Critique : Mise à prix - Mi$e à prix

Flore Geffroy | 30 janvier 2007
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Prendre Smokin' aces pour un film de plus sur la Mafia serait non seulement une grossière erreur mais une approche inexacte, voire même erronnée. Certes, on y cause Cosa Nostra et les flics du FBI cherchent bien à coincer le parrain agonisant de la Pieuvre version US, via un témoin capital pour boucler une enquête forcément difficile. Mais ce n'est là que la partie visible de l'iceberg. Le prétexte scénaristique en place, plutôt de facture archi classique, le film peut commencer.

Il commence donc taillé au cordeau, c'est-à-dire sans fioriture, allant droit au but pour exposer situation et personnages, d'ailleurs une telle flopée que l'on craint dans un premier temps de s'emberlificoter dans qui est qui et qui fait quoi. La scène d'ouverture dure longtemps, dans une camionnette de surveillance où l'on sentirait presque la sueur qui exude le rance et l'air vicié de ces heures. Mais c'est dans ces premières minutes cruciales que tout se joue, que l'on est happé malgré soi, que le canevas se pose, diablement énergique.

Joe Carnahan, trois ans après Narc, possède d'évidence un esprit ludique. Il jongle d'un personnage à l'autre en osant des transitions qui pourraient passer pour acrobatiques si elles ne fonctionnaient pas aussi bien. Vive sans être nerveuse, sa réalisation est ancrée par ses cadrages – souvent de gros plans serrés – qui tiennent bien un récit embossé dans l'instant présent, avec quelques aller-retours dans le passé. De fait, Smokin' aces se regarde comme une BD pour adultes, dont on tournerait avidemment les pages : même efficacité narrative, même efficacité visuelle, pas de temps mort.

Le film tient à la fois de Usual suspects, de Pulp fiction et de Tueurs nés, avec des notes d'humour – parfois bien noir, l'humour – en rappel d'un second degré constant dans l'utilisation des tensions et de l'hémoglobine qui dégouline (quand même) pas mal. Violence gratuite et facile, diront d'aucuns ; violence tout court, assaisonnée tout azimut par des archétypes d'individus sortis de l'univers de Mad Max (les nazillons fous furieux et leur tronçonneuse), ou de Barbarella (les deux tueuses à gage high tech). On compte aussi des ex-flics reconvertis chasseurs de prime, un as redoutable du déguisement et un sadique qui fait froid dans le dos.

Côté interprétation, on tire le chapeau à la ribambelle de respectables comédiens, de Jeremy Piven à Ray Liotta, en passant par Jason Bateman et Alicia Keys. Enfin, on ne saurait manquer de mettre à l'honneur Ryan Reynolds, le seul coeœur pur encore idéaliste d'une bande de foldingues graves qui flinguent à tout vent.

Smokin' aces n'est pas à mettre entre toutes les mains. Ames sensibles, s'abstenir. Aficionados d'action qui dépote, à voir absolument.

Résumé

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