Critique : Sa majesté Minor

Jean-Noël Nicolau | 29 septembre 2007
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Il est toujours difficile de souligner l’échec d’une œuvre aussi sincère et inattendue que Sa majesté Minor de Jean-Jacques Annaud. Conçu comme un hymne à la vie, le film fut endeuillé dès le début de son tournage par la disparition du scénariste Gérard Brach, fidèle collaborateur d’Annaud. On n’ose imaginer le choc pour le réalisateur et l’attachement décuplé qu’il peut éprouver pour son histoire. En l’état les intentions sont excellentes, Minor se voulant une comédie rabelaisienne et décomplexée. Jean-Jacques Annaud semble alors s’inscrire dans une tradition proche de l’Italie des années 70, mais au final on a davantage l’impression d’assister à un Fellini mis en scène par Max Pécas.

Plus lourd que libertaire, plus sinistre qu’hilarant, Sa majesté Minor est un improbable mélange de genres qui charge des gags enfantins de trivialités sexuelles explicites. De prime abord le spectateur est surpris par ce Satyricon pouêt-pouêt qui refuse totalement l’aspect solennel de l’Antiquité pour se tourner vers une sorte d’Astérix très porté sur la chose. Pourquoi pas ? Si le film était drôle… Ce qui est loin d’être le cas, sauf si l’on est sensible à des errances vulgaires qui feraient frémir les Robins des Bois de Rrrrrrr. Pour ce qui est du fantastique et du mythologique, il s’arrête à un Vincent Cassell effroyable en satyre obsédé par le plaisir anal.

Refus de la magie, refus de la poésie, mais aussi refus de la philosophie, Sa majesté Minor ne vise donc que la farce et offre à José Garcia une performance parfois embarrassante, le grand acteur se démenant dans la fange et le n’importe quoi. Visuellement le film est assez crédible, mais pas autant que la Préhistoire de la Guerre du feu ou que le Moyen-Age du Nom de la rose. Le spectateur n’a aucun problème à percevoir l’aspect récréatif et paillard de l’œuvre, mais rien ne l’incite à céder à la énième blague zoophile ou aux grimaces de l’ensemble du casting.

Sa majesté Minor est un film courageux (voire inconscient), mais dont la liberté de ton se retourne constamment contre lui. Difficile alors d’imaginer à quel public s’adresse Jean-Jacques Annaud, tant son dernier bébé n’offre pas d’autre attrait que celui de la curiosité déviante.

Résumé

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