Ready Player One : critique rétro-futuro-ludique

Simon Riaux | 1 mars 2018 - MAJ : 27/08/2019 23:04

Depuis Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, unanimement vomi par le public et la presse, suivi d’un Tintin accueilli dans une regrettable indifférence, Steven Spielberg n’avait pas embrassé à bras le corps le cinéma d’aventure. Maître encore incontesté du grand huit hollywoodien, son retour aux affaires ludiques était scruté avec d’autant plus d’impatience qu’à l’occasion de Ready Player One, il s’intéresse au jeu vidéo et à la virtualité.

Photo
545 réactions

WAR ON EVERYONE

La communauté des joueurs et les univers qu’ils explorent ou ressassent forment depuis les années 90 un véritable champ d’honneur où Hollywood se sera systématiquement cassé les dents, à coup d’adaptations opportunistes de licences, de tapinage éhonté en direction de produits culturels dont l’industrie ignore tout. Par conséquent, voir Steven Spielberg, gamer devant l’éternel, parmi les architectes majeurs de la geekerie contemporaine, ausculter tout un pan de la culture populaire via le medium vidéoludique était une promesse fantasmatique presque intenable.

 

Photo Tye SheridanTye Sheridan se connecte à l'OASIS

 

Le metteur en scène en est d’ailleurs bien conscient, et ne cherche jamais « l’idée révolutionnaire », ou la disruption technologique. Ready Player One se veut plutôt une œuvre somme (et quelle somme !), un condensé d’idées déjà muries par le cinéaste et les meilleurs de ses prédécesseurs. La grammaire du film pioche donc entre l’énergie cinétique des Aventures de Tintin, le Speed Racer des soeurs Wachowski et la conscience de classe des westerns fordiens. La caméra préfère ainsi trouver le point de jonction entre l'âge d'or Hollywoodien et la frénésie d'un Hardcore Henry, plutôt que de rêver une trouvaille quelconque.

Ce mélange aboutit à des séquences logiquement plus virtuoses que novatrices, où Steven Spielberg s’amuse énormément avec la caméra, n’oubliant pas que le jeu vidéo n’est finalement que l’aboutissement du concept de plan-séquence. Course urbaine rythmée par un T-Rex et King Kong ou charge guerrière emmenée par tous les héros vidéoludiques des trente dernières années, le réalisateur ordonne une armada de références transformées en pluie de saynètes ultra-spectaculaires, mais le cœur de son film est ailleurs.

 

Photo Tye SheridanLe héros Spielberguien dans toute sa splendeur ?

 

FAN TOYS

Plutôt que de proposer une goulée de nostalgie, ou un trampoline rêveur pour trentenaires avachis, Steven Spielberg adresse ici un manifeste esthétique et politique d’une rare virulence. Sa représentation du divertissement de masse est d’une noirceur étouffante. En 2045, des hordes de fans décérébrés revivent à l’infini des époques fantasmées et singent des héros dont ils ignorent les causes, engraissant des corporations cyniques, qui leur vendent des songes aseptisés pour les détourner tant de la misère du réel que de la médiocrité de leurs existences.

Spielberg entend s’adresser directement à ces lumpen-spectateurs, leur donner la dose de références et d’hommages qu’ils attendent pour mieux – littéralement - les pulvériser une fois réunis à l’écran. C’est d’ailleurs le passionnant parcours de Wade (Tye Sheridan), joueur bovin obsédé par le créateur de l’OASIS, qui sera amené à comprendre les répercussions dans la réalité de ses affects de joueur, tout en changeant de perspective sur la création qu'il adule. Le temps d'un dialogue hilarant entre le protagoniste et l'industriel qui veut le rallier à sa cause, Spielberg rappelle que son Ready Player One n'est pas une déclaration d'amour aux années 80, tant il moque les icônes de cette période, et rappelle combien Hollywood les a dévoyées pour mieux appâter le spectateur complaisant.

 

PhotoQuand la pop culture part en guerre

 

Plutôt que d’appréhender les artistes comme autant de totems ou fiches Wikipedia comme un sordide bingo à explorer, le conteur tente de rappeler leur dimension essentiellement organique. Curiosité et découverte sont les moteurs de Ready Player One, les seuls antidotes qu’il propose au désenchantement du monde. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si lors d’un surréaliste hommage à l’un des cinéastes qui compta le plus dans sa carrière, Steven Spielberg adopte le point de vue du néophyte, quand la plupart de ses héros jonglent aisément avec les clins d’oeil qui surabondent. Il n’a que faire de l’enfilage de perles, de l’élitisme culturel paré de collectionnite obsessionnelle, stigmates à ses yeux de la médiocrité de l'époque.

