Les 4 Fantastiques : critique schizophrène

Simon Riaux | 4 août 2015

Après des mois de rumeurs catastrophiques et de cris indignés de la part des fans du comics, Les 4 Fantastiques débarquent en salles, presque catimini, montré à la presse au dernier moment. Précédé d'une réputation pour le moins problématique, le film de Josh Trank, sensation révélée par Chronicle, est-il la bonne surprise espérée par les uns ou l'échec redouté par les autres ?

GP1
31 réactions

Ni l'un, ni l'autre. En l'état, le film produit par la Fox dans le but évident de conserver les droits de la franchise super-héroïque vendus par Marvel est surtout le témoin d'une formidable bataille, entre un studio et un metteur en scène, entre un cahier des charges et une vision. Et c'est justement ce qui le rend passionnant. Car, au delà de ses qualités et défauts, presque équivalents en terme d'impact, Les 4 Fantastiques est une œuvre d'une schizophrénie presque jamais vue, et s'impose en témoin inattendu de son époque.

 

Les 4 Fantastiques

 

On est tout d'abord saisi par la force des deux premières bobines du film. Pendant près de 50 minutes, le film réussit un invraisemblable grand écart au charme ravageur. Dans son introduction et le développement de ses personnages, le film de Josh Trank accomplit l'étonnante réunion entre la naïveté des productions Amblin (Les Goonies, E.T...) et l'influence revendiquée de l'auteur à savoir le cinéma de David Cronenberg. Le résultat est un mélange terriblement efficace et cinégénique de science-fiction naïve et d'angoisse adolescente, soit un point de vue inédit et pertinent, qui autorise le film à se hisser instantanément au-dessus du tout venant des adaptations de comics.

 

Photo Kate Mara

 

Cet équilibre précaire tient bon grâce à un souci réel d'adaptation et d'écriture des personnages. Le métrage nous rappelle ainsi qu'on n'avait pas vu depuis longtemps un blockbuster super-héroïque s'attarder sur les failles, les doutes, les liens, les affects de ses protagonistes. Ainsi quand les corps changent, lorsque les pouvoirs s'affirment, que les camps se dessinent et que nos héros sont amenés à s'accomplir, c'est à une aventure multiple et puissante que nous invite ces Fantastiques.

 

Les 4 Fantastiques

 

Hélas, trois fois hélas, cet accomplissement est balayé avec une violence extrême par un montage qui charcute littéralement le film dans sa seconde moitié. On est sidéré de voir une séquence, manifestement inachevée, interrompue par un carton aux airs de gags. « 1 an plus tard » nous assène le montage, évacuant quasiment un acte entier et autant de mésaventures, de développement des personnages. On sent ainsi le film changer totalement d'orientation à mesure que le studio tente de lui faire retrouver la charte du divertissement Marvel, accélérant la cadence et piétinant toute la construction qui précède.

Et Les 4 Fantastiques de nous assommer de scènes absurdes, aux effets spéciaux bâclés, jusqu'à une conclusion qu'on imagine conçue dans des conditions de quasi improvisation, tant elle consterne de platitude. De nombreuses scènes, aperçues dans les bandes-annonces, manquent à l'appel, notamment les confrontations des héros avec des militaires américains, comme si la Fox avait tenté in extremis de lisser ce qui pouvait l'être. Et quand la Major ne peut tout à fait gommer les doutes ou les conflits qui enflamment les personnages, elle préfère les faire disparaître, quitte à ne laisser d'un Doom terrifiant que le squelette, fascinant mais tragiquement incomplet.

Reste ici et là de formidables fulgurances, une violence aussi inattendue que pertinente, un casting qui paraît parfois en apesanteur tant il parvient à réinventer et prolonger la mythologie originelle. Ce qui fait la valeur des 4 Fantastiques, au-delà de sa première moitié réussie, c'est cet étonnant témoignage des années 2015. Cet instantané de l'industrie du divertissement, manifestement terrifiée par une ambition d'une immense simplicité, celle qui pousse un metteur en scène à interroger son sujet, plutôt que le réchauffer au micro-ondes.

 

Les 4 Fantastiques

 

 

Résumé

FIlm totalement schizophrénique, Les 4 Fantastiques est à la fois une aventure audacieuse, soignée, et un des pires ratages téléguidés par un studio.

commentaires lecteurs votre commentaire !

jack kirby rules
10/08/2015 à 10:21

Le film déçoit e public pour son manque d'action : C'est LES 4 FANTASTIQUES pas une adaptation de la bd SANDMAN ! Trank est un ringard qui a voulu se montrer + malin que"cette pauvre petite bd " ...Il n'était pas fait pour ce sujet ! Les producteurs on bu ou quoi ??

