Silence : la Sainte Critique

Créé : 8 février 2017 - Simon Riaux

Rangez les flingues, planquez la coke et les putes, Martin Scorsese vous plonge dans le Japon du XVIIème siècle, aux côtés de deux missionnaires partis à la recherche de leur mentor. Le vin de messe est-il bouchonné ?

Photo Andrew Garfield
10 réactions

CATHO CASINO

Pour de nombreux spectateurs, Martin Scorsese est le génial réalisateur des Infiltrés, de Casino, des Affranchis, de Taxi Driver ou de Mean Streets. Un metteur en scène du crime, du mal, de son attraction, et des tentatives désespérées de rédemption de personnages écrasés par le poids de leurs actes et de leur force symbolique. C’est oublier que Scorsese est aussi l’architecte d’œuvres souvent moins considérées, mais qui composent autant de cathédrales filmiques (A tombeau ouvert), d’expérimentations plastiques radicales (Les Nerfs à vifs) et de dissertations ferventes (La Dernière Tentation du Christ).

Silence appartient à cette seconde catégorie, sans doute moins flamboyante et immédiatement iconique, mais tout aussi riche et forte. Ce récit de la crise existentielle traversée par des missionnaires catholiques au beau milieu du Japon du XVIIème siècle est à première vue très éloigné des derniers efforts de son auteur. Oubliez l’hystérie fatiguée du Loup de Wall Street, l’hommage compassé d’Hugo Cabret ou le formalisme de Shutter Island. Le métrage qui nous intéresse aujourd’hui prolonge la réflexion portée sur son parcours et son œuvre, mais empreinte une toute autre voie, à l’esthétique de prime abord empreinte de sérénité.

 

Photo Andrew Garfield

 

A TOUCH OF ZEN

La mise en scène de Scorsese est ici millimétrée, racée, mais toujours collée à des personnages dont elle épouse les troubles au fur et à mesure qu’ils progressent et les éreintent. Régulièrement, l’intervention des personnages secondaire amenant nos deux héros à éprouver leur foi vient parasiter, par le biais du montage, un dispositif dramaturgique d’une grande simplicité. Un champ-contre-champ limpide se trouble alors que nos missionnaires s’affrontent sur la question de l’apostasie, nous permettant de ressentir organiquement comment les concepts se heurtent violemment à leur incarnation.

On pourra être rebuté par l’essence profondément théologique du sujet, par l’emphase portée sur un sujet en apparence strictement religieux. Mais ce serait mal connaître Scorsese que ne pas comprendre que les problématiques qu’il explore ici animent son œuvre depuis des décennies. Plutôt qu’une digression académique, c’est à un zoom à l’intérieur même des mouvements philosophiques qui travaillent son cinéma qu’il nous convie.

 

Photo Andrew Garfield, Liam Neeson

 

CINEMA CULPA

Au-delà de sa délicatesse formelle, de ses passionnantes implications philosophiques, Martin Scorsese partage avec le public un questionnement qui semble le tarauder depuis des années. L’artiste explore depuis le début des années 2000 des formes, des récits, des genres qui questionnent son rapport au cinéma. Et pour un peu, l’auteur de ces lignes l’aurait bien qualifié de moribond après un Loup de Wall Street en forme de caricature lessivée de ses grands œuvres. Ce n’est sans doute pas pour rien que depuis des mois, le metteur en scène livre dans de longs entretiens ses doutes sur l’avenir du Septième Art.

 

Tournage

 

Car quand Scorsese met en scène deux personnages s’affrontant sur la question de la Foi, se demandant comment l’exprimer, comment la transmettre, la protéger, comment incarner le Verbe et comment transformer de simples concepts en des transpositions de chair, il nous parle évidemment de son rapport angoissé au cinéma.

Il y a quelques semaines seulement, le cinéaste expliquait devant les membres de l’Associated Press qu’il ne voyait plus comment communiquer avec les nouvelles générations et s’inquiétait publiquement de l’impossibilité dans l’industrie actuelle de produire des images porteuses de sens. C’est précisément cette question qui est au cœur de Silence. C’est précisément cette question et les pistes de réflexion portées avec brio par Adam Driver et Andrew Garfield, qui font du film un évènement précieux, méditatif et beaucoup plus universel que son sujet spirituel ne le laissent deviner.

 

Photo Adam Driver

 

 

Résumé

Réflexion vertigineuse sur la Foi et sur la transcendance, Silence est un Scorsese inattendu, un testament esthétique miraculeux.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Stomp 15/02/2017 à 14:49

Ahahaha le @diez qui appelle au débat avec un poste d'une pédanterie et d'un mépris total.
Après s'être épanché sur son incompréhension crasse d'un film.
Bravo le veau.

Diez 14/02/2017 à 02:43

"Pour les chrétiens japonais et leurs pasteurs, à la plus grande gloire de Dieu."

Si quelqu'un de plus respecteux veut débattre proprement, je suis dans le coin. Quelqu'un avec un peu de culture et d'attention de preference.

Cervo 13/02/2017 à 16:41

@diez
D'où l'importance de différencier un film, et ce qu'il montre.

Le film montre des missionnaires. Des catholiques, qui se considéraient supérieurs, et humains parce que catholiques, en opposition aux autres peuples, identifiés comme barbares.

Ce que le film dit, c'est que les missionnaires ont tort, que leur conception de la foi est justement basée sur une notion de supériorité, purement rituelle, purement matérielle. Le film leur donne tort en tout et, il faut quand même le rappeler traite d'un missionnaire qui fait l'expérience du doute et du silence divin. D'où le titre du film.

Silence tape avec énormément de violence sur la foi catholique. Simplement, il le fait par la mise en scène, ça demande un peu de culture et d'attention.

diez 12/02/2017 à 21:56

Je respecte votre avis, mais je n'arrive pas à le comprendre. Ce film est ce qu'il y a plus méprisant, de plus malhonnete et caricatural qui soit. Scorsese survole son sujet pour mieux laisser de place à ces heroique missionnaires occidentaux qui ont offert à de pauves japonnais ignorants le salut et la gloire de Dieu. Traité sous un autre angle, celui qui remettrait en cause ce principe de race superieur venant convertir les plus faible, Silence aurait pu devenir un grand, tres grand film.

Satan LaTeube 09/02/2017 à 15:05

Mais enfin pourquoi personne nulle part dans les médias ne mentionne le chef d'oeuvre de Masahiro Shinoda adapté du même livre ??

Dirty Harry 09/02/2017 à 13:23

@ Hub 33 : merci je n'en pensais pas moins...Parler du silence de la foi (Dieu qui se retire après l'appel, un classique pour un croyant) est peut être trop subtil pour un matérialiste qui exclut d'avance toute communication extra sensorielle (l'amour est invisible et nous fait faire des choses irrationnelles pourtant). Néanmoins j'aurais aimé savoir les points de comparaison de ce remake avec le film d'origine. En tout cas c'est coché pour ce week end...

hub33 09/02/2017 à 02:10

Les trois ado têtes d'ânes bâtés ci dessous ne semblent ne pas connaitre du tout, la filmographie de Martin Scorcese. Vu que le loup de wall street, est, c'est bien vrai, surtout un genre de dessin animé un peu concon (certes bien filmé), et une bouze par rapport à tous ses films majestueux précédents du réalisateur. La critique ci dessus est particulièrement bien écrite et argumentée, à part pour des chèvres dans vos genres manifestement; Je dis cela sans méchanceté, mais avec virulence il est vrai. Le mieux est sans doute que vous alliez plutôt continuer à jouer à des jeux vidéo déjà fini (par leur programmateur), et regarder des films à la con (je viendrais pas vous faire la leçon dans vos domaines d'incompétence) plutôt que de donner vos avis, particulièrement inculte ici. Sans rancune, et rdv au cinéclub le plus proche! ;)

Melki 08/02/2017 à 14:51

Bah le mec te rappelle qu'il a trouvé naze Le Loup de Wall Street sur lequel tout le monde s'est branlé.

Donc bon, il est débile ton commentaire.
Sans compter que l'accueil à l'international est plutôt frais hein.

Bref commentaire débile.

sylvinception 08/02/2017 à 14:38

4 étoiles minimum parce que c'est Scorsese quoi...
"la crise existentielle traversée par des missionnaires catholiques au beau milieu du Japon du XVIIème siècle..."
Sans moi merci.

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