La Porte du paradis : Critique

Sandy Gillet | 26 février 2013

Difficile d'aborder ce pan du cinéma mondial à lui tout seul que représente cette Porte du paradis de sieur Cimino. Il serait présomptueux de croire en la possibilité d'une approche novatrice ou tout simplement non redondante avec tout ce qui a pu être déjà écrit en plus de trente ans. L'humilité nous invite donc à simplement partager avec vous les quelques impressions glanées lors de la projection de presse. L'occasion de revoir La Porte du paradis dans une magnifique copie restaurée et de tout simplement se reprendre la claque de sa vie.

Photo la porte du paradis
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Que voulez-vous, voilà un film qui reste d'abord et surtout, et cela avant même toute tentative d'analyse pseudo cinéphile, une expérience visuelle hors norme doublée d'une épreuve littéralement physique quelque soit le nombre de visionnages. Impossible en effet de ne pas (re)plonger dès la formidable séquence d'ouverture marquée par la plus belle des valses jamais filmées. Comment ne pas être ensuite estomaqué à la vision de Casper version 1890, ville du Wyoming plus vraie que nature où grouillent en son sein les futures mercenaires et les émigrants européens ? Comment ne pas aussi systématiquement pleurer de bonheur à la (re)découverte de la scène du bal censée se situer à l'intérieur du « Heaven's Gate » qui fait voler en éclat tous les repères habituels en se concentrant uniquement sur l'aspect sensoriel et plastique de l'ensemble avec de surcroît en son sein un travail sur la photo tout bonnement hallucinant (celle-ci passant progressivement d'une étude assez « riche » dans les tons « terre battue » à du « noir & sépia » reprenant fidèlement l'aspect désuet des cartes postales de l'époque). Comment enfin ne pas admettre le génie visuel du cinéaste quand retombe la poussière du climax final et qu'à la ronde des attaques systématiques des émigrants répondent celles des valses du début en forme d'aboutissement nauséeux d'une nation déjà décrépie ? Oui, comment ?

 

 

Mais attention La Porte du paradis n'est pas que cette succession de morceaux de bravoure qui en fait cet anti-western tant loué en nos contrées franco-françaises et si décrié outre-atlantique (et la tendance n'est pas prête de s'inverser par les temps politiques qui courent), c'est aussi et d'abord une improbable histoire d'amour à jamais immortalisée par le trio d'acteurs Walken-Huppert-Kristofferson. C'est ensuite des compositions intimes littéralement violées par une caméra insidieuse, voyeuse, perverse et amoureuse de son sujet. C'est (enfin) la volonté d'un montage apparemment linéaire et classique transcendé de fait par la volonté de systématiquement dynamiter et dilater temporellement chaque plan, chaque scène, chaque séquence. De cette grammaire visuellement compulsive, Cimino a bien entendu voulu montrer l'envers d'un décor, celui du mythe américain fondé initialement sur l'ouverture, la tolérance et une terre de toutes les opportunités. Ainsi, il ne démontre pas uniquement l'absurdité de la chose (les États-unis se sont créées sur un tissu de mensonges), mais procède aussi à une relecture de tout un pan forcément sacré du cinéma hollywoodien dont la seule justification justement est d'entretenir ce mythe.

 

 

Reste qu'un pays qui arrive à engendrer une telle œoeuvre, cela même sur un malentendu (qui aura tout de même causé la fin des studios United Artist) et cela même si la plupart de ses compatriotes ont rejeté en bloc le film et son cinéaste avec, fait montre de contradictions salutaires propres à engendrer comme ici des pépites de vérité. La Porte du paradis n'est-il pas en définitive le seul prolongement possible à la fameuse affirmation en forme de question déclamée par un journaliste dans L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford ? « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende »… Avec La Porte du paradis c'est la réalité qui est à jamais couchée sur la pellicule, et cela, comment voulez-vous qu'une nation comme les États-unis pardonne une telle trahison ?

 

Résumé

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