Piterdevries
08/08/2015 à 12:46

Merci à la rédaction d'écran large, je sais maintenant que je n'irais pas voir ce film. Il parait qu'à la fin du film il y a la phrase suivant : "The FF will be back soon". En fait elle est incomplète. La phrase exacte est : "The FF will be back soon........to Marvel"..
Retour au bercail comme pour DD, Ghost Rider et Punisher.
C'est jimmy76 qui va être content. Hulk et la chose dans le même film, ça devrait déménager.

Totemkopf
07/08/2015 à 14:03

Ce qui me dérange c'est qu'à ce stade, le film est devenu un symbole. Des dérives de Hollywood, du système des studios, de la surproduction, course à la croissance, etc

A mes yeux le job d'un réal est aussi (surtout) de mener sa machine, et quand c'est un film de commande, de le faire avec les contraintes. On pourra dire que Trank a eu bien plus d'emmerdes et ennemis que la moyenne, mais ça n'a pas empêché d'autres avant lui de faire des films bien plus réussis et/ou défendus

Aussi, je trouve curieux qu'ici on se retrouve avec un blockbuster au mieux raté (ok des qualités, certes, mais déconnecté du development hell et des coulisses : un film pas bien bon, sans être un désastre à tous les niveaux), vivement défendu par pas mal de gens (critique, public).
Jurassic World s'est pris une trempe, et Trevorrow a été présenté comme un tâcheron. C'est pourtant intéressant qu'il ait une trajectoire semblable à celle de Trank.
J'entends déjà que la Fox est pire que Universal et Spielberg. Mais s'il n'y avait pas eu cette tonne d'infos sur les coulisses des 4F, personne n'aurait, je pense, défendu à ce point Trank. Et peut-être que Universal a simplement une meilleure équipe de comm, un dialogue plus clair avec le réal, et que Trevorrow a accepté de jouer le rôle jusqu'au bout... ce qui ne veut pas dire que ce film est plus le sien que celui de Trank.
Après tout Spielberg est aussi capable de se retourner contre un réal : Jan de Bont a perdu le contrôle de Hantise, qui a été reshooté et transformé... y a t-il des gens qui défendent Hantise ? Y'a pourtant des miettes d'idées si on creuse et qu'on veut les trouver. Et dans JW, y'a des idées ; donc qu'est-ce qui prouve que les choses bien ne sont pas celles de Trevorrow et les dérives du scénar celles du studio ? (Qui avait déjà offert un JP3 franchement naze).

Bref, tout ceci me semble dépasser le film lui-même. Tant mieux, tant pis, chacun a son avis. Mais je trouve vraiment étonnant

mrjulot
07/08/2015 à 10:29

Après avoir vu le film, ce film est globalement un navet. Souffrant de troubles bipolaires, il comporte des scènes au mieux potables, le reste étant un fâcheux gâchis.
La 1ere partie reste la plus "intéressante", l'évolution des personnages se fracassant à un terrible "un an plus tard", la seconde est plus expéditive et mauvaise pour arriver à un rapide "the end".
A se demander s'il est possible de faire un bon film sur cette franchise.
Là où je me suis trompé en partie, le seul acteur qui s'en sort est Michael b Jordan.
Écran Large essaye de sauver un peu le film et son avis, mais le mal est déjà fait. Le rideau est tombé.

DJ Fest
06/08/2015 à 14:22

@ rx :

"On est en 2015 l’age d’or des adaptations de Sup’H"

Tu confonds sans doute avec l'été 2002.

diez
06/08/2015 à 13:03

Précédé d'une réputation calamiteuse et d'une polémique à la con qui réveil les fans que quand cela les arranges, cette nouvelle adaptation de Les 4 Fantastiques a été abattue avant même d'avoir pu se montrer. Le film souffre bien de certaines carrances narratives et d'une présence trop pesante des studios Fox et Marvel, mais il serait malhonnête d'en oublier ses qualités.

