champ d’honneur où Hollywood se sera systématiquement cassé les dents, à coup d’adaptations opportunistes de licences, de tapinage éhonté en direction de produits culturels dont l’industrie ignore tout. Par conséquent, voir Spielberg, gamer devant l’éternel, parmi les architectes majeurs de la geekerie contemporaine, ausculter tout un pan de la culture populaire via le medium vidéoludique était une promesse fantasmatique presque intenable.

 

Photo Tye SheridanTye Sheridan se connecte à l'OASIS

 

Le metteur en scène en est d’ailleurs bien conscient, et ne cherche jamais « l’idée révolutionnaire », ou la disruption technologique. Ready Player One se veut plutôt une œuvre somme (et quelle somme !), un condensé d’idées déjà muries par le cinéaste et les meilleurs de ses prédécesseurs. La grammaire du film pioche donc entre l’énergie cinétique des Aventures de Tintin, le Speed Racer des Wacho et la conscience de classe des westerns fordiens. La caméra préfère ainsi trouver le point de jonction entre l'âge d'or Hollywoodien et la frénésie d'un Hardcore Henry, plutôt que de rêver une trouvaille quelconque.

Ce mélange aboutit à des séquences logiquement plus virtuoses que novatrices, où Spielberg s’amuse énormément avec la caméra, n’oubliant pas que le jeu vidéo n’est finalement que l’aboutissement du concept de plan-séquence. Course urbaine rythmée par un T-Rex et King Kong ou charge guerrière emmenée par tous les héros vidéoludiques des trente dernières années, le réalisateur ordonne une armada de références transformées en pluie de saynètes ultra-spectaculaires, mais le cœur de son film est ailleurs.

 

Photo Tye SheridanLe héros Spielberguien dans toute sa splendeur ?

 

FAN TOYS

Plutôt que de proposer une goulée de nostalgie, ou un trampoline rêveur pour trentenaires avachis, Steven Spielberg adresse ici un manifeste esthétique et politique d’une rare virulence. Sa représentation du divertissement de masse est d’une noirceur étouffante. En 2045, des hordes de fans décérébrés revivent à l’infini des époques fantasmées et singent des héros dont ils ignorent les causes, engraissant des corporations cyniques, qui leur vendent des songes aseptisés pour les détourner tant de la misère du réel que de la médiocrité de leurs existences.

Spielberg entend s’adresser directement à ces lumpen-spectateurs, leur donner la dose de références et d’hommages qu’ils attendent pour mieux – littéralement - les pulvériser une fois réunis à l’écran. C’est d’ailleurs le passionnant parcours de Wade (Tye Sheridan), joueur bovin obsédé par le créateur de l’OASIS, qui sera amené à comprendre les répercussions dans la réalité de ses affects de joueur, tout en changeant de perspective sur la création qu'il adule. Le temps d'un dialogue hilarant entre le protagoniste et l'industriel qui veut le rallier à sa cause, Spielberg rappelle que son Ready Player One n'est pas une déclaration d'amour aux années 80, tant il moque les icônes de cette période, et rappelle combien Hollywood les a dévoyées pour mieux appâter le spectateur complaisant.

 

PhotoQuand la pop culture part en guerre

 

Plutôt que d’appréhender les artistes comme autant de totems ou fiches Wikipedia comme un sordide bingo à explorer, le conteur tente de rappeler leur dimension essentiellement organique. Curiosité et découverte sont les moteurs de Ready Player One, les seuls antidotes qu’il propose au désenchantement du monde. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si lors d’un surréaliste hommage à l’un des cinéastes qui compta le plus dans sa carrière, Spielberg adopte le point de vue du néophyte, quand la plupart de ses héros jonglent aisément avec les clins d’oeil qui surabondent. Il n’a que faire de l’enfilage de perles, de l’élitisme culturel paré de collectionnite obsessionnelle, stigmates à ses yeux de la médiocrité de l'époque.

 

Photo Olivia Cooke, Win Morisaki, Philip Zhao

 

LA PROMENADE DU RÊVEUR SOLITAIRE

S’il pousse ainsi à une redécouverte « pure » du cinéma, du jeu vidéo et de leurs zones de frictions, c’est que l’artiste se préoccupe ici de son héritage. Plus encore qu’une homérique équipée technoïde, le métrage se veut un questionnement profond et angoissé sur le lien que Spielberg tenta de tisser avec ses contemporains, ce qu’il en restera et son incapacité à être véritablement compris. Derrière la figure quasi-autiste du génial Dave Halliday se cache bien sûr un Steven Spielberg démiurge, inquiet que son art ne l’ait condamné à être imprimé sur des t-shirts plutôt que dans des cœurs. Spielberg était déjà le géant troublé du BGG, recyclant les rêves en fiction de son cru, il est ici un spectre bienveillant et incompris.

 

PhotoUn Géant de fer qui va être mis à contribution...

 

« Êtes-vous un avatar ? », lui demande Wade, conscient que se joue dans la présence de ce fantôme désolé un enjeu fondamental, « Thanks for playing my game » lui répond l’auteur, sibyllin. Le metteur en scène est-il cet angelot décâti, incapable de se lier à ceux qu'il aime, ou son vieil ami, désolé d'avoir perdu le seul être qui le comprenait ? Ce même trouble existentiel anime Art3mis, qui veut combattre l’OASIS mais en use pour masquer une marque de naissance haïe, ou encore Aech, incarnation parfaite des questionnements genrés de son époque. Ces héros vénèrent des époques et des symboles qu'ils n'ont pas connus, c'est pourquoi Ready Player One les voue à un holocauste salvateur (littéralement et éthymologiquement), afin de ressusciter l'appétit indispensable à toute vie culturelle. 

