Café de Flore : critique

Simon Riaux | 3 septembre 2011

Jean-Marc Vallée s'était fait remarquer avec C.R.A.Z.Y, chronique familiale ambitieuse et déjantée, qui ne pouvait laisser indifférent, avant de revenir une Victoria insipide et gentillette. On attendait donc d'un oeil curieux ce Café de flore, où l'artiste occupe les postes de scénariste, monteur et réalisateur, avec pour ambition de nous offrir une histoire s'étalant de la France de 1969 au Canada de 2011, qui entremêle les destinées tumultueuses d'une famille recomposée et la descente aux enfers d'une mère célibataire, dont l'amour pour son fils trisomique dégénère progressivement en névrose.

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La bonne surprise du film c'est le retour du réalisateur à l'audace et à la folie douce qui firent le succès de son premier film. Sa caméra se se meut avec une aisance féline, au plus près de ses comédiens, tous excellents (Vanessa Paradis en tête), et nous offrent des images aussi composées que fluides, baignées dans une photographie électrique. Le montage est à l'avenant, qu'il s'agisse de dynamiser une scène en apparence anodine ou de dynamiter une séquence en y injectant des images explosives. L'enchaînement entre phases narratives, explicatives ou plus introspectives se fait naturellement et occasionne des transitions toujours justes. À ce titre les vingt dernières minutes du film, où s'interconnectent pure narration, souvenirs et flash de l'inconscients sont une véritable leçon tant de rythme que de découpage.

 

 

Si l'auteur excelle et nous épate aux postes de monteur et réalisateur, son scénario se plante hélas dans les grandes largeurs. Il faudra attendre une bonne heure pour voir un véritable lien se tisser entre les deux histoires qui nous sont racontées, et c'est alors presque trop tard, tant notre intérêt s'est dilué. La nature du lien, qui oblige à réévaluer tout ce qui donne un sens radicalement autre aux relation entre les personnages, constitue le véritable problème. D'un pur point de vue narratif, il est extrêmement maladroit, délivré par un deus ex machina complètement hors sujet, et sa teneur peut au mieux prêter à sourire, au pire, révolter tant elle est par certains aspects odieuse.

 

 

 

Si certains y verront un acte de cinéma téméraire et empreint de poésie (ce qui était sans doute l'intention de départ), cela n'atténue en rien l'incohérence du concept, et sa mystique de bazard. Pour autant, on aurait tort de dénier tout intérêt à Café de Flore, dont les qualités plastiques sont puissamment évidentes, et nous donnent immanquablement envie de suivre son auteur. Reste qu'il devra tout à fait convaincre prochainement, à défaut d'être considéré comme une baudruche.

 

Résumé

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