Aprés une introduction mitigées dans l'enfance de Red et Grimm, le long métrage enchaine sur la partie plus captivante qu'est la naissance de ce groupe, héros à en devenir. C'est cependant une oeuvre de science-fiction plus traditionnelle que Josh Trank semble mettre en scène qu'un véritable film de super. Force est de constater qu'à ce moment là les engrenagent fonctionnent bien. Même sans action le rythme s'impose, on sent qu'on assite à la génèse des Fantastiques, on accepte même qu'une bonne partie de l'intrigue se déroule en interieur. Les acteurs sont convaincants et malgrés le septicisme de l'audience, Miles Teller incarne un Red Richards crédible.

Bref, le film prend visiblement son temps, mais intéresse sans aucun mal. C'était sans compter la main mise honteuse des deux studios sur un film qui devait à n'importe quel prix répondre au cahier des charges qui fait d'un bon film un film mitigé. S'en suit donc un enchainement de scènes sans cohérence, un gros fuck narratif avec son "un an plus tard", une menace qui apparait 30 minutes avant le générique et une fin du monde resumée en une petit phrase, un plan et un micro combat...

- Yo la family je suis Doom, on va travailler ensemble pour la machine de téléportation.
- Yo les poto c'est encore Doom, si on allait tous ensemble sur cette nouvelle planète que nous avons découverte ?
- Re, toujours Doomy. Elle est bien belle cette planète inexplorée, mais ma combi' est foutue et en plus on m'a abandonné sur la planète, pas glop...
Un an plus tard
- Coucou, je suis pas mort en fait lol ! Par contre je suis méchant. Ah et je veux détruire le monde hein, marre des tomates à 5$ le kilos !
- Let's fight du coup !
5 minutes plus tard
- Comment ça "the end" ?

Que s'est-il donc passé dans la tête des exécutifs pour littéralement détruire un film au potentiel fort ? Comment est-il simplement possible d'avoir d'un côté un film cohérent, entraînant au ton différent et d'un autre un film haché, un méchant dégueulasse et une conclusion ridicule ? Pourquoi ne pas avoir laissé Josh Trank finir son film, lui qui réalisa un Chronicles prometteur ? Les interactions entre personnages n'existent plus, leur conflits et liens effacés... A quoi cela sert de prendre son temps pour finalement tout lâcher comme un vieux pet sorti de nul part ?

Les 4 Fantastiques est un film maudit qui de sa première partie mature et pleine de potentiel arrive à se vautrer dans les travers des pires blockbusters oú l'instantanéité de l'efficacité recherchée est la seule volonté des studios. Que penser au final ? Le divertissement est assuré, mais la désillusion est aussi grande. Ce n'est pas tant une désillusion qu'un simple sentiement de frustration d'un film sympathique, mais sous contrôle de puissantes tirelires et qui pourrait s'effacer avec une éventuelle director's cut. J'ai bien envie de voir une suite avec le vrai début des héros sur Terre.

P.s. En effet la chose est réussie et Jamie Bell bon.

Joe Staline
06/08/2015 à 09:21

Maintenant, Ecran Large se met à noter les films tels qu'il les aurait rêvé O_o
Il faudra peut être songer à rajouter une note fantasmatique en plus de la réelle (ou dans le cas présent une note réelle).

Fab
05/08/2015 à 23:17

3 etoiles pour ce film?!! Effectivement on a pas vu le meme long metrage c est la daube de l annee!!! Arretez vos masturbations intellectuelles en essayant de nous parler de schizophrenie du film... Rien a voir!! La plus barbante et calamiteuse mise en exposition des heros, un debut de film plus que laborieux et qui ne commence jamais...des fxs meme pas dignes de fanboys movies... Non ms serieux j ai l habitude de vous rejoindre sur vos critiques mais la franchement c est du poisson d avril... Ou c est un pari perdu??? 3 etoiles mdr...

McCoy
05/08/2015 à 20:02

@La Redaction
J'entends bien, mais "depuis Fury Road" ça fait court tout de même.

Simon Riaux - Rédaction
05/08/2015 à 15:18

@Armand

Difficile à dire. Personnellement je trouve Ant-Man absolument ignoble et plus proche d'un sitcom sous lexomil que des 80's.
Du coup ma préférence va aux Fantastiques.
Mais les problèmes des 2 films sont très différents ; dans le Trank, c'est clairement un souci de destruction du film, la Fox ayant préféré le saborder que de trop s'éloigner du cahier des charges Marvel.
Après, Kinberg a eu tort. Ou en tout cas les directives qu'on lui a demandé d'appliquer étaient une erreur évidentes, une tentative de satisfaire les fan boys qui a logiquement tué le film.

Plus

votre commentaire