Cloud Atlas : critique intemporelle

Mise à jour : 16/07/2018 15:43 - Créé : 15 juillet 2017 - Guillaume Meral

On le sait, repousser les limites du médium en le confrontant à l'irréalisable semble être la vocation du cinéma d'Andy et Lana Wachowski, qui n'ont jamais eu de cesse de légitimer leur expérimentations visuelles et narratives comme conditions sine qua non visant à traduire la substance émotionnelle cristalline de concepts opaques. A l'instar d'un James Cameron en somme, si ce n'est que l'idée de révolution chez les Wachos égrène des conséquences narratives s'étendant au-delà de la pure représentation.

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TELESCOPAGE DE MONDES

Or, toute la difficulté de Cloud Atlas résidait précisément dans les moyens adoptés pour rendre intelligible la narration atypique du roman de David Mitchell (raconter les trajectoires de plusieurs personnages appartenant à des temporalités différentes, et évoluant dans des mondes aux antipodes les uns des autres).

 

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Aussi ne vous attendez pas à des audaces visuelles aussi prononcées que celle de Matrix ou Speed Racer : le défi ne réside pas dans la représentation d'un univers donné, mais dans la matérialisation d'une idée abstraite, à savoir la somme obtenue par l'agencement de différents univers. Cloud Atlas s'impose comme une question de montage avant tout, et c'est bien à la lueur du dispositif narratif élaboré à cet égard par les Wachos et Tom Tykwer (autre cinéaste habitué à défaire l'impossible à l'instar de son adaptation du Parfum) que le film puise une radicalité conceptuelle qui ne manquera pas de diviser.

 

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Trop exigeants dans leurs pratiques artistiques pour se satisfaire d'une banale structure de film choral susceptible de vulgariser les implications métaphysiques du récit (façon « les petits rien de la vie qui engendrent des conséquences qui nous dépassent »), le trio choisit d'imbriquer ses univers les uns dans les autres, jusqu'à leur refuser toute autonomie. De fait, en subordonnant l'identité des parties à celle du tout, le film morcèle sa construction scénographique dans l'espace-temps éclaté du long-métrage, jetant son spectateur dans une expérience de montage parallèle de 2h50, comme si le film devait transpirer son propos holistique jusque dans ses moindres paramètres techniques.

 

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On pourrait d'ailleurs presque parler de montage-Frankenstein à propos de Cloud Atlas, tant les cinéastes s'ingénient à former un corps filmique homogène à partir de morceaux de genre antagonistes (s'y croise le post-nuke, le film d'enquête 70's, le drama en costumes...). A ceci près que le film parvient à injecter une harmonie de tous les instants entre les divers mondes dépeints. Une méthode narrative dont le jusqu'au-boutisme n'a d'égal que ses morceaux de bravoure, tel ce climax de presque une heure poussant dans ses retranchements la notion de découpage interactif (de quoi donner des cheveux blancs au Christopher Nolan d'Inception).

 

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Résumé

Cloud Atlas transcende le poids de son propos, à travers un dispositif narratif dont la complexité n'a d'égal que l'évidence émotionnelle qu'il dégage à chaque instant. Un film des Wachowski en somme. Un grand film.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Geoffrey Crété - Rédaction 16/07/2018 à 13:40

@riton

On ne saurait que trop vous conseiller de tenter la chose. Le film peut sembler étrange, difficile au premier abord, mais le spectacle et l'émotion sont assez fabuleux.

riton 16/07/2018 à 13:35

@Andarioch,

Merci.

Andarioch 16/07/2018 à 13:14

@Riton
C'est un peu rude au début mais finalement pas chiant du tout

riton 16/07/2018 à 11:43

Comme Corleone , j'ai la pétoche de me choper un escarre en matant un film Méta chiant de 2h50.

lambdazero 15/07/2018 à 20:49

Le "2001 L'Odyssée de l'Espace" du 21e siècle (oui, j'en fais un peu des caisses...). J’espère que ce film obtiendra un jour le statut qu'il mérite.

corleone 20/02/2018 à 09:38

Jamais voulu voir ce film il est temps que je le mate tiens…

Raoul 20/02/2018 à 09:37

Un de mes films préférés.

Wil du moulin 20/02/2018 à 07:43

Ne vous inquiétez pas, tout dure, vous dépasse, et d'autres planètes vous attendent. Prouesse du montage qui ne résout pas le gloubi-boulga métaphysique, l'absence totale de simplicité (inaccessible ?) une lecture mal digérée de Castaneda (comme dans Matrix) et un fond post-humaniste bien ancré qui fait du propos de ce film un nouvel exemple de propagande insidieuse de cette fin de civilisation condamnée paradoxalement à affirmer, de quelque façon que ce soit, l'absence de toute fin.

Number6 19/02/2018 à 22:36

Mon chef d'oeuvre. La musique est tellement parfaite. Ma femme et moi avons utilisé le sextet pour notre mariage ????

Ssird 30/06/2017 à 15:57

Très bon film en effet.

En revanche ce n'est plus Andy mais Lilly Wachowski désormais :-)

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