À l’heure où majors et studios se tirent la bourre pour raffiner les produits les plus inodores et incolores possibles, Steven Spielberg revient avec non pas son chef d’œuvre, mais bien le rappel, spectaculaire et salutaire, de ce qui constitue une œuvre et son cœur palpitant.

 

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Résumé

Véritable coup de boule asséné à l'industrie de la nostalgie, Ready Player One est un Terminator venu défibriller les cinéphiles anesthétisés par des années de références aseptisées et de culture geek dégénérée.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Sylvain PASSEMAR 19/04/2018 à 18:13

alors là, vous n'avez pas le choix. si vous avez un minimum de culture pop : cinéma télévision musique ou jeux vidéo... qu'importe votre âge, voir ce film est juste une évidence. c'est un partage très malin entre le monde réel et le monde virtuel sur un futur que je ne souhaite pour personne. le problème c'est qu'il situe le futur en 2040 et que c'est plein pour ma tronche... en tout cas si la population devait vivre dans ce type d'environnement il est évident qu'elle aurait besoin de se divertir et l'oasis semble un lieu absolument incroyable. le problème principal de ce film, c'est que l'on risque de devoir l'acheter en DVD en Blu-ray dès qu'il sera disponible car les scènes son gigantesques et notre cerveau n'a pas la capacité de tout analyser. je sens que la pause de mon lecteur risque de fonctionner souvent. en attendant c'est vraiment un film spectacle avec la patte de Steven Spielberg. on retrouve ça touche ici et là. en fait comme dans son film il a semé des oeufs de Pâques partout. vous l'aurez compris allez le voir et si le cœur vous en dit procurez-vous un Blu-Ray par la suite. petit bonus, sur la fin vous verrez une référence à Terminator mais c'est à vous de trouver. bonne séance

Dutch Schaefer 16/04/2018 à 20:44

Bof...

Bosco 11/04/2018 à 08:43

Où voyez-vous un holocauste dans ce film ? Nul sacrifice purificateur ! Les "héros" vont bien vivant jusqu'au bout du film et emporte le jackpot de cette télé-virtualité : ils se font niquer complaisamment par Hollywood-Spielberg tout en posant bras levé, poing -tendu sur l'affiche. Ah la "Rebel attitude" ! Dans ce monde d'avortars biberonnés aux infra-cultures, on se la "joue" beaucoup, non ?

Chris 08/04/2018 à 15:30

J'ai trouvé le film extrêmement creux (malgré une ou deux vagues tentatives pour tenter de faire croire le contraire), et la surabondance de références est vraiment lourdingue et étouffante. Les références c'est comme quelqu'un qui te fait un clin d'œil, une fois ou deux c'est sympa mais 25 fois par minute c'est oppressant. Quand je lis la critique dithyrambique, je me dis que je suis peut-être passé à côté de quelque chose. Tant pis, je n'ai aucune envie de me recoltiner ce navet pour vérifier. D'autre part, les scènes d'action sont tellement bordéliques et mal filmées qu'elles en sont gerbantes, littéralement, je ne me sentais pas bien à la fin du film. Ceci dit, grâce à ça je me suis effectivement dit, une fois sorti du ciné, que retourner à la réalité c'était quand même bien sympa ! C'est peut-être ça la puissance cachée du film en fait.

Falurax 03/04/2018 à 14:48

Quelle déception... Plus de 25 ans, passez votre chemin et pour les autres, ne soyez pas trop exigeants : c'est mièvre, attendu et très dessin animé. J'ai préféré la Reine des Neiges XD.

Rrrr 02/04/2018 à 11:15

Une fois enlevé les scènes d'exposition et les scènes d'action il y a encore moins de choses dans inception XD

Et en plus la dernière heure d'inception est plus regardable. L'utilisation de la musique étant insupportable (comme dans Dunkirk).

Buckaroo Banzai 01/04/2018 à 22:43

Pas lu le livre (bientôt en projet).
Le film me laisse un goût sympa et j'ai passé un bon moment.
Je n'irais pas politiser un divertissement simple et vendu comme tel.
Spielberg remplit son contrat avec une certaine maîtrise et offre pour qui veut un mélange de références qui me parlent.
Pourquoi attendre une morale d'un film de divertissement comme étaient les films des eighties (du divertissement) ?
Non, faut être raisonnable, on parle cinéma et rien d'autre.
C'était bien (surtout le passage Shining) !

Manontherun33 01/04/2018 à 22:37

@ rrrrr
Ne compares pas inception a ce navet s'il te plait. Une fois enlevé tout l'arsenal d'effets visuels, il ne reste pas grand chose. A croire que les réalisateurs n'ont plus beaucoup d'idées et ne savent plus surprendre

Alexiaaucarré 31/03/2018 à 03:23

Ai adoré le livre.
Viens de voir le film.
Déçue...
Rien à dire sur la mise en scene et les effets spéciaux.
Par contre les choix scénaristiques vs le livre... ouch... sans spoiler déjà on découvre de suite dans le film la tête des compagnons de Wade alors que dans le livre cela fait clairement partie de l intrigue de l histoire (Wade voit pour la première fois ses amis dans le monde réel très tardivement ).

rrr 30/03/2018 à 14:15

Qui mieux que d'autres réalisateurs pour juger de l'ampleur du film ?

https://twitter.com/edgarwright/status/976059522237255680

https://twitter.com/FilmBayona/status/976099189540171778

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