Critique : Brüno

Jean-Noël Nicolau | 27 juin 2009
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Voilà, Sacha Baron Cohen nous refait le coup du faux documentaire, du faux étranger naïf, du faux accent rigolo et de la vraie bêtise de ses compatriotes américains. Borat 2 ? Seulement en partie. Sans doute échaudé par les multiples procès organisés par les personnes abusées par l'acteur, Larry Charles et Cohen mettent la pédale douce sur les pièges. Même s'ils essaient encore de nous faire croire qu'ils ont trahi la confiance de plein de monde, les ficelles sont nettement plus visibles. En résulte une œuvre bancale et longuette, traversée par de formidables éclats comiques.

Plus encore que Borat, Brüno repose sur le trash, le crade, l'outrancier. Le début du film, situé en Europe et dans le milieu de la mode, s'avère hilarant. La séquence de cul entre le personnage principal et son amant pygmée est un morceau de bravoure. Un peu plus loin, l'émission de TV de Brüno ainsi qu'une fausse fellation anthologique, réjouiront tous les amateurs d'ignominie régressive. On a beau avoir de plus en plus l'habitude de la transgression dans la comédie américaine, c'est ici du jamais vu. Le film est fréquemment hardcore et d'un mauvais goût constant.

Malheureusement, passé la première partie les rires se font de plus en plus rares. Dès que le film se tourne vers davantage vers le « scénario » que vers la succession de sketches, la vacuité totale du propos, les facilités grossières, le manque d'autres protagonistes à la hauteur, tout se retourne contre Cohen. Les séquences ne fonctionnent plus (les chasseurs, les échangistes) et l'on se demande où tout cela va nous mener. Malgré un beau final, l'ensemble se révèle bien en deçà de la petite révolution de Borat. En particulier parce que l'aspect politique et social est ici quasi inexistant ou trop évident (les rednecks sont des homophobes, quelle révélation !).

Les guest stars sont moins savoureuses (à part l'apparition éclair d'Harrison Ford) et les gags ont tendance à s'étirer bien au-delà du raisonnable. Malgré tout, l'affection que l'on peut porter à Sacha Baron Cohen, à sa folie furieuse, à son absence de limites, permet d'être indulgent. Les scènes drôles à pleurer, même si peu nombreuses, laissent un souvenir assez intense. Il faudra pourtant réserver Brüno aux fans du « pipi caca stouquette » qui y trouveront sûrement leur compte. Les autres pourront légitimement être déçus ou carrément passer leur chemin.

Résumé

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