Hercule : Critique

Simon Riaux | 22 août 2014

Presque unanimement conspué par la critique, Brett Ratner est aujourd'hui considéré comme un des plus funestes réalisateurs hollywoodiens, dont la carrière, des Rush Hour en passant par le troisième épisode de la franchise X-Men, fait office de repoussoir à geeks. Dwayne Johnson quant à lui, a su passer du catch au blockbuster décomplexé avec l'assentiment du public. C'est donc avec circonspection et curiosité que nous découvrons aujourd'hui Hercule, qui tente de marier la chèvre numérique et le chou antique.

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Revisiter un mythe est de ces entreprises qui permettent de réévaluer une icône et son sens profond. Une démarche dont se revendique haut et fort Brett Ratner, qui ressemble ici à une forme d'arnaque cynique. Contrairement à ce que laissait entendre la promotion du film, il n'est pas ici question de mythologie. Hercule n'a plus rien d'un demi-dieu et encore moins d'un surhomme. Réduit à l'état de mercenaire, le personnage, accompagné d'une tripotée de compagnons d'armes tout droit sortis du sinistre Roi Arthur d'Antoine Fuqua, se voit également dépossédé de toute l'ambiguité qui faisait sa richesse. Leader incontesté, homme au grand cœur, le fils de Zeus n'est même plus le meurtrier sauvage immortalisé par la légende, Hollywood s'accommodant mal de caractères moralement répréhensibles.

 

 

 

Une fois les douze travaux expédiés en un flash-back inaugural, il ne reste plus au film qu'à dérouler son programme d'actioner lourdaud. Très bavard et plutôt chiche en action, le métrage a alors bien du mal à dissimuler les failles de son scénario ainsi que la bêtise de son personnage principal, qui change d'opinions politiques comme de slip de peau. Le script ne ménage pas non plus les oreilles des spectateurs, grâce à des dialogues navrants où Hercule nous donne du « Fucking centaure ! », après avoir accepté de prendre un « sédatif ». On s'étonnera également de ne croiser dans cette Grèce antique que des individus laïques et sécularisés, désireux d'abattre les mythes et soucieux de la réalité, autre invraisemblance totale d'un scénario aux fraises.

 

 

 

Reste le soin apporté à la confection de l'ensemble par une poignée d'artisans sérieux. Sans surprise, Dante Spinotti parvient à créer une photographie qui met pertinemment en valeur le travail de Jean-Vincent Puzos (Amour) sur les décors, plus tangibles et sombres qu'à l'accoutumée. Quant à Dwayne Johnson, s'il ne sait trop sur quel muscle danser, son engagement physique et la dimension éminemment naïve de son jeu sauvent l'entreprise du naufrage total. On regrettera amèrement que la sincérité de sa démarche n'ait pas trouvé meilleur écrin pour s'épanouir. Enfin, difficile de nier ici et là un relatif plaisir, dû tant à la brutalité des rares affrontements qu'à l'absurdité de nombreuses scènes qui confèrent au visionnage une bonne humeur un brin moqueuse, mais bien réelle.

 

Résumé

Une fois encore, Brett Ratner aura emballé un blockbuster terriblement méprisant de son public et bien peu soucieux de son sujet ou de la mythologie qu'il convoque.

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