 

Photo Olivia Cooke, Win Morisaki, Philip ZhaoUn bien beau gang

 

LA PROMENADE DU RÊVEUR SOLITAIRE

S’il pousse ainsi à une redécouverte « pure » du cinéma, du jeu vidéo et de leurs zones de frictions, c’est que l’artiste se préoccupe ici de son héritage. Plus encore qu’une homérique équipée technoïde, le métrage se veut un questionnement profond et angoissé sur le lien que Steven Spielberg tenta de tisser avec ses contemporains, ce qu’il en restera et son incapacité à être véritablement compris. Derrière la figure quasi-autiste du génial Dave Halliday se cache bien sûr un Steven Spielberg démiurge, inquiet que son art ne l’ait condamné à être imprimé sur des t-shirts plutôt que dans des cœurs. Steven Spielberg était déjà le géant troublé du BGG : Le Bon Gros Géant, recyclant les rêves en fiction de son cru, il est ici un spectre bienveillant et incompris.

 

PhotoUn Géant de fer qui va être mis à contribution...

 

« Êtes-vous un avatar ? », lui demande Wade, conscient que se joue dans la présence de ce fantôme désolé un enjeu fondamental, « Thanks for playing my game » lui répond l’auteur, sibyllin. Le metteur en scène est-il cet angelot décâti, incapable de se lier à ceux qu'il aime, ou son vieil ami, désolé d'avoir perdu le seul être qui le comprenait ? Ce même trouble existentiel anime Art3mis, qui veut combattre l’OASIS mais en use pour masquer une marque de naissance haïe, ou encore Aech, incarnation parfaite des questionnements genrés de son époque. Ces héros vénèrent des époques et des symboles qu'ils n'ont pas connus, c'est pourquoi Ready Player One les voue à un holocauste salvateur (littéralement et éthymologiquement), afin de ressusciter l'appétit indispensable à toute vie culturelle. 

À l’heure où majors et studios se tirent la bourre pour raffiner les produits les plus inodores et incolores possibles, Steven Spielberg revient avec non pas son chef d’œuvre, mais bien le rappel, spectaculaire et salutaire, de ce qui constitue une œuvre et son cœur palpitant.

 

Photo

Résumé

Véritable coup de boule asséné à l'industrie de la nostalgie, Ready Player One est un Terminator venu défibriller les cinéphiles anesthétisés par des années de références aseptisées et de culture geek dégénérée.

Autre avis Geoffrey Crété
Grosse impression que Spielberg est passé à côté de son sujet et son film, passionnants sur le papier, mais étonnamment simple et dénué d'énergie et vibrations à l'écran. Ready Player One manque d'un souffle, d'un cœur, et d'un grain de folie qui en auraient fait un grand film d'aventure générationnel.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Elvis
05/03/2019 à 17:05

Film nul .une course poursuite avec trex et King Kong. On a jamais peur .l éclairage, les lumières, bof bof .C est un peu mieux qu Arthur et les minimoys .personne ne meure .les gentils gagnent à la fin .et puis la morale ? Un génie fera gagner toute sa fortune à qui découvrira les 3 clefs .Ok. mais si c edt un fou ,un psycophate qui aurait gagné ?
Film naze .
Écran large ,réveillé toi

jorgio69
02/03/2019 à 10:38

@drocmerej
Vous pouvez aussi vous contenter de critiquer le film pour asseoir vos arguments au lieu de critiquer ceux qui n'ont pas aimé. Enfin je dis ça comme ça...

Ludwig Van
02/03/2019 à 09:08

Si vous avez plus de 14 ans, passez votre chemin.
J'ai jamais vu un film aussi surestimé de ma vie. Alors oui, techniquement c'est impressionnant et ça n'aurait pas démérité l'oscar des meilleurs FX cette année, mais bon dieu que c'est moche, que c'est mal écrit, mal interprété...
Étant totalement dans la cible du film (né au milieu des 80s, fan de pop culture et de jeux video) je ne comprends absolument pas les avis dithyrambiques de certaines critiques (Ecran Large et la plupart du Youtube cinema game), parceque niveau cinématographique c'est juste zéro.
Tailler du Marvel, voir même du DC pour encenser ce film immonde comme rafraichissant c'est du grand n'importe quoi.
D'ailleurs passé l'euphorie générale à sz sortie (surtout en France, les ricains se sont moins fait berner par tonton Spielberg), il est etonnant de voir que les avis sur ce "chef d'oeuvre" sont beaucoup plus mesurés voir négatifs.

drocmerej
02/03/2019 à 00:54

Beaucoup de commentaires prouvent A MON AVIS que certains "cinéphiles anesthétisés par des années de références aseptisées et de culture geek dégénérée"
ne peuvent définitivement (?) plus être defibrillés. C'est pas loin du chef d'oeuvre pour moi.

Elvis
01/03/2019 à 23:20

D'accord avec Gaspard. Le film veut trop en faire ..a la fin il en a trop. Et puis la morale à deux balles .J ai jamais ressenti de leurs ou de frissons dans ce film .
Et la filmo de speilberg est devenue mollasone .

Mouvement
01/03/2019 à 23:18

C est jolie à l extérieur mais à l intérieur c est vide comme une coquille en gros Grosse daube voir pire que le Venom de Sony

jorgio69
01/03/2019 à 23:02

Ce film n'est clairement pas la Madeleine de Proust qui nous avait été vendu.
L'ayant vu au cinéma, oui c'est très joli. Le problème est qu'aucune scène n'est à la hauteur de la scène d'ouverture. Oui il y a énormément de clins d’œil. Celui qui ne connait pas Shining a bien du se faire chier pendant 30 min.
Les acteurs n'ont pas spécialement de charisme voire pas du tout. Tye Sheridan... Un comble.
Et la fin... Enfin plutôt les dernières phrases du "héros"...D'une mièvrerie...
Une forme des temps actuels et un contenu d'un autre temps ne font clairement pas bon ménage...

corleone
01/03/2019 à 21:28

J'adore Spielberg mais ce film est une grosse bouse surestimée(surtout par EL hein) à ranger à côté du Bon Gros Géant et autres pires films de sa prestigieuse carrière.

bubblegumcrisis
01/03/2019 à 21:00

///Plutôt que de proposer une goulée de nostalgie, ou un trampoline rêveur pour trentenaires avachis, Steven Spielberg adresse ici un manifeste esthétique et politique d’une rare virulence.///

Heu, non, en fait c'est l'inverse. Plutôt que de proposer un manifeste esthétique d'une rare virulence sur le jeu vidéo, le monde réel de plus en plus remplacé par une réalité calculée par des machines, le père Spielberg se contente de proposer une grosse goulée bien sirupeuse de nostalgie et un trampoline rêveur pour trentenaire avachis fans d'une période 80/90 complètement fantasmée.

Ce film recycle 40 ans de SF. Pas une seule idée nouvelle. Les séquences du jeux sont comme l'ensemble des blockbusters de ces dix dernières années, de la bouillie de CGi's.

Ce film ne contient aucun message politique, il est creux. Le héros évolue dans une société qui s'est effondrée sur elle-même. Pourquoi, comment ? Ce n'est pas le propos de Spielberg, ce qui compte c'est de trouver les clefs du coffre aux pépettes que Zuckerberg ou Musk a planqué dans un niveau de jeu pour devenir le roi du pétrole et faire la morale aux autres.

Ce film est une insulte à l'intelligence et aux jeux vidéos et démontre que Spielberg devient un vieux con réactionnaire qui est désormais dépassé par son temps. Il ne comprend rien aux jeux vidéos, à Netflix, ni à Tintin d'ailleurs qui était aussi - selon mon point de vue de tintinophile, un truc moche aux séquences Bondiennes hors de propos. Spielberg a commencé à aller vers sa fin avec le dernier opus d'Indiana Jones.

Quand je pense qu'il envisage d'en faire encore un avec Harrison Ford, ça devient ridicule.

Je ne sais pas, je suppose que tout a une fin et que ça se voit surtout chez les artistes qui ne savent pas quand s'arrêter.

Sylvain PASSEMAR
19/04/2018 à 18:13

alors là, vous n'avez pas le choix. si vous avez un minimum de culture pop : cinéma télévision musique ou jeux vidéo... qu'importe votre âge, voir ce film est juste une évidence. c'est un partage très malin entre le monde réel et le monde virtuel sur un futur que je ne souhaite pour personne. le problème c'est qu'il situe le futur en 2040 et que c'est plein pour ma tronche... en tout cas si la population devait vivre dans ce type d'environnement il est évident qu'elle aurait besoin de se divertir et l'oasis semble un lieu absolument incroyable. le problème principal de ce film, c'est que l'on risque de devoir l'acheter en DVD en Blu-ray dès qu'il sera disponible car les scènes son gigantesques et notre cerveau n'a pas la capacité de tout analyser. je sens que la pause de mon lecteur risque de fonctionner souvent. en attendant c'est vraiment un film spectacle avec la patte de Steven Spielberg. on retrouve ça touche ici et là. en fait comme dans son film il a semé des oeufs de Pâques partout. vous l'aurez compris allez le voir et si le cœur vous en dit procurez-vous un Blu-Ray par la suite. petit bonus, sur la fin vous verrez une référence à Terminator mais c'est à vous de trouver. bonne séance

Plus

votre commentaire