Critique : Private

Johan Beyney | 17 mars 2005
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[img_left]private_mere.jpg [/img_left]Face à l'occupant, il y a plusieurs façons de se comporter. Céder à la peur, fuir, résister en prenant les armes, se taire et accumuler la haine en silence. Ou, comme le père de cette famille palestinienne, rejeter toutes ces possibilités et ignorer l'occupant, continuer à vivre malgré tout, à son nez et à sa barbe.
C'est bien le portrait d'une résistance digne et humaniste que filme Saverio Costanzo, s'inspirant pour l'occasion de l'histoire vraie d'une famille rencontrée en territoire palestinien. Car si le patriarche impose à sa famille de rester sur place, dans une maison réquisitionnée par l'armée israélienne, c'est justement pour leur apprendre le sens de l'honneur et les empêcher de céder à cette haine quasi-génétique qui met à mal tout tentative de résolution du conflit. Certes, les soldats sont des occupants et la famille des occupés, mais au moins sont-ils ensemble et ont-ils une occasion de se connaître et, peut-être, de se comprendre.

L'intelligence du film est de ne pas se complaire dans ce message qui pourrait confiner à la mièvrerie ou à la naïveté, car la foi du père n'est pas inébranlable. Elle est au contraire régulièrement mise à l'épreuve par la violence de la situation (notamment une scène d'attaque de nuit très efficace pour en appréhender toute l'horreur) ou l'incompréhension du reste de sa famille, qui cèderait bien volontiers à la panique ou à la haine. Cependant, certains éléments de mise en scène empêchent le message de parvenir complètement. Si le tournage caméra à l'épaule et le grain appuyé de l'image (voire trop appuyé, rendant les scènes de nuit particulièrement inesthétiques) donnent effectivement un aspect de réel, on commence à se fatiguer d'une représentation cinématographique du conflit israélo-palestinien qui lorgne systématiquement du côté de l'esthétique du documentaire. Ensuite, la force de persévérance du père apparaît affadie par le manque d'un sentiment de danger permanent. La régularité avec laquelle la fille parvient sans difficulté à braver l'interdit en allant espionner les soldats au premier étage (une idée de mise en scène particulièrement réussie) en est l'illustration. Si c'est d'ailleurs à cette occasion qu'elle va comprendre que les soldats sont avant tout des êtres humains tout aussi dépassés qu'elle par les évènements, on se demandera cependant comment elle y parvient, ayant avoué plus tôt dans le film qu'elle ne parlait pas l'hébreu. Excès d'optimisme de la part du réalisateur ? Le dossier de presse nous apprend que les acteurs palestiniens et israéliens ne se sont que très peu parlés sur le tournage : le cinéma n'a donc pas réponse à tout.

Reste que Private est un film intelligent sur la notion de résistance, dont le message et la fin dramatiquement ouverte sont à renvoyer au roman d'Albert Cossery La violence et la dérision.

Résumé

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