Reefer madness : Critique

Johan Beyney | 24 février 2006

Dans les années 1930 apparaissait aux États-Unis un documentaire de propagande alarmiste. Tell your children ! dénonçait alors l'arrivée d'un nouveau fléau sur le sol américain, une menace à même de détruire la jeunesse, transformant les jeunes hommes en zombies hystériques et les jeunes femmes en nymphomanes incontrôlables : l'infâme marijuana ! 

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Un film tellement excessif (les victimes se mettent à rire telles des hyènes dès la première bouffée) qu'il est en est devenu culte dans la patrie de l'Oncle Sam. Assez en tout cas pour que deux jeunes artistes aient envie de se le réapproprier quelques décennies plus tard sous forme de comédie musicale. Succès immédiat sur les planches : dans le public, les gens chantent à tue-tête, et certains sont même habillés comme les personnages. Ça vous rappelle quelque chose ? Normal, dans la mesure où cette adaptation cinématographique se présente naturellement comme le Rocky horror picture show des années 2000 !

 

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Certes, le propos n'est pas le même. Les aventures de Brad et Janet aux mains d'un savant fou en guêpière, sont très marquées par leur époque, que ce soit musicalement (glam rock endiablé) ou dans ses thèmes (libération sexuelle). Pourtant, il flotte sur Reefer madness la même volonté de dépasser les bornes moralement admises et de ridiculiser le discours de la société en l'exagérant à l'excès. La marijuana semble en effet un bien piètre ennemi public numéro un… Elle le sera malgré tout ici, grâce au talent d'un Alan Cumming en très grande forme, qui promène sur le film son regard amusé et son sourire inquiétant. Dans une Amérique filmée dans un élégant noir et blanc (la réalité, rassurante et triste), il se charge d'informer les parents apeurés grâce à un film explicatif que nous verrons en couleurs (le monde interdit, effrayant, mais vivant !).Le talent du film est alors de cacher humblement un message politique franchement subversif (bien plus que dans le Rocky horror) derrière les apparences festives des fastes broadwaysiens. Réfractaires à la comédie musicale, passez votre chemin. Ici on chante bien, mais surtout, on chante souvent et beaucoup. Cela ne devrait en revanche pas déplaire aux amateurs du genre, tant les numéros musicaux sont réussis. Passant allègrement du pop-rock au tango, de la mièvrerie la plus totale aux propos les plus outranciers, le film parodie avec plaisir les codes de la comédie musicale avec un talent frappant. Chorégraphies brillantes (profitez de celle de Neve Campbell, ce sera le seul moment où vous verrez l'actrice, pourtant créditée sur l'affiche…), détournements audacieux et franchement à tomber par terre de rire (le stand up show de Jésus, muscles saillants et micro en or, tout bonnement merveilleux !).

 

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Car au-delà de l'aspect comédie musicale, Reefer madness a également les qualités d'une comédie tout court. C'est parfois fatigant, certes (mais le Rocky horror a également ses baisses de tension), mais le plus souvent, c'est très drôle. En jouant sur le décalage (des personnages prêts à vendre père et mère pour tirer une latte sur un joint), et en stigmatisant un discours propagandiste axé sur la peur et le conformisme (on ose conseiller la lecture de la Bible plutôt que celle des histoires amorales d'un certain « Bill » Shakespeare…), Reefer madness propose, en plus d'une comédie musicale jouissive, un discours actuel et assez violent sur les méthodes de l'Amérique contemporaine.

 

Résumé

En ajoutant au triptyque de base sex, drugs and rock'n roll, le rire et intelligence, on obtient un film hautement recommandable. Faites tourner.

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