Ocean's Twelve : critique

Laurent Pécha | 8 décembre 2004 - MAJ : 14/06/2018 00:54
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Après deux tentatives pour se replonger dans un cinéma auteurisant qui l'a rendu célèbre en premier lieu, une première vaine et embarrassante (Full frontal), une autre étonnamment réussie (Solaris), Steven Soderbergh retourne au cinéma de pur entertainment qu'il avait expérimenté avec Ocean's eleven. Avec justement la suite des aventures de Danny Ocean et sa bande, Ocean's twelve. Les stars étant toutes visiblement ravies d'avoir travaillé ensemble sur le premier film, la même kyrielle rempile ici mais, l'effet suite étant ce qu'il est, avec cette fois-ci deux noms supplémentaires à la liste, Catherine Zeta-Jones et, pour nous petits Français, Vincent Cassel, dans un rôle de méchant qu'il incarne avec une aisance épatante. Et alors qu'on s'attend à un simple bis repetita, brillant tout de même, de Ocean's eleven, histoire pour tous de faire fructifier leur « star power », Ocean's twelve surprend pour devenir au fil des minutes une séquelle nettement supérieure à l'original, un film totalement accompli démontrant que Soderbergh est non seulement au sommet de son art visuel, mais qu'il a en plus une connaissance stupéfiante de l'influence du cinéma sur le grand public.

 

Photo Brad Pitt, Matt Damon, George Clooney

 

Autant Ocean's eleven souffrait à la fois de son statut de remake, et surtout de son incapacité à pouvoir réellement utiliser à bon escient ses comédiens de renom au profit d'un récit avant tout axé sur l'action, autant Ocean's twelve privilégie avec justesse et bonheur les personnages et les dialogues au détriment des rebondissements. En optant donc enfin pour la mise en évidence de la complicité et la complémentarité de son casting (même si, forcément, quelques acteurs sont laissés un peu plus de côté, certains logiquement, d'autres seulement pour mieux rebondir par la suite...), Soderbergh a fait le bon choix et il ne faut pas longtemps pour s'en rendre compte. L'ouverture du film est ainsi l'occasion pour le cinéaste de faire la part belle à l'un des personnages les plus charismatiques du premier film mais qui avait été trop laissé dans l'ombre : Terry Benedict, le propriétaire du Bellagio arnaqué par la bande.

 

Photo

 

Pour le dindon de la farce, le temps est venu de se venger, et Soderbergh lui en offre l'occasion de la manière la plus jubilatoire qui soit : durant dix minutes, on a ainsi droit à un festival d'apparitions aussi impromptues que variées d'Andy Garcia venu prévenir un à un les membres du gang de son désir d'être remboursé de la somme volée (plus et surtout avec les intérêts). Et chacune de ses entrées théâtrales offre la possibilité à Soderbergh de varier le style de sa mise en scène. Un leitmotiv tenace pour la suite des festivités, et qui va même jusqu'à devenir une sorte de marque de fabrique du film, Ocean's twelve s'imposant au bout du compte comme un pot-pourri des différentes esthétiques « soderberghiennes ». À ce titre, on reste médusé devant la capacité du cinéaste à regrouper en un film autant d'influences visuelles aussi disparates, de l'élégant travelling circulaire pour présenter un personnage jusqu'à la caméra façon vidéaste amateur bougeant dans tous les sens lors d'une séquence de baston désopilante, en passant par le pano vertical filmant en Scope l'atterrissage d'un avion.

 

Photo Julia Roberts, George Clooney

 

Si Soderbergh fait donc toujours preuve d'une incroyable virtuosité technique qu'il n'oublie jamais de lier à un désir de raconter quelque chose, il réserve à Ocean's twelve des desseins artistiques nettement plus ambitieux que ceux de son « prédécesseur ». Expérimenté avec énormément de maladresse dans Full frontal, la mise en abîme, façon film pour les gens qui aiment les films et les acteurs, prend ici une envergure totalement jubilatoire. Tel un Tarantino grand public, Soderbergh parsème son film de références quasi directement assimilables à des longs métrages qui ont marqué récemment et durablement les spectateurs (le point d'orgue étant une private joke totalement hilarante sur l'un des plus gros blockbusters de ces dix dernières années…), tout en ayant pleinement conscience du statut de ses comédiens vis-à-vis du grand public.

Avec la bénédiction des différentes stars visiblement aux anges de jouer avec leur image publique, Soderbergh joue avec délectation la carte du faux cinéma vérité, en quelque sorte. Les séquences du film ne deviennent absolument savoureuses que lorsque les personnages se confondent avec l'image que l'on connaît de leur interprète. Pour exemple, la soif de reconnaissance maladroite et désopilante de Linus se justifie par le fait que Matt Damon se soit imposé entre les deux Ocean's comme une valeur sûre du box-office avec son Jason Bourne (La Mémoire dans la peau, La Mort dans la peau).

 

Photo Brad Pitt, Catherine Zeta-Jones

 

Sachant parfaitement où il veut entraîner son public (au moment où le récit semble sur des rails parfaitement préformatés, il bascule dans un dernier tiers mémorable avec quelques guest stars non créditées absolument géniales), Soderbergh réussit le tour de force de faire cohabiter tout ce beau petit monde de stars hollywoodiennes tout en proposant un récit constamment enthousiasmant, proche d'une certaine idée du cinéma ludiquement intelligent. Sans en avoir l'air, avec un style d'une élégante modestie, le cinéaste parvient avec Ocean's twelve à démontrer que, lorsqu'il s'agit désormais d'évoquer les détenteurs de l'art de la toute-puissance de la mise en scène, son nom doit figurer en bonne tête de liste, aux côtés d'un autre Steven.